Jean-Luc Mélenchon qui parle des jeunes au micro d’un jeune journaliste, Rémy Buisine, sur un média qui s’adresse aux jeunes, tout cela n’a rien d’un hasard, tant le candidat de LFI à la présidentielle compte sur la jeunesse pour l’envoyer à l’Élysée. Largement en tête chez les 18-24 ans, cette stratégie s’accompagne d’un engagement très puissant pour favoriser leur inscription sur les listes électorales. Alors cette stratégie peut-elle être gagnante ? On en débat avec nos invités Lumir Lapray, Olivier Pérou et Adelaïde Zulfikarpasic.
Pourquoi Jean-Luc Mélenchon séduit-il autant la jeunesse ?
Pour Lumir Lapray, l'adhésion d'une partie de la jeunesse à Jean-Luc Mélenchon s'explique d'abord par un profond sentiment d'inquiétude face à l'avenir. "C'est une jeunesse qui est en colère et elle a de quoi. Il y a un chiffre qui me choque : au début des années 80, 17 % des jeunes étaient en emploi précaire. Aujourd'hui, c'est plus d'un jeune sur deux." Selon elle, les préoccupations économiques se combinent aux inquiétudes environnementales : "On est face à une génération qui se pose la question sur son futur : est-ce qu'il va y avoir de l'eau potable ? Est-ce que c'est un futur dans lequel on peut faire des enfants ?" Cette colère trouverait une traduction politique dans le vote pour La France insoumise : "Il y a beaucoup de jeunes qui se disent : il faut qu'on change ce système parce que de toute évidence ce système ne fonctionne pas pour nous."
Une progression spectaculaire dans les urnes
Les données citées par Adélaïde Zulfikarpasic illustrent une progression constante de Jean-Luc Mélenchon auprès des jeunes électeurs. "En 2012, Jean-Luc Mélenchon faisait 8 % chez les 18-24 ans. Dix ans après, en 2022, il est passé à 34 %." Pour la directrice générale du pôle Société d'Ipsos BVA, le constat est clair : "En 2012, les jeunes étaient sous-représentés dans l'électorat de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd'hui, ils sont hyper surreprésentés." Elle souligne également que cette évolution s'explique en partie par l'affaiblissement du Parti socialiste auprès des nouvelles générations.
Une jeunesse diverse, mais sensible à certains thèmes
Pour Olivier Pérou, il n'existe pas de profil unique de l'électeur insoumis. Il relève toutefois plusieurs caractéristiques communes : "Il est plus urbain, diplômé, mais il est tout aussi précaire qu'un jeune d'une ruralité qui serait peut-être plus intéressé par le fait de voter Jordan Bardella ou Marine Le Pen." Le journaliste rappelle également que les premiers votes sont souvent marqués par la radicalité : "Souvent, nos premiers votes, quand on est jeune, se dirigent vers des votes de radicalité."
Le sentiment d'être représenté
L'une des forces de La France insoumise résiderait également dans sa capacité à incarner des catégories de population longtemps peu visibles dans le débat politique. Pour Lumir Lapray, certaines figures ont permis à une partie de la jeunesse de se reconnaître dans le paysage politique : "Il y avait tout un pan de la jeunesse qui n'était pas représenté littéralement, en ce sens qu'elle n'était pas incarnée." Elle estime que les prises de position de La France insoumise sur les discriminations, l'islamophobie ou la question palestinienne ont contribué à fidéliser cet électorat. Elle constate aussi que certaines catégories de jeunes restent insuffisamment touchées : "Il faut constater qu'il y a eu bien moins d'efforts dans les classes populaires rurales." et rappelle également l'ampleur de l'abstention : "La quasi-majorité des jeunes s'abstient." De son côté, Olivier Pérou estime que Jean-Luc Mélenchon ne dispose pas encore d'un soutien unanime parmi les jeunes. Le journaliste cite notamment les enjeux féministes parmi les sujets susceptibles d'affaiblir ce soutien.
Les réseaux sociaux comme levier de mobilisation
Selon Olivier Pérou, Jean-Luc Mélenchon a été l'un des premiers responsables politiques à investir massivement les plateformes numériques. "Ça a été un des premiers politiques à investir YouTube sur le format long." La stratégie dépasse largement les réseaux les plus visibles. Pour le journaliste, la différence avec d'autres responsables politiques est notable : "Il utilise aussi ces médias pour diffuser son programme, ses idées, sa parole politique."
Le défi du rassemblement
Enfin, la question centrale reste celle de la capacité à élargir cette base électorale. Pour Adélaïde Zulfikarpasic, la popularité de Jean-Luc Mélenchon chez les jeunes ne garantit pas une victoire nationale : "Jean-Luc Mélenchon est celui qui inquiète le plus les Français" et elle met en garde contre les limites d'une stratégie trop ciblée. La directrice d'études rappelle enfin une réalité démographique : "la moitié des électeurs ont plus de 50 ans." Autrement dit, séduire la jeunesse constitue un atout majeur, mais pas nécessairement une condition suffisante pour conquérir le pouvoir.
Bibliographie
Lumir Lapray, Ces gens-là : dans la tête et le cœur de nos campagnes (Payot, 2025)Lumir Lapray, S'organiser, reprendre le pouvoir, mode d'emploi à paraître le 16 septembre 2026 aux éditions PayotOlivier Pérou, Charlotte Belaïch, La meute : enquête sur La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (Pocket)Éléments sonores
Jean-Luc Mélenchon, Brut – 4 mai 2026Jean-Luc Mélenchon lors de sa conférence sur "Le moment politique", YouTube de Jean-Luc Mélenchon – 18 mars 2026Emma Fourreau, députée européenne La France insoumise, réseaux sociaux de la France insoumise, 19 juillet 2026