Le débat sur la capacité à citer trois noms de personnalités chinoises vivantes met en lumière le décalage entre nos représentations mentales et la réalité d'une puissance devenue incontournable. Si ce test, devenu viral, révèle une difficulté réelle des décideurs et des journalistes à appréhender la complexité chinoise, il occulte également une perméabilité culturelle croissante qui imprègne, depuis trois décennies, la société française au travers de la gastronomie, des arts ou de la pensée.
Pour Romain Graziani, “ce test, qui était une sorte d'électrochoc épistémologique sur le plateau où les gens sont pris de court, ne leur a pas permis de rassembler leurs idées, mais je pense qu'ils auraient pu les citer, Ai Weiwei, Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, Lang Lang, bien évidemment, beaucoup de gens de ma génération ont vu les films avec l'actrice Gong Li, on en connaît des noms, donc on peut prendre les choses de façon plus juste et plus calme”.
Il estime que “le test n'est pas une catégorie pertinente parce qu'elle n'est pas un bon indicateur sur le degré d'imprégnation culturelle de la Chine en France depuis 30 ans”. “Il y a”, dit-il, “une véritable perméabilité, les Français se sont faits à la nourriture chinoise, aux arts martiaux, à la pharmacopée, à la pensée chinoise. Beaucoup d'étudiants d'écoles de commerce, de sciences politiques vont séjourner à Shanghai, à Pékin, dans d'autres villes, il y a une circulation des savoirs”.
L'illusion de la méconnaissance française
Sur la même ligne, Emmanuel Lincot indique que “la Chine est omniprésente dans notre technique, les objets qui nous entourent” et qu’il existe “une imprégnation tout à fait réelle depuis ces trente ou quarante dernières années de la culture chinoise qui nous vient par différents canaux". "Mais, l'une des raisons pour lesquelles, sans doute que ces invités ont été pris de court pour la formulation de réponses pertinentes, c'est parce que malgré tout, cette culture chinoise reste peu séduisante, en tout cas beaucoup moins évidemment, que la culture américaine, qui a imprégné tout l'imaginaire des baby boomers”.
Il y a, explique le sinologue, un “China bashing depuis des années parce que c'est un régime dictatorial, totalitaire, donc, les gens ont souvent du mal à dissocier la culture, les gens, et puis la nature d'un régime féroce qui n'est pas forcément bienveillant à notre égard, bien sûr”. Pour autant, “cela ne veut pas dire que l'on ignore la Chine” et il existe, avance Emmanuel Lincot “un tropisme français et européen pour la Chine qui est déjà multiséculaire”.
Pour aller plus loin :
Emmanuel Lincot, "Chine-Inde. La guerre des mondes”, Serre, 2026Romain Graziani, "Les Lois et les Nombres. Essai sur les ressorts de la culture politique chinoise”, Gallimard, 2025Emmanuel Lincot, "Chine, une nouvelle puissance culturelle ?”, MkF, 2019Références sonores de l'émission :
Le présentateur David Pujadas pose aux invités en plateau la question « Qui est capable de citer le nom de trois Chinois vivants ? », en référence au livre de l’analyste politique Gilles Gressani L’Ennemi qui nous désigne, qui analyse la place centrale de la Chine dans les équilibres géopolitiques actuels - LCI – 28 mai 2026Anne Cheng - France Inter - Le Grand face-à-face – 21 novembre 2025