À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »
« À l’heure même » (Lc 10, 21) de ce temps de l’Avent, au moment même de cette méditation, les affres de la guerre, notamment au Proche-Orient et en Ukraine, défilent sous nos yeux et « font rage » partout dans le monde. « À l’heure même, je lis : « Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit… » (Lc 10, 21). Quelle concomitance stupéfiante ! Quel paradoxe ! Je dois avouer, au premier regard, que je suis quelque peu rebuté, voire renversé ! Pourtant… Paradoxe, du latin paradoxum, signifie « absurde en apparence mais réellement vrai ». Jung soutenait d’ailleurs que le paradoxe est l’une de nos possessions spirituelles les plus précieuses et un grand témoin de la vérité. Or, « à l’heure même », quelle est cette réjouissante vérité à laquelle nous sommes conviés par Celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), Celui qui s’offre en modèle afin que nous suivions ses traces (cf. 1P 2, 21) ? Dans cette fidélité à une espérance qui constitue la foi qui me porte, force m’est de constater que ces traces exhalent à n’en pas douter un doux parfum de « joie imprenable, c’est-à-dire « une plénitude du sentiment d’exister[1] ». Ces pas nous conduisent à rebours aux confins de la béatifique pauvreté et paix du cœur profond, un oasis spirituel unique, inaltérable, inaliénable, source de cette « joie imprenable ». Jésus nous invite ainsi à l’y suivre et à l’y rejoindre pour nous y ancrer ici et maintenant, quelles que soient les circonstances. « L’homme en possession de l’esprit de paix n’est troublé par rien. Il est comme sourd quand s’abattent sur lui tristesses, calomnies et persécutions », affirmait Saint Séraphin de Sarov (1759-1833). Toutefois, « comment cela peut-il se faire », pour reprendre le questionnement de Nicodème à Jésus. Et Jésus de répondre : « Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas ? » (Jn 3, 9) « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.