Questions du soir : le débat

Peut-on faire justice soi-même ?


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Sur les réseaux, en diffusant les photos de cambrioleurs, en traquant des pédophiles - l’affaire Dominique B, piégé en direct, en mai 2026, par un chasseur de pédophile en est le dernier exemple le plus frappant - ou en vrai, lorsque des victimes ou des proches de victimes, décident de retrouver le potentiel coupable en agissant souvent de manière violente. Les affaires, ces dernières années, se sont intensifiées, avec parfois une forme d’assentiment de responsables politique. Alors, se faire justice soi-même devient-il progressivement une norme ? À quel point l’autojustice fragilise la justice ? Les défaillances de la justice sont-elles les seules causes de la montée en puissance de ce phénomène ?

“La justice c'est deux choses”, définit Laure Heinich, “c'est une idée philosophique, la conception qu'on en a chacun, et puis c'est une institution, et en cela, elle a juste une vocation qui est une vocation publique, et donc se faire justice à soi, ce n'est pas rendre justice”. C’est pour cette raison, indique l’avocate, que “quand on est victime, on ne peut pas juger” car “la justice répond à des règles, les juges sont assermentés, ils répondent à un code pénal, à un code de procédure pénale, qui fait que la justice est rendue en toute indépendance et avec de la distance”.

L'ambiguïté des discours politiques

Mais, le sentiment d'abandon des citoyens face à une justice perçue comme défaillante nourrit une forme d'auto-justice. Ce phénomène, exacerbé par la lenteur des procédures et le manque de moyens judiciaires, pousse parfois des individus à se faire justice eux-mêmes, via les réseaux sociaux ou des actions directes, transformant ce qui était une réaction humaine en un mode opératoire de plus en plus fréquent.

Pour sa part, Pierre Rancé, regrette que de plus en plus d’hommes politiques, de journalistes, se montrent compréhensifs vis-à-vis de l’auto-justice et jouent, de fait, le rôle de “facilitateurs”. En ce sens, il ne comprend pas que Gérald Darmanin, pourtant ministre de la Justice, puisse dire à un père de famille, qu’il comprend qu’on puisse se faire justice par soi-même, même s'il ne faut pas le faire. Le journaliste s’inquiète, que le processus de banalisation de cette méthode conduise certains à passer à l’acte.

Pour aller plus loin :
  • Laure Heinich, “Avant la Peine”, Flammarion 2026
  • Pierre Rancé, “Autojustice. Enquête sur un inquiétant phénomène qui gagne la France”, Plon, 2025
  • Références sonores de l'émission :
    • Maximilien, père d’une enfant de 2 ans, interpelle le ministre de la justice Gérald Darmanin dans le cadre d’une émission sur l’affaire Lyhanna - BFM – 8 juin 2026
    • Le magistrat Denis Salas : "Quand vous arrivez à minuit ou 2h du matin et que vous jugez des affaires dans un état de lassitude à punir l'avocat, le greffier, le magistrat, on ne peut plus considérer qu'effectivement ça soit une justice décente" - France Culture - Questions du soir – 24 avril 2026
    • Monsieur Fox fait de la prévention contre les prédateurs en ligne sur internet - Brut – 6 juin 2026
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