La protection de la planète est l’enjeu majeur de ce siècle pour la communauté internationale. Mais cette lutte rejoint le combat des peuples autochtones pour leur survie.
Cette convergence des luttes était au cœur d’une table ronde organisée début avril à Grenoble, dans le cadre d’une quinzaine dédiée à la résistance des peuples autochtones et aux écocides. Avec en point d’orgue, la question des menaces qui pèsent sur les peuples autochtones du Brésil.
* Avec Marion Veber, chargée de mission Droits des peuples à la Fondation France Libertés.
Vous étiez présente à Grenoble le 9 avril dernier où vous participiez à cette table ronde qui s'est tenue autour de cette idée : respect de la nature et défense des peuples autochtones restent totalement liés.
« Un chiffre pour illustrer cette proximité entre défense des droits des peuples autochtones et défense de l'environnement : aujourd'hui, les peuples autochtones occupent environ 20% des territoires sur la planète. Mais dans ces 20% se trouvent 80% de la biodiversité mondiale. Donc effectivement, le lien entre protection des écosystèmes de la nature et droits des peuples autochtones est extrêmement fort. Aujourd'hui, un de nos axes de plaidoyer très fort est, justement, que la lutte contre le changement climatique et pour la préservation des écosystèmes passe par la reconnaissance des droits des peuples autochtones pour qu'ils puissent gérer leurs territoires comme ils le souhaitent. On sait que, de par leur mode de vie, ils ont un rapport à la nature qui est généralement beaucoup plus harmonieux que nos sociétés occidentales, même si on ne peut pas généraliser ça à tous les autochtones. Mais, quand même, on constate un autre rapport à la nature que celui qu'on a en Occident ».
Et inversement, le dérèglement climatique menace la biodiversité et donc leur survie.
« Ce sont effectivement parmi les premières victimes de ces menaces environnementales et climatiques, mais aussi du coup les premiers en front de résistance. Ils sont extrêmement mobilisés en fait pour défendre leur territoire. Donc ils se mobilisent aussi pour nous tous ».
Face à ces attaques, les peuples autochtones s’organisent et agissent, notamment dans les instances internationales.
« Les peuples autochtones ont pénétré dans les instances internationales depuis plusieurs dizaines d'années. Mais c'est vrai qu'avec la COP 21, on a eu une plus grande visibilité de leur lutte. Et aujourd'hui, des instances comme le GIEC reconnaissent même leurs connaissances traditionnelles comme un des éléments à réellement prendre en compte, puisqu'ils ont une connaissance très fine de la biodiversité, des écosystèmes. Ils peuvent prévoir des changements de météo, de par leurs observations de la biodiversité . Donc ils arrivent à faire reconnaître leurs connaissances au même titre que de la science dite occidentale. Donc c'est un premier élément. Et le deuxième élément, c'est qu'aujourd'hui, dans de nombreux textes internationaux, la question des peuples autochtones et de leurs droits est souvent mise en avant, malheureusement très souvent que dans le préambule et dans des articles non contraignants. Mais c'est déjà un premier pas pour rendre visible cet enjeu-là ».
Et il y a aussi l’enjeu de l’écocide qui est porté par leurs représentants.
« Pour eux, l'écocide, le fait de tuer les éléments qui constituent la nature et les équilibres des écosystèmes, elle va de pair avec ce qu'eux nomment génocide ou parfois ethnocide. C'est à dire que, en tuant la nature, on tue ces peuples, puisqu'on met à mal leur mode de vie. Donc souvent, ils lient les deux. Ecocide et génocide sont extrêmement liés. Donc ils se font en fait les porteurs effectivement de nouveaux termes juridiques qui sont aujourd'hui de plus en plus repris par des juristes occidentaux qui vise...