Nos années collector

Nos années collector

By Nostalgie BelgiqueMusic
Download on the App Store

Nos années collector episodes

  • 1962 : le monde retient son souffle, la radio rassemble et Johnny s’impose
    En 1962, le monde avance avec prudence, comme suspendu entre inquiétude et espoir. Dans les foyers belges, on vit encore au rythme des habitudes : l’école, le travail de papa, les repas pris à heures fixes. La télévision est rare, mais la radio, elle, règne en maîtresse absolue. On s’y rassemble, on écoute, on se tait presque… car les nouvelles sont graves.

    Cette année-là, le monde retient son souffle avec la Cuban Missile Crisis. Pendant treize jours, les grandes puissances se font face. D’un côté, Nikita Khrushchev, de l’autre John F. Kennedy, avec en toile de fond Fidel Castro. Les missiles soviétiques installés à Cuba font craindre le pire. Puis, soudain, la tension retombe. Le monde respire à nouveau… et un lien direct, le fameux “téléphone rouge”, est instauré entre Moscou et Washington.

    Dans le même élan historique, la signature des Évian Accords met fin à la guerre d’Algérie. Le 5 juillet, l’indépendance est proclamée. Une page se tourne, non sans douleur, avec le retour massif des familles européennes. En Belgique, les tensions linguistiques s’intensifient avec la question des Fourons, preuve que même chez nous, les équilibres restent fragiles.

    Mais au-delà de ces bouleversements, la vie quotidienne suit son cours, douce et réglée. Les annuaires téléphoniques — ces fameux bottins jaunes — font leur apparition. On y trouve les numéros de tout le monde… à condition d’avoir le téléphone. Et cela suffit parfois à créer les premières émotions, les premiers émois d’enfance.

    Dans les maisons, la radio accompagne tout : les repas, les dimanches, les soirées. Elle diffuse des feuilletons, des chansons, des voix familières qui deviennent presque des membres de la famille. Pendant ce temps, les enfants écrivent à la plume dans des cahiers d’école, avec les tables de multiplication au dos, pendant que les mamans veillent sur les bobos à coups de mercurochrome et de tisane au miel.

    Côté culture, 1962 est une année sensible et foisonnante. Marguerite Duras publie L’Après-midi de Monsieur Andesmas, un texte délicat où le silence parle autant que les mots. Georges Simenon continue d’enrichir l’univers du commissaire Maigret avec Maigret et le client du samedi. Et puis, venu d’Amérique, un vent nouveau souffle avec One Flew Over the Cuckoo’s Nest de Ken Kesey, œuvre rebelle et marquante.

    Les enfants, eux, tournent les pages de Bécassine mène l'enquête ou de Martine et les Quatre Saisons, pendant que les adultes s’échangent romans et magazines entre voisins, autour d’un café partagé.

    Et puis, il y a la musique… cette musique qui commence à changer de ton. Johnny Hallyday explose avec L’Idole des jeunes. Il incarne une nouvelle génération, plus libre, plus audacieuse. Claude François fait ses premiers pas remarqués avec Belles, belles, belles.

    Pendant ce temps, en Angleterre, un groupe encore discret enregistre Love Me Do : The Beatles. Personne ne le sait encore… mais la révolution est en marche.

    Aux États-Unis, Ray Charles bouleverse les cœurs avec I Can’t Stop Loving You, tandis que Sam Cooke impose sa voix soyeuse. Et en France, les poètes chantent : Georges Brassens célèbre dix ans de carrière avec Les Trompettes de la renommée, pendant que Claude Nougaro marie jazz et poésie avec Le Jazz et la Java.

    Dans les rues, les jupes raccourcissent légèrement, les blousons de cuir apparaissent, les coiffures se fixent à la laque… et les mentalités évoluent doucement. Les femmes commencent à rêver d’indépendance, d’un travail à l’extérieur, d’une autre vie possible.

    1962, c’est tout cela à la fois : une année sous tension, mais aussi une année de transition, où l’on sent que quelque chose change… lentement, mais sûrement.
    13 min
  • 1960 : frigo dans la cuisine, Psychose au cinéma et Brel “Ne me quitte pas”
    En 1960, la Belgique entre doucement dans les sixties. La modernité arrive d’abord dans la cuisine. L’objet qui symbolise cette révolution n’est ni la télévision — encore rare — ni la voiture familiale — encore coûteuse — mais le réfrigérateur. Chez Victor et Marie, le grand frigo blanc trône fièrement dans la cuisine. Il ronronne doucement et représente bien plus qu’un simple appareil : c’est un signe de réussite et de confort, souvent présenté dans les publicités comme « l’ami de la ménagère moderne ».

    Marie a le temps de cuisiner : œufs mimosas, soufflés au fromage, blanquette de veau ou pain perdu le mercredi après-midi. Les enfants boivent du lait en bouteilles de verre livrées par le laitier et se régalent de sucreries typiques de l’époque : roudoudous, cigarettes en chocolat, rouleaux de réglisse ou pailles remplies de sucre acidulé. Les hommes portent encore chemise blanche et cheveux soigneusement brillantinés, tandis que les femmes adoptent robes cintrées, jupons volumineux et coiffures crêpées fixées avec la fameuse laque Elnett de L'Oréal.

    On part rarement en vacances, parfois à la côte belge ou dans les Ardennes. La radio reste allumée toute la journée, le père lit le journal et les enfants jouent aux osselets, au mikado, à la corde à sauter ou aux petits chevaux. Dans les cafés, les jukebox commencent à diffuser les premiers airs de twist qui annoncent une nouvelle génération.

    Ce soir-là, Victor et Marie s’habillent élégamment pour aller au cinéma voir Psycho de Alfred Hitchcock. Le film marque les esprits avec Anthony Perkins dans le rôle inquiétant de Norman Bates et Janet Leigh dans la célèbre scène de la douche. La musique stridente composée par Bernard Herrmann, uniquement pour cordes, devient l’une des bandes originales les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Encore sous le choc en rentrant, Marie se rassure en feuilletant Tintin in Tibet de Hergé, paru la même année.

    Mais 1960 est aussi une année historique. Dans son journal La Meuse, Victor lit la nouvelle qui bouleverse la Belgique : l’indépendance du Congo. Le discours du nouveau Premier ministre Patrice Lumumba face au roi Baudouin of Belgium marque profondément les esprits et ouvre une période de tensions politiques. Sur la scène internationale, la guerre froide s’intensifie après l’incident de l’avion espion américain abattu au-dessus de l’URSS, un épisode qui compromet les espoirs de détente entre les blocs.

    La musique, elle, accompagne chaque moment de la vie. Victor pose un vinyle de Gilbert Bécaud avec Et maintenant. Mais la chanson qui touche le plus Marie reste Ne me quitte pas de Jacques Brel, inspirée de sa rupture avec Suzanne Gabriello. La mélodie, écrite avec Gérard Jouannest, s’inspire d’une danse hongroise de Johannes Brahms.

    Mais l’année marque aussi les débuts de la vague yéyé : Johnny Hallyday triomphe avec Souvenirs, Souvenirs, Édith Piaf chante Milord, Bourvil amuse avec Salade de fruits, et Dalida fait danser toute l’Europe avec Itsi Bitsi Petit Bikini.

    1960, c’est donc une année charnière : une société encore traditionnelle, mais déjà tournée vers la modernité, les nouvelles musiques et la culture populaire qui vont bientôt définir toute la décennie. Une véritable année collector.
    11 min
  • 1979 : Goldorak, Walkman, Pink Floyd et Renaud à l’aube des années 80
    En 1979, la Belgique s’approche doucement des années 80, sans encore deviner à quel point la société, la musique et les technologies vont changer. Dans les maisons, les intérieurs mêlent modernité et nostalgie : papiers peints géométriques, meubles en teck hérités du design scandinave, canapés en rotin et plantes vertes suspendues dans des macramés faits maison. Le téléviseur couleur trône au milieu du salon, devenu le centre de la vie familiale, même si un petit poste noir et blanc reste souvent dans la cuisine pour suivre les informations en préparant le repas.

    Dans les chambres des adolescents, les murs sont couverts de posters de Grendizer, des Bee Gees ou de Pink Floyd. Sur le bureau, un transistor, un lecteur de cassettes et des bandes audio enregistrées à la maison permettent d’écouter ses chansons préférées. Le mercredi après-midi, les enfants se précipitent devant la télévision pour entendre le célèbre générique “Goldorak Go !”. Pour toute une génération, Goldorak devient bien plus qu’un dessin animé : un symbole de fascination pour l’espace, la technologie et les héros solitaires venus d’ailleurs.

    Dans les cuisines apparaissent de nouveaux appareils qui changent la vie quotidienne : la friteuse électrique, le robot Moulinex ou le percolateur. Côté mode, les jeunes portent jeans taille haute, baskets et vestes en denim. Les adultes oscillent entre élégance classique et touches disco : pantalons évasés, chemises satinées et lunettes oversize teintées. Et surtout, une révolution discrète accompagne les promenades : le Sony Walkman, qui permet pour la première fois d’écouter sa musique partout.

    Pendant ce temps, dans une taverne enfumée, Jean-Claude, Alice, Romain et Sophie discutent passionnément de culture. Jean-Claude ne jure que par The Hitchhiker's Guide to the Galaxy de Douglas Adams, phénomène de science-fiction humoristique. Romain évoque The Dead Zone de Stephen King, l’histoire d’un homme capable de voir l’avenir en touchant les gens. Sophie, elle, prévoit d’aller voir Manhattan de Woody Allen, avec Diane Keaton, film élégant en noir et blanc qui deviendra culte. Quant à Alice, elle se réjouit de la publication en français des albums de Mafalda, créés par Quino.

    À la télévision, les Belges suivent aussi la série américaine Dallas, avec la famille Ewing, ou l’émission policière Les Cinq Dernières Minutes menée par Raymond Souplex et sa célèbre réplique : « Bon Dieu… mais c’est bien sûr ! »

    Sur le plan international, 1979 est une année agitée. La Iranian Revolution renverse le Shah et porte au pouvoir Ruhollah Khomeini. Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher devient la première femme à diriger le pays et gagne rapidement le surnom de « Dame de fer ». L’année marque aussi les premières élections européennes au suffrage universel direct. Enfin, le Mother Teresa reçoit le Nobel Peace Prize pour son action auprès des plus pauvres.

    Mais 1979, c’est aussi une année musicale mémorable. Dans les jukebox des tavernes résonnent Born to Be Alive de Patrick Hernandez et Y.M.C.A. du groupe Village People. En France, Renaud confirme son succès avec l’album Ma Gonzesse, tandis que Francis Cabrel triomphe avec Je l’aime à mourir. Et pour les amateurs de rock, un album monumental sort cette année-là : The Wall, porté par la chanson Another Brick in the Wall.

    1979, c’est donc une année charnière : la fin des seventies, encore marquée par le disco et les jukebox, mais déjà tournée vers la technologie, la new wave et les années 80 qui approchent. Une époque où la télévision, la musique et la culture populaire façonnent une génération entière. Une véritable année collector.
    12 min
  • 1974 : choc pétrolier, ABBA “Waterloo”, Coluche à l’Olympia et Carrie de Stephen King
    En 1974, le monde découvre les conséquences du premier 1973 oil crisis. Les prix de l’énergie grimpent, l’économie ralentit et le chômage apparaît peu à peu après les années prospères des Trente Glorieuses. Pourtant, dans la vie quotidienne, tout reste encore possible. Beaucoup apprennent leur métier directement sur le terrain. Yvette, 23 ans, travaille comme éducatrice dans un centre pour enfants en difficulté sans formation spécialisée, tandis que son mari Michel vient d’être engagé comme journaliste à la radio de la RTB, après avoir fait ses preuves sur le tas.

    Ce soir-là, ils célèbrent cette bonne nouvelle autour d’un whisky-coca et de chips salées. La télévision couleur diffuse distraitement le journal parlé pendant qu’un vinyle tourne sur le pick-up : Mon vieux de Daniel Guichard. Yvette prépare une fondue bourguignonne pendant que Michel s’acharne sur un Rubik’s Cube, inventé par Ernő Rubik, devenu la nouvelle obsession des soirées. Le couple rêve aussi d’une Mini Cooper, mais doit encore économiser : pour l’instant ils roulent toujours dans leur vieille Volkswagen Beetle.

    Côté spectacle, 1974 est aussi une année d’humour et de musique. Sur la scène de l’Olympia, Coluche présente son premier one-man-show Mes adieux au Music-Hall et fait rire toute la France avec son sketch culte C’est l’histoire d’un mec. Sur les ondes, les vinyles s’enchaînent : ABBA remporte l’Eurovision Song Contest avec Waterloo, battant notamment Olivia Newton-John. Dans les salons belges, on écoute aussi Dalida avec Gigi l’Amoroso, Dave avec Vanina, Claude François et son émouvant Le téléphone pleure, ou encore Le premier pas de Claude-Michel Schönberg.

    Dans l’actualité, l’année est agitée. La télévision française se transforme avec la disparition de ORTF, remplacée par TF1, Antenne 2, FR3 et Radio France. Une affaire spectaculaire marque aussi les esprits : la prise d’otage du célèbre animateur Max Meynier pendant son émission Les Routiers sont sympas sur RTL, finalement résolue sans drame.

    Et puis il y a la culture. Le soir, Michel fait des mots croisés pendant qu’Yvette dévore Carrie, premier roman de Stephen King, histoire sombre d’une adolescente harcelée dotée de pouvoirs de télékinésie. Au cinéma, l’année est marquée par The Godfather Part II de Francis Ford Coppola, qui révèle Robert De Niro aux côtés de Marlon Brando. Mais ce dimanche-là, Michel et Yvette préfèrent aller voir La Gifle de Claude Pinoteau, avec Isabelle Adjani, Lino Ventura et Annie Girardot, un film qui parle de divorce, d’autorité parentale et de conflit entre générations.

    1974, c’est donc une année charnière : la crise économique pointe, mais la vie continue entre vinyles, cinéma, télévision couleur et soirées entre amis. Une époque où les inquiétudes apparaissent… sans encore faire disparaître le goût de vivre. Une année collector.
    12 min
  • 1967 : Coccinelle, San-Antonio et Sgt. Pepper dans les Golden Sixties
    En 1967, la Belgique profite encore pleinement des Golden Sixties. Dans un lotissement du village, Violette et Denis vivent dans une petite maison deux façades achetée quelques années plus tôt grâce à un prêt avantageux de la Banque nationale de Belgique. Les voisins se connaissent tous : on s’échange un œuf, de la farine, des conseils pour les rosiers. Les enfants jouent dans la rue à cache-cache ou à chat perché en attendant le retour de leur père, instituteur dans le village voisin. Le plein emploi est une réalité et le niveau de vie progresse : frigo blanc, télévision noir et blanc, et la fierté du couple, une Volkswagen Coccinelle garée devant la maison. Pendant que Violette retire ses bigoudis et prépare un chicon au gratin, le boulanger passe en faisant tinter sa cloche pour annoncer pain blanc et gosettes aux pommes.

    À 17 heures, Denis rentre et le couple partage un café au lait accompagné d’un spéculoos en écoutant la RTB. L’émission Jeunesse 67, animée par Claude Delacroix et Michèle Cédric, fait découvrir les nouveautés musicales et deviendra bientôt Formule J. On y entend Brigitte Bardot chanter Harley Davidson. Denis feuillette un polar de Frédéric Dard avec le célèbre commissaire San-Antonio, tandis que Violette lit Vendredi ou les Limbes du Pacifique de Michel Tournier, réécriture philosophique de Robinson Crusoé. Le week-end prochain, ils iront au cinéma voir The Graduate de Mike Nichols, qui révèle Dustin Hoffman.

    Dans le salon, l’heure de l’apéritif accompagne les informations. Le journaliste Luc Beyer annonce la mort de Che Guevara, exécuté en Bolivie après ses guérillas révolutionnaires. En Belgique, Paul Vanden Boeynants dirige le gouvernement et l’OTAN s’installe à Evere, près de Bruxelles. La mode venue de Londres influence déjà les rues : pantalons pattes d’éléphant, robes longues, débuts de la culture hippie.

    Le week-end, Violette et Denis font tourner les vinyles. The Beatles viennent de publier l’album révolutionnaire Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Denis écoute aussi Pink Floyd, Jimi Hendrix et The Doors. Violette préfère la soul d’Aretha Franklin et la chanson française : Michel Polnareff, Jacques Dutronc ou Georges Brassens avec La Non-Demande en mariage. Et lorsque résonne Jacques Brel et La Chanson des vieux amants, Violette s’arrête pour écouter. Elle apprend aussi que Brel quitte la scène pour se consacrer au cinéma, notamment avec le film Les Risques du métier.

    1967, c’est une Belgique prospère, curieuse du monde et passionnée de musique. Une époque où les voisins se parlent encore par-dessus la haie, où les disques tournent sans cesse sur la platine et où la modernité arrive doucement, au rythme des Golden Sixties. Une année Nostalgie.
    11 min
  • 1969 : de la Peugeot 504 à Woodstock, entre Polnareff, Apollo 11 et Que je t’aime
    En 1969, la Belgique vit encore dans un cocon familial rassurant, mais le vent du changement souffle déjà. Imaginons la famille Calens : Denise et François, trentenaires, deux filles de 10 et 12 ans, une maison sociale dans un village tranquille. L’instituteur et le garde champêtre sont respectés, l’autorité existe encore. Les enfants vont à pied ou à vélo à l’école.

    La prospérité des Trente Glorieuses est perceptible : électroménagers plus répandus, confort accru, voiture familiale flambant neuve — une Peugeot 504, élue voiture de l’année 1969. Denise prend désormais la pilule contraceptive, symbole d’une liberté nouvelle. Deux salaires rendent la vie plus confortable. On fait les courses au Grand Bazar en voiture, on regarde la télévision le soir, on écoute les 45 tours dans la chambre des adolescentes.

    Mais les jeunes ne ressemblent plus à leurs parents. Influencés par les The Beatles, les hippies et Mai 68, ils portent mini-jupes et pantalons pattes d’eph, cheveux longs et esprit contestataire — timidement encore, mais sûrement.

    Que se passe-t-il dans le monde en 1969 ?

    À la RTB, le journaliste Luc Beyer évoque les tensions linguistiques qui ont fracturé l’Université catholique de Louvain. La Belgique entre dans une transformation institutionnelle profonde. Les débats communautaires s’installent durablement.

    À l’international, Richard Nixon promet une paix honorable au Vietnam, mais la guerre continue et les manifestations se multiplient.

    Et puis, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, un moment suspend le monde : Neil Armstrong pose le pied sur la Lune lors de la mission Apollo 11. Les familles belges, les yeux rivés à leur télévision noir et blanc, entendent cette phrase historique :

    « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité. »

    Culture et lecture à la mer du Nord

    En week-end à La Panne, Denise lit La Disparition de Georges Perec, roman écrit sans la lettre « e », œuvre emblématique de l’OULIPO. François, plus léger, feuillette Gaston Lagaffe de André Franquin, Astérix en Hispanie de René Goscinny et Albert Uderzo, ou encore Lucky Luke.

    1969, c’est aussi une époque où la bande dessinée franco-belge rayonne, où l’expérimentation littéraire côtoie la culture populaire.

    Musique : entre Woodstock et Que je t’aime

    1969, c’est évidemment le festival de Woodstock, près de Bethel, symbole de paix et de contre-culture. Sur scène : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Santana, Joan Baez, The Who, Joe Cocker.

    Mais à la maison, Denise préfère la chanson française : Georges Moustaki et Le Métèque. Joe Dassin et Les petits pains au chocolat. Jean-François Michael avec Adieu jolie Candy. Et surtout Johnny Hallyday avec Que je t’aime, immense succès de l’année.

    1969 est aussi marquée par la disparition de Brian Jones, membre fondateur des Rolling Stones, symbole d’une génération tourmentée.
    10 min
  • 1978 : de Grease à Starmania, entre disco, affaire Empain et été Bee Gees
    Ambiance générale : le matin belge en 1978

    Le jour se lève doucement derrière les persiennes rigides. Dans la cuisine, le percolateur chante. Sur la table : tasses en Arcopal, planches à tartiner en bois, pots de confiture maison, sirop de Liège, petits fromages blancs Gervais, couteaux aux manches colorés.

    On écoute la RTB, RTL ou Europe 1 sur les longues ondes. Le journal parlé adopte un ton plus naturel qu’autrefois. Entre deux bulletins météo, résonnent Eddy Mitchell ou Michel Sardou avec En chantant.

    Les enfants boivent du Cécémel, les parents du café Chat Noir. Cartable en cuir sous le bras, coupe au bol disciplinée (en apparence seulement), ils filent vers l’école en autobus.

    Les façades sont couvertes d’affiches publicitaires : cigarettes Kent, chocolats Kinder, savon Lux vanté par Mireille Darc. La consommation s’affiche sans complexe.

    En 1978, les salles belges sont combles.

    Grease triomphe. Réalisé par Randal Kleiser, avec John Travolta et Olivia Newton-John, le film célèbre les années 50 dans une explosion musicale irrésistible.

    Les Bronzés fait éclater de rire la Belgique avec la troupe du Splendid et ses répliques cultes.

    La Cage aux Folles, réalisé par Édouard Molinaro, avec Michel Serrault et Ugo Tognazzi, marque durablement les esprits.

    Côté littérature, Georges Perec reçoit le Prix Médicis pour La Vie mode d’emploi, roman monumental structuré comme un échiquier.

    1978 dans le monde : tensions et bouleversements

    1978 est appelée l’année des trois papes :

    Paul VI décède en août.

    Jean-Paul I meurt après 33 jours.

    Jean-Paul II devient le premier pape non italien depuis 455 ans.

    L’affaire Empain bouleverse la Belgique avec l’enlèvement du baron Édouard-Jean Empain.

    Sur le plan international :

    Les Accords de Camp David réunissent Anouar el-Sadate, Menahem Begin et Jimmy Carter.

    En Italie, Aldo Moro est assassiné par les Brigades rouges.

    Côté sport :

    Bernard Hinault remporte son premier Tour de France.

    Coupe du monde de football 1978 est gagnée par l’Argentine.

    On paie encore en liquide ou par chèque. Les hypermarchés progressent, mais les petits commerces restent vivants. Les magasins ferment le dimanche.

    1978 est flamboyante.

    L’opéra rock Starmania, créé par Michel Berger et Luc Plamondon, réunit France Gall, Daniel Balavoine, Diane Dufresne et d’autres grandes voix. Le Blues du businessman et SOS d’un terrien en détresse deviennent cultes.

    Le disco est à son apogée :

    Bee Gees – Stayin’ Alive

    Queen – We Are the Champions

    Dire Straits – Sultans of Swing

    En France et en Belgique :

    Claude François avec Alexandrie Alexandra

    Renaud avec Laisse béton

    Michel Sardou continue d’enchaîner les succès.

    Et puis, le 9 octobre 1978, la Belgique perd Jacques Brel. Le pays entier pleure. Les radios diffusent Ne me quitte pas, Amsterdam, La Chanson des vieux amants.
    13 min
  • 1975 : entre mariage, Delhaize, chute de Saïgon, la télé et Vanina
    En ce dimanche matin de 1975, la Belgique s’éveille doucement dans des appartements aux murs beiges et bruns tapissés de motifs géométriques. Claudine et René viennent de se marier. Passage obligé devant monsieur le maire, robe blanche de rigueur — même si, depuis Mai 68 et la pilule contraceptive, les mœurs ont discrètement évolué. On ne vit pas encore ensemble sans alliance au doigt : l’avis des parents compte toujours.

    Le jeune couple loue un deux chambres pour 9.000 francs belges. Une seule voiture, la toute nouvelle Volkswagen Polo, symbole d’indépendance. Dans la cuisine en formica, tout est orange : mixe-soupe, moulin à café, ouvre-boîte. Le soir du mariage, ils sabrent une coupe de champagne en écoutant Les Mots bleus de Christophe sur le pick-up.

    Les semaines passent. Claudine fait ses courses chez l’épicier du coin et, le samedi, au nouveau Delhaize. René rapporte les petits pains du dimanche. Le dîner ? Steak, frites, salade et mayonnaise maison, avec de l’eau de Spa en bouteille en verre. Sur la table basse, un cendrier du Val-Saint-Lambert déborde de Belga et de Bastos : en 1975, tout le monde fume.

    Le soir, la télévision couleur trône comme un autel moderne. On capte désormais TF1, Antenne 2 et FR3. Claudine découvre le sérieux rassurant de Roger Gicquel au journal de 20 heures. Il annonce le procès de la Fraction armée rouge, puis une nouvelle attendue : le 30 avril 1975, la chute de Saïgon met fin à la guerre du Vietnam. Ouf.

    Claudine lit Villa Triste de Patrick Modiano, atmosphère mélancolique au bord du Léman. René, lui, savoure La Grande Traversée d’René Goscinny et Albert Uderzo. Astérix traverse l’Atlantique pendant que l’actualité annonce la mort de Joséphine Baker, la victoire de Bernard Thévenet au Tour de France et, en novembre, le décès de Franco.

    Mais 1975, c’est aussi la fête. Direction le club « La Cave ». Boule à facettes, fumée bleutée, videur impressionnant. Sur la piste, Dave chante Vanina, Nino Ferrer enflamme les slows avec Le Sud. Les romantiques se retrouvent sur L’Été indien de Joe Dassin, tandis que Il était une fois fait chavirer les cœurs avec J’ai encore rêvé d’elle. Et quand résonne Brasilia Carnaval des The Chocolat's, plus personne ne reste assis.

    1975, c’est cela : un monde encore structuré, mais déjà en mouvement. Entre tradition et liberté, entre mayonnaise maison et disco incandescent. Une année tendre, politique, dansante.
    12 min
  • 1964 : les points OMO, Thierry la Fronde et Beatlemania sous la boule à facettes
    En 1964, la Belgique avance doucement vers la modernité sans renier ses habitudes d’après-guerre. Dans les rues de Bruxelles, Liège ou Namur, les façades gardent des couleurs un peu passées, mais les vitrines promettent le confort et la consommation. À la maison, le salon est sacré : buffet en chêne, verres en cristal du Val Saint-Lambert, télévision noir et blanc allumée avec respect. Les enfants s’installent sur le tapis pour regarder Thierry la Fronde avec Jean-Claude Drouot, ou l’émission interscolaire animée par Robert Frère.

    Dans la cuisine, on moud le café à la main, on verse l’eau bouillante sur un filtre en aluminium, on sert le tout à la voisine venue emprunter un roman d’Agatha Christie ou un titre d’Exbrayat. On lit beaucoup : Paris au mois d’août de René Fallet, le Journal Tintin, ou Bob et Bobette de Willy Vandersteen. Les ménagères découpent les points OMO pour gagner un service à café, les enfants boivent du Banania et croquent du chocolat Côte d’Or. Les bouteilles en verre sont consignées, le laitier et le brasseur passent chaque semaine.

    Au journal télévisé de la RTB, présenté par Pierre Delrock, le monde s’invite dans le salon. La guerre du Vietnam inquiète, la Chine fait exploser sa première bombe atomique, mais une note d’espoir surgit : le président Lyndon B. Johnson signe le Civil Rights Act, et Martin Luther King Jr. reçoit le prix Nobel de la Paix. En Belgique, la grève historique des médecins secoue le pays, tandis que Tokyo accueille les Jeux olympiques.

    Et puis vient la musique. 1964, c’est l’apogée du yéyé : Sheila chante Vous les copains, Sylvie Vartan promet d’être la plus belle pour aller danser, Françoise Hardy émeut avec Mon amie la rose, Claude François entraîne les foules, Jean Ferrat chante La Montagne.

    Et soudain, les premières notes de The Beatles résonnent avec Can’t Buy Me Love. La boule à facettes s’embrase, la jeunesse se déchaîne. La Beatlemania est là.

    1964, c’est une Belgique confiante, entre tradition et modernité, café fumant et rock anglais. Une année douce, animée, insouciante.
    11 min
  • 1963 : du poêle crapaud à la Beatlemania, entre Kennedy, Cléopâtre et «Tombe la neige»
    En 1963, la vie quotidienne en Belgique s’organise autour de la cuisine et du fameux poêle crapaud, à la fois chauffage et cuisinière. On se lève tôt : papa allume le feu avec du petit bois avant d’y verser le charbon. La pièce se réchauffe lentement tandis que maman prépare le café sur la plaque du poêle. Au sol, carrelage ou balatum facile à laver. Les enfants jouent en chaussettes épaisses, voitures en acier coloré ou poupées à la main, pendant qu’une radio Grundig diffuse les voix familières de la RTB : Jacques Careuil, Jean-Claude Menessier ou Arlette Vincent.

    La télévision noir et blanc reste précieuse : les programmes commencent en fin d’après-midi, on ferme les rideaux, on baisse la lumière. Les meubles en bois blond ou en acajou, les napperons crochetés et les vitrines familiales racontent une époque encore structurée et rassurante. Les sorties en Renault Dauphine, Simca ou Volkswagen Coccinelle sont des événements. La mode s’inspire de Jacqueline Kennedy Onassis : élégance sobre, gants blancs, coiffures bouffantes.

    Côté culture, 1963 foisonne. En littérature, Armand Lanoux reçoit le Goncourt pour Quand la mer se retire, Louis Aragon publie Le Fou d’Elsa, et Charles Exbrayat amuse avec Imogène vous êtes impossible. Les enfants dévorent Tintin (Les Bijoux de la Castafiore), Michel Vaillant et le premier album des Les Schtroumpfs (Les Schtroumpfs noirs).

    Au cinéma, Cleopatra de Joseph L. Mankiewicz fascine avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, tandis que The Birds d’Alfred Hitchcock glace le sang. Le Pop Art explose avec Andy Warhol et ses célèbres boîtes Campbell.

    Mais 1963 est aussi une année de secousses mondiales. Le 22 novembre, l’assassinat de John F. Kennedy bouleverse la planète. Le discours “I Have a Dream” de Martin Luther King Jr. marque les esprits. Valentina Tereshkova devient la première femme dans l’espace. En Belgique, la fixation de la frontière linguistique redessine l’État.

    Musicalement, 1963 vibre intensément. Salvatore Adamo triomphe avec Sans toi, ma mie et Tombe la neige. Jacques Brel émeut avec Les Bonbons. Sheila chante L’école est finie, Françoise Hardy séduit avec Tous les garçons et les filles, Johnny Hallyday enflamme les scènes.

    À l’international, les The Beatles lancent la Beatlemania avec Please Please Me, les The Beach Boys surfent avec Surfin’ U.S.A., et Ray Charles continue de révolutionner la soul.

    L’année est aussi marquée par la disparition d’Édith Piaf, suivie de celle de Jean Cocteau.

    1963, c’est une époque de charbon et de chansons, de télévision en noir et blanc et d’espoirs vibrants. Une année intense, contrastée, profondément humaine… que Nos Années Collector vous invite à revivre, avec émotion et précision.
    10 min

About Nos années collector

From the publisher's feed

Nos Années Collector est une séquence emblématique de Nostalgie+, animée par Anouchka Sikorsky , qui invite les auditeurs à replonger dans une année précise des années 60 ou 70, chaque week-end, le…