Aujourd'hui l'économie

Mégafusion en vue entre AT&T et Time Warner


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L’opérateur téléphonique américain AT&T a annoncé ce week-end son mariage avec Time Warner. Cette mégafusion pourrait être la plus importante de l’année, mais ses chances d’aboutir apparaissent bien minces.
La série Game of Thrones, les films Harry Potter produits par la Warner Bros, CNN ou encore les droits de la NBA, la ligue de basket-ball : voilà quelques-uns des succès audiovisuels planétaires qu'une vieille compagnie téléphonique née au 19e siècle convoite.
Pourquoi faire ? Pour donner du tonus à son cœur de métier aujourd’hui sur le déclin. Les Américains sont maintenant quasiment tous connectés avec leur mobile. AT&T, le numéro deux du téléphone aux Etats-Unis a donc besoin d'une autre activité pour se renouveler.
Les contenus de Time Warner sont censés redonner du tonus aux tuyaux d'AT&T. Ses trois concurrents se posent les mêmes questions et font aussi des acquisitions dans les médias ou internet pour trouver l’élixir de jouvence. Time Warner, la mariée, est plutôt flattée par le prix proposé : 100 milliards de dollars, dette comprise, cela en fait la plus grosse fusion acquisition de l'année.
Cette alliance c'est une assurance vie pour les deux protagonistes?
C'est plutôt un pari car en général, les fusions se finissent mal. Tous secteurs confondus les deux tiers échouent. Dans les médias, le rapprochement du tuyau et du contenu n'est pas une idée neuve. C'était la stratégie de Jean-Marie Messier avec Vivendi. L'ex-compagnie générale des eaux s'occupait des canalisations d'eau potable et du câble, elle a acheté le studio Universal pour devenir un géant mondial. L'aventure s'est soldée par une débâcle financière en 2000. La même année, Time Warner rachète AOL, le fournisseur d'accès internet. Encore raté. 9 ans plus tard, le divorce est prononcé.
Pourquoi tenter à nouveau l'aventure?
Cette fois c'est différent assurent les fiancés. Le monde a changé : tout le monde a compris que l'époque de la télé qu'on regardait rivé à son canapé est terminée. L'arrivée de Netflix a bouleversé le modèle économique des grands studios, les chaînes qui financent la production télé ou cinéma ont de plus en plus de mal à se vendre via le câble. Il est temps pour Time Warner de trouver la parade. Avec cette fusion se joue la transition du haut débit disponible jusqu'à maintenant par câble vers le mobile. Transition qu'AT&T entend assurer avec son réseau d'abonnés. Pour la compagnie téléphonique, il y avait urgence à trouver un partenaire pour sa survie car des rivaux avaient déjà fait des avances à Time Warner. En Europe, ce mouvement de convergence entre contenu et contenant est aussi en marche. Patrick Drahi, le patron du réseau téléphonique SFR, a racheté des journaux et le groupe télé NextTV.
Cette fusion-acquisition record devra franchir plusieurs barrages avant de se concrétiser.
Le plus dur sera de recevoir le feu vert des autorités américaines de la concurrence. Il est improbable qu'AT&T puisse conserver l'exclusivité de la diffusion de ses contenus au préjudice du consommateur, qui serait alors contraint de multiplier les abonnements pour avoir accès à ses chaînes ou séries préférées. Ce serait aussi préjudiciable à Time Warner qui toucherait un public restreint. AT&T devra sans doute s'engager à rendre ces contenus disponibles pour les autres fournisseurs.
Une clause qui rend l'affaire nettement moins lucrative. Par ailleurs, il faudra passer outre l'opposition de la classe politique. Donald Trump est opposé à ce mariage et Hillary Clinton très réservée. Etant donné l'agenda électoral, les noces ne seront pas célébrées avant 2017, si le financement est assuré, c'est le dernier écueil que doit contourner le groupe déjà très endetté.
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Aujourd'hui l'économieBy RFI