
Sign up to save your podcasts
Or


Les frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu, invités d'honneur de la 40ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, évoquent à notre micro leur parcours de trois décennies de création cinématographique. Ils comparent leur trajectoire à celle de montagnards, où chaque film représente une ascension différente. Au fil de leur œuvre ils développent un cinéma de la rencontre et de la déterritorialisation, où les personnages se déplacent sans cesse vers des territoires géographiques et intérieurs inédits. Actuellement en préparation de l'adaptation du roman "La Foudre" de Pierric Bailly, ils reviennent sur leur geste de cinéaste marqué par un travail d'épure, l'importance des paysages comme protagonistes des films à part entière, et leur volonté de brouiller les hiérarchies narratives traditionnelles en donnant autant d'importance aux personnages secondaires qu'aux principaux.
Mohamed Mesbah présente son film documentaire "Still Playing", sélectionné en compétition aux Entrevues de Belfort. Le film suit Rasheed Abueideh, développeur palestinien de jeux vidéo à Naplouse en Cisjordanie. Ce dernier élabore des expériences vidéoludiques pour sensibiliser au sort des victimes civiles des conflits armés, tout en essayant d'offrir une vie normale à ses enfants à travers des concours de robotique. Le documentaire explore le quotidien d'un créateur confronté à la guerre, son rapport aux images du conflit et sa démarche artistique comme moyen de témoignage et de résilience. Le film utilise différents régimes d'images : les scènes de vie tournées à Naplouse, les séquences de jeux vidéo, et les réactions de streamers découvrant ces jeux. Le film de Mesbah est un témoignage sensible sur la paternité en temps de guerre. Réflexion subtile sur le devenir des images de la guerre, il donne à voir la réalité humaine d'une famille palestinienne, à rebours de certaines visions qui tendraient à nier ou à caricaturer l'élan vital et créatif de ce peuple.
L'écrivain et cinéaste marocain Abdellah Taïa présente son court métrage "Cairo Streets" au Festival Entrevues de Belfort. Il revient sur son parcours, expliquant que le cinéma a toujours été, avant même l'écriture, son rêve premier. Entre 2002 et 2010, il a filmé Le Caire avec une caméra légère, capturant le bouillonnement humain de cette ville tentaculaire qui l'inspirait profondément. Le film mêle documentaire et fiction minimale, suivant la quête d'un amant perdu dans les rues cairotes. Taïa évoque sa liberté de filmer au Caire, contrastant avec les angoisses de son quotidien au Maroc, et explique comment cette ville de 22 millions d'habitants est devenue son "atelier cinématographique à ciel ouvert" lui offrant l'occasion, pour ce film, de saisir de petits instants miraculeux de cinéma.
Giuseppe Di Salvatore, philosophe, critique et créateur de filmexplorer.ch, analyse avec nous la sélection internationale de courts et moyens métrages du festival Entrevues de Belfort 2025. La discussion porte sur trois films marquants : "Still Playing" de Mohamed Mesbah, "Caïro Streets" de Abdellah Taïa et "Listen to the moon" de Shile Feng. Nos critiques mettent en lumière l'importance du rythme, des silences et de la capacité à créer une expérience immersive et sensorielle dans le court métrage. Giuseppe Di Salvatore émet notamment l'idée d'un "syndrome du court métrage" qui verrait certains films s'enfermer dans des concepts plutôt que de proposer de véritables univers narratifs vivants.
Liza Guillamot présente son documentaire "Zone grise", sélectionné en compétition long métrage au festival Entrevues de Belfort. Le film propose une immersion dans l'école de police de Saint-Malo, suivant pendant un an le parcours de stagiaires en formation. La réalisatrice explique avoir choisi ce cadre fermé et secret pour comprendre les racines du système policier, au-delà des images médiatiques habituelles. Après neuf ans de travail et de nombreuses difficultés, notamment pour accéder à cette école, elle livre un film intemporel qui interroge la formation, l'éducation et l'accoutumance progressive à la violence.
"Zone grise", co-monté avec Patrick Chiha, est porté par la justesse et la qualité d'attention d'un regard nouveau dans paysage du cinéma documentaire hexagonal. Il nous plonge, plans après plans, dans un vertige d'interrogations sociétales dépassant largement le cadre de cette forteresse institutionnelle qu'est la police nationale.
Laura Dauvin, jeune réalisatrice formée à la Fémis, présente son film "Home Tour" en compétition au festival Entrevues 2025. Ce court métrage de fiction suit une jeune femme faisant visiter son appartement à deux policiers, avec une mise en scène troublante révélant progressivement un trauma lié à une agression sexuelle. L'œuvre s'inscrit dans la continuité de son documentaire "Trois d'entre elles" (présenté à Visions du Réel en avril 2025), qui donnait la parole à des femmes de sa promotion à la Fémis après un incident traumatisant lors d'un cours montrant uniquement des scènes d'agressions sexuelles. Laura y explore la dissociation corporelle, la parole féminine et le conditionnement à travers le jeu remarquable de l'actrice Patience Munchenbach (19 ans), comparée à Sandrine Bonnaire pour sa présence magnétique. La réalisatrice aborde avec franchise les résistances du milieu face aux films sur ces sujets, souvent jugés "trop intimes" ou trop dans l'air du temps , malgré leur universalité.
Rencontre autour du film culte "Passe Montagne" (1978), premier long métrage de Jean-François Stévenin : son fils Sagamore Stévenin (comédien), Pierric Bailly (écrivain jurassien dont le roman "Le roman de Jim" a été adapté au cinéma), et Yann Dedet (monteur et écrivain, collaborateur notamment de François Truffaut et Maurice Pialat).
L'échange explore la nature inclassable de ce film tourné dans le Jura, son caractère expérimental et sa construction singulière. Yann Dedet révèle les coulisses d'un montage fondateur : Jean-François Stévenin a sabordé le premier montage de 3h pour créer un film "cubiste" de 1h48, cassant la temporalité, traitant la parole comme de la musique, superposant image et son de manière inédite. Pour Yann Dedet et son approche du montage, il y aura eu un avant et un après "Passe Montage".
Anton Balekdjian et Léo Couture présentent leur deuxième long-métrage "Laurent dans le vent" en avant-première au festival Entrevues de Belfort. Le film raconte l'histoire de Laurent, 29 ans, figure sans encrage et sans but qui échoue dans une station de ski déserte à l'intersaison. Là, il rencontre une série de personnages marginalisés : une vieille dame solitaire, une femme et son fils obsédé par les Vikings, un berger-chaman.
Le film est né de la rencontre entre un sentiment de stress généralisé face à l'avenir ressenti par leur génération et l'histoire vraie d'un homme resté deux ans dans une station pour "se remettre sur pied". Les réalisateurs explorent des thèmes contemporains : la désillusion face aux promesses du capitalisme, la marginalisation de ceux qui refusent de se conformer, et la recherche d'authenticité dans les relations humaines plutôt que dans l'ambition professionnelle.
Le film, réalisé à trois avec Matteo Demaëla, se distingue par son regard empathique sur chaque personnage, même les plus secondaires. La musique décharnée et le sifflement créent une atmosphère particulière, évoquant subtilement le western tout en s'en écartant néanmoins.
Jérôme Reybaud présente son deuxième long métrage "Un balcon à Limoges", en compétition pour le Grand Prix Janine Bazin. Le film explore la relation entre deux quinquagénaires aux parcours opposés : Gladys, une "clochard céleste" qui a choisi de sortir du système, et Eugénie, une "petite soldate de la normalité" qui tente de la remettre dans le droit chemin.
Inspiré par la période Covid et l'observation des "normies" (personnes qui suivent sans questionner les normes sociales), le réalisateur interroge les mécanismes de conformité sociale dans la France contemporaine. Il confronte ceux qui acceptent les règles et ceux qui descendent du "train de la société".
Le film s'inscrit dans une approche cinématographique héritée de Paul Vecchiali et de la diagonale (production indépendante, économie du "do it yourself"), tout en explorant les territoires français souvent ignorés.
🎧 Réécoutez l'enregistrement Live avec RODOLPHE BURGER
Live de l’émission radio Flux4 sur « Kraftwerk, le groupe le plus influent de sa génération », avec Rodolphe Burger ! 🎙️
Bischheim, novembre 2024 – Hier soir, sur notre plateau, l'ami Rodolphe Burger nous a ouvert les portes d’un univers fascinant : celui de Kraftwerk, groupe mythique et pionnier de la musique électronique. Cette émission spéciale s’inscrit dans le cadre du festival "C'est dans la vallée hors-les-murs", où Rodolphe Burger et Julien Perraudeau s’apprêtent à revisiter l’intégralité de l’album "Radioactivity" lors d’un concert exceptionnel à la salle du Cercle, ce 28 novembre.
Un retour aux origines
Dans un échange riche et captivant, Rodolphe Burger a raconté sa première rencontre avec Kraftwerk, en "temps réel", à l’époque où l’album "Radioactivity" révolutionnait les codes musicaux. Il évoque l’influence majeure du groupe allemand, à cheval entre avant-garde et pop, et leur rejet total des instruments traditionnels au profit d’un son purement électronique. Pour Rodolphe, cet album marque une césure artistique, non seulement pour Kraftwerk, mais pour toute une génération.
"Le minimalisme de leurs mélodies, leur radicalité et leur poésie sonore m’ont toujours captivé," confie-t-il. Avec une admiration teintée de complicité, il souligne aussi l’ambiguïté de Kraftwerk : un équilibre fascinant entre froideur technologique et romantisme inattendu.
Un projet ambitieux : recréer Radioactivity
Pour ce concert, Rodolphe Burger et Julien Perraudeau se sont lancés dans une véritable exploration archéologique de l’album. "On a passé des heures à analyser chaque son, chaque texture. Ce n’est pas une simple reprise, c’est une interprétation où l’on injecte notre propre énergie tout en restant fidèles à l’esprit originel," explique Burger.
À travers cette performance, il ne s’agit pas seulement de rendre hommage, mais aussi de faire dialoguer le passé et le présent, la machine et l’humain. Les sonorités électroniques, travaillées avec une précision artisanale, résonneront dans une interprétation puissante et organique, loin de toute froideur industrielle.
Un dialogue avec d’autres légendes
La soirée promet également d’autres moments forts, avec Sarah Murcia et Fanny de Chaillé, qui revisitent l’album "Transformer" de Lou Reed dans leur projet Transformé. Deux interprétations audacieuses pour une soirée qui célèbre l’avant-garde musicale et son impact intemporel.
🎧 Réécoutez l’interview exclusive de Rodolphe Burger sur notre site et ne manquez pas ce rendez-vous musical incontournable.
Journaliste : Emmanuel Abela
Réalisation et Photos : Olivier Legras
Mercredi 27 novembre
From the publisher's feed
Novo est un magazine du grand Est qui aime la culture. Flux4 est une plateforme radiophonique de podcast.
L'équipe est composée de Nicolas Bezard, Cecile Becker, Marie Bohner, Caroline…
Retrouvez ici tous les épisodes radiophoniques de Novo et Flux4.