durée : 00:04:01 - Le développement des partitions numériques dans l'orchestre - par : Suzanne Gervais - L’Orchestre Philharmonique de Bruxelles est le premier à avoir équipé ses musiciens de tablettes tactiles. C’était en 2012 et le coup d’essai s’est avéré concluant. Depuis, ce sont les orchestres français qui sont les plus branchés ! Il y a tout juste un an, l’Orchestre de l’Opéra de Rouen délaissait le bon vieux papier le temps d’un concert pour se familiariser avec le lecteur de partitions numériques mis au point par la _startup_ _**Newzik**_. En mai dernier, c’est l’Orchestre national d’Ile\-de\-France qui a tenté l’expérience : 30 iPads pour 80 musiciens. En octobre, ce sera au tour de l’Orchestre Colonne.
Il s’agit tout simplement de lire sa partition, non plus sur support papier, mais sur écran. Depuis le boom des tablettes tactile, dans les années 2010, les musiciens sont de plus en plus nombreux à insérer les fichiers informatiques de leurs partitions dans leur tablette et ne tarissent pas d’éloges sur ce nouveau support : fini les kilos de partitions à trimbaler pendant les tournée, la nécessité de poser l’archet pour tourner les pages, l’angoisse des salles mal éclairées ou bien les pinces à linge pour tenir les feuilles lors d’un concert en plein air…
## Qu’est ce que la technologie apporte à la partition ?
On peut se demander si c’est un effet de mode un peu _geek_ ou un réel avantage. Quelques exemples : les musiciens peuvent tourner les pages sans les mains, grâce à une pédale bluetooth ou à un petit bouton à fixer derrière le manche du violon… Mais ce n’est pas tout : l’imposant pupitre du chef d’orchestre est remplacé par un large écran et le gain de temps est important pour les bibliothécaires d’orchestres, ces petites mains indispensables chargées de louer et de préparer le matériel, de reporter les indications des chefs de pupitre sur toutes les partitions et… de gommer le tout avant de rendre les ouvrages à l’éditeur. Avec une partition numérique, le premier violon note les indications avec un stylet, et, magie, elles sont automatiquement reportées sur les partitions des violons du rang.
Les pratiques de lecture évoluent. Avec le succès des livres numérique, les _e\-book_, certains clament que d’ici quelques décennies, le livre disparaîtra et avec lui les belles reliures et le bruit familier des pages qui se tournent. On peut donc se demander si la partition subira le même sort. Les _startup_ sont de plus en plus nombreuses à proposer des lecteurs de partitions numériques, comme _Newzik_ ou _Neoscore_, mais il y a encore du travail du côté des maisons d’édition. Elles sont encore frileuses à l’idée de dématérialiser leurs partitions. Cependant, certaines sont à la pointe comme _Lemoine_ en France ou _Henle_ en Allemagne… Citons aussi le _Mozarteum_ de Salzbourg, qui est en train de numériser l’intégralité de son énorme fonds Mozart.
## Certains répertoires plus propices à la partition numérique
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La musique contemporaine sait particulièrement tirer parti des partitions numériques, c'est d'ailleurs ce qu'[expliquait le _quatuor Tana_ dans la matinale](https://www.francemusique.fr/emissions/l-invite-du-jour/l-invite-du-jour-du-mercredi-6-septembre-2017-36359?xtmc=quatuor%20tana&xtnp=1&xtcr=3). Le compositeur, présent dans la salle pendant les répétitions, peut modifier et corriger la partition en temps réel. Fini les musiciens cachés derrière des murs de partitions géantes aux collages bancales... Avec la tablette, pas de feuilles qui tombent ni de gestes parasite, l’épure est reine. Car l’esthétique, au concert, c’est important aussi.
## Une lente transition
Abandonner ses chères partitions ne se fait pas du jour au lendemain. Le lien qui nous unit au papier est affectif, presque sensuel : le papier rassure, on en aime le grain, l’odeur… Et la dépendance à la technologie en fait trembler plus d’un : que faire en cas de panne ? Bref, le monde musical est encore bien ancré dans ses traditions, mais les initiatives de quelques orchestres, de quatuors ou de solistes annoncent l’avenir.