“Ce que nous disait Fareed Zakaria”, expose Anne-Lorraine Bujon, “c'est que le monde dominé par l'Occident avait vécu et qu'il fallait, y compris pour prolonger la puissance américaine, accepter ce rééquilibrage en faveur d'autres régions et d'autres parties du monde”. Aujourd’hui, indique la directrice de la revue Esprit, “on n'est plus du tout dans ce monde de la mondialisation libérale, irénique, qui va profiter à tout le monde. On est vraiment entré, au contraire, dans le capitalisme de la finitude, avec l'idée que les ressources sont limitées, qu'il n'y en aura pas pour tout le monde et qu'il faut donc s'accaparer les ressources et qu'il faut en finir avec ce monde de circulation, de fluidité, d'échange qui a produit, par exemple, l'émergence de la Chine”.
Désormais, “on va vers un monde qui se re-régionalise, est-ce que c'est voulu, est-ce que c'est subi, en tout cas dans ces grandes transformations du monde, l'administration Trump et en particulier depuis son deuxième mandat, en a pris son parti et elle veut asseoir, et même verrouiller sa domination sur l'hémisphère occidental et donc on a le retour de ces politiques ouvertement néo-impériales en Amérique latine et en Amérique du Sud par exemple” ou elle considère que c'est “la partie du monde qui lui appartient”.
Pierre Grosser, n’est “pas du tout d'accord avec cette idée de capitalisme de la finitude”. Il “pense que personne ne panique parce qu'il y a des choses que l'on n'a pas” mais parce qu’on est “tellement obsédé par les questions de sécurité, par cette idée de retour à la guerre, de retour, entre guillemets, à la géopolitique et des capacités d'influence que cela donne, c'est-à-dire sanctions contre sanctions, qu'effectivement, on sécurise un certain nombre de ressources”.
Le sentiment de déclin des États-Unis vient-il de la vive et forte croissance chinoise ?
“Cette inquiétude”, note Anne-Lorraine Bujon, “est omniprésente depuis le tournant du XXIe siècle et l'entrée de la Chine dans l'OMC et l'émergence très très rapide de la Chine”. Face à cette inquiétude, on peut voir “dans la série d’opérations que l’on peut trouver très désordonnée de l'administration Trump 2, en réalité, il y a toujours un facteur chinois derrière, que ce soit au Venezuela ou en Iran”. “Pour les gens qui défendent l'idée que l'administration Trump a une grande vision géostratégique et géoéconomique et qu'elle poursuit des buts cohérents, le but de cohérence, c'est toujours de faire pièce à la puissance chinoise et notamment à la puissance maritime chinoise qui se développe”.
Pierre Grosser, “pense qu'il y a une fascination aujourd'hui à l'égard de la Chine et de sa prétendue efficacité, et donc on essaye de faire, d'une certaine façon, quelque chose d'assez similaire en termes de politique économique, de politique industrielle et autres” alors qu’on est “dans un système qui est complètement différent, avec une monnaie complètement différente”. Si la Chine affirme ne pas souhaiter être “hégémonique” et affirme souhaiter un “monde multipolaire”, des déclarations auxquelles de nombreuses personnes sont prêtes à croire, en réalité la Chine parle sans cesse “de gouvernance globale à la chinoise, de droit de l'homme à la chinoise, de sécurité à la chinoise”.
Références sonores de l'émission :
Joseph Nye, géopolitologue et ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires de sécurité internationale des États-Unis lors de sa conférence Le siècle américain est-il terminé ? - Chatham House, Londres – 10 mai 2010Le journaliste Fareed Zakaria, auteur du terme de monde post-américain - London School of Economics - 2009Richard Haass, diplomate et ancien président du think tank états-unien Council on Foreign Relations : le Moyen-Orient dans un monde post-américain - G-ZERO Media – 11 mars 2019