Le 28 mai 2026, c'est une mesure hautement symbolique que le Parlement s’apprête à voter : l’abrogation du Code noir, régissant le commerce et la vie des esclaves jusqu’en 1848. S’il a cessé de s’appliquer en même temps que l’abolition, il n’a jamais fait l’objet d’une loi pour le supprimer. Emmanuel Macron a soutenu cette proposition de loi lors des commémorations des 25 ans de la loi reconnaissant l'esclavage en tant que crime contre l'humanité de 2001. Fin mars 2026, à l'ONU, le Ghana, au nom de l'Union africaine, a porté une résolution visant à reconnaître l'esclavage comme le plus grave crime contre l’humanité. Une résolution qui a surtout été votée par les pays du Sud global quand ceux du Nord se sont abstenus en raison de la hiérarchie dans les crimes que cette résolution impliquait. Tandis que les États-Unis, l'Argentine et Israël ont voté contre.
Aujourd’hui, la question des réparations devient centrale. Réparations qui peuvent se faire dans de nombreuses directions : programmes scolaires renforcés, musées, expositions, politiques publiques dans les outre-mer, dialogues politiques avec les États devenus indépendants, restitutions d'œuvres d'art. Emmanuel Macron a, pour la première fois, évoqué le 21 mai 2026 la question des réparations en déclarant : "Comment réparer un tel crime ? C’est une question qu’il ne faut pas refuser et sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses".
Il a aussi annoncé : "Avec John Mahama (président du Ghana), nous avons décidé de lancer une commission scientifique internationale pour faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques". Il n’est pas le seul homme politique français à soutenir les réparations puisque le président du Sénat, Gérard Larcher, les a lui aussi soutenues le 10 mai 2026 lors des commémorations du souvenir de la traite, de l’esclavage et de son abolition : "Les crimes reconnus gagneraient maintenant à être réparés. Il en va du sens de la justice".
La réparation, une évolution constante
“La réparation est un processus infini, parce qu'il trouve des définitions selon les époques, c'est-à-dire qu'à chaque fois, il y a de nouvelles demandes par rapport à ce que peut être la réparation de l'esclavage”, indique Myriam Cottias. À cet effet, le processus de réparation a permis “l'inscription de l'histoire de la traite et de l'esclavage dans les programmes scolaires”, même si cela n’est “absolument pas parfait et qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire”. Par ailleurs, la loi Taubira, qui “n’a pas été comprise comme une loi importante au départ”, a pris de l’importance au fil du temps car “des citoyens et citoyennes, des associations, s’en sont emparés” et ont fait pression sur l’État afin que les lignes bougent.
Ces lignes qui bougent conduisent à ce que le Code noir soit, enfin, définitivement abrogé par le Parlement. Une bonne chose, pour Magali Bessone, qui avance tout de même le fait que si “l’on cherche des gestes symboliques, on aurait pu imaginer, par exemple, de placer la loi Taubira dans la constitution de la Ve République”. “Cela aurait été”, dit-elle, “une manière de s'emparer d'une loi, d'un texte de loi, pour en faire quelque chose d'extrêmement important, qui parle à notre manière de nous orienter dans le réel et à produire des projets communs ensemble, comme l’a dit Emmanuel Macron à plusieurs reprises dans son discours”.
Pour aller plus loin :
Magali Bessone, Faire justice de l’irréparable, Vrin, 2019.Références sonores de l'émission :
Christiane Taubira, députée de Guyane – Archive Ina – 18 février 1999Max Mathiasin, Député LIOT (Guadeloupe, 3ème Circonscription), s'exprime sur sa proposition de loi d'abroger le "Code noir" lors de la Commission des lois à l'Assemblée Nationale - BFMTV – 20 mai 2026 / Emmanuel Macron, Président de la République / Commémoration pour les 25 ans de la loi Taubira - 21 mai 2026 – BrutSamuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghanéen des affaires étrangères – France Info – 25 mars 2026