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  • Entretien : Vincent Platini
    ©DeliktShots
     
    Il est des voix qui tranchent dans une époque. Par leur clarté certes. Mais aussi parce qu’elles sont parvenues à s’affranchir des lieux communs et des idéologies tonnantes et trébuchantes. Vincent Platini fait partie d’entre elles. Pour lui, l’histoire ne peut se résumer au sang versé, au nombre de morts, à la guerre pure et simple. L’histoire, c’est aussi ce que l’on fait quand on ne tue pas : la culture, par exemple. Dans Lire, s’évader, résister, il s’attaque à la culture de masse sous le IIIe Reich, pour démontrer qu’il n’y a pas que la Résistance mais aussi des résistances, au sens foucaldien, qui ont permis au peuple allemand de “s’opposer”; contrepartie héroïque du sacrifice de soi et des siens. Une belle leçon dans un monde où la résistance est sans cesse récupérée par son ennemi : quand le Che Guevara termine sur des t-shirts vendus à des millions d’exemplaires, que faire?
    37 min
  • Tontons Flingueurs XVIII – Avril/Mai/Juin 2014 – Vincent Platini
    Ce trimestre : retrouvez les tontons en réflexion sur la question de l’identité : est-ce même une bonne idée de prononcer le mot? Ne se classe-t-on pas d’emblée rien qu’en y pensant?
    Dans un second temps, vous pourrez écouter la voix jeune et intelligente de Vincent Platini pour son brillant ouvrage Lire, s’évader, résister.
    Enfin, dans les Rites et Châtiments, Véronique se déchaîne sur une femme (Marcela Iacub, qui plus est étrangère!), Damien sur Michèle Alliot-Marie et Olivier et Nico sur Pétain.
    Merci de votre patience!
    2 hr 11 min
  • Une Nuit avec Baudelaire : Visions d’Oxford
    Dans l’étrange aventure qui mène Baudelaire sur les rives des Paradis artificiels, il y a une volonté constante de comprendre l’irréductible complexité de l’âme humaine. Plus que le “trip”, le poète cherche à percer d’insondables mystères. 
     
    Qu’est-ce que le cerveau humain, sinon un palimpseste immense et naturel ? Mon cerveau est un palimpseste et le vôtre aussi, lecteur. Des couches innombrables d’idées, d’images, de sentiments sont tombées successivement sur votre cerveau, aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais aucune en réalité n’a péri. »
     
    Bien avant la naissance de la psychanalyse, Baudelaire a l’intuition d’une topologie de la psyché : des “couches”, des strates de vécu, entassées les unes sur les autres, constituent la complexe richesse de notre cerveau. La raison raisonnante des Lumières vacille sous les attaques baudelairiennes : la sensibilité de la pensée est rendue tangible. La pensée n’est qu’un magma d’images, de sentiments et d’idées…
     
    Toutefois, entre le palimpseste qui porte, superposées l’une sur l’autre, une tragédie grecque, une légende monacale, et une histoire de chevalerie, et le palimpseste divin créé par Dieu, qui est notre incommensurable mémoire, se présente cette différence, que dans le premier il y a comme un chaos fantastique, grotesque, une collision entre des éléments hétérogènes ; tandis que dans le second la fatalité du tempérament met forcément une harmonie parmi les éléments les plus disparates. Quelque incohérente que soit une existence, l’unité humaine n’en est pas troublée. Tous les échos de la mémoire, si on pouvait les réveiller simultanément, formeraient un concert, agréable ou douloureux, mais logique et sans dissonances.
     
    Pour traduire son intuition, il a recours à une double image : celle du manuscrit moyenâgeux sur lequel des générations d’auteurs et de clercs ont réécrit des textes et la symphonie musicale. Métaphoriquement, le cerveau devient le théâtre où la musique permet au vécu – le palimpseste – de prendre tout son sens. 
     
    Souvent des êtres, surpris par un accident subit, suffoqués brusquement par l’eau, et en danger de mort, ont vu s’allumer dans leur cerveau tout le théâtre de leur vie passée. Le temps a été annihilé, et quelques secondes ont suffi à contenir une quantité de sentiments et d’images équivalente à des années. Et ce qu’il y a de plus singulier dans cette expérience, que le hasard a amenée plus d’une fois, ce n’est pas la simultanéité de tant d’éléments qui furent successifs, c’est la réapparition de tout ce que l’être lui-même ne connaissait plus, mais qu’il est cependant forcé de reconnaître comme lui étant propre.
     
    Et le moyen de parvenir à cette unité? La mort ou l’opium : cette petite mort qui nous permet d’accéder à une “vue d’ensemble” cinétique de ce que nous sommes. Finalement chez Baudelaire, pour devenir qui l’on est, il faut passer par ce que l’on ne peut pas être sans cesser de vivre, l’exercice spirituel ultime : la mort. Mais comme l’expérience peut s’avérer sans retour, l’opium lui parait un bon expédiant. 
     
    L’oubli n’est donc que momentané ; et dans telles circonstances solennelles, dans la mort peut-être, et généralement dans les excitations intenses créées par l’opium, tout l’immense et compliqué palimpseste de la mémoire se déroule d’un seul coup, avec toutes ses couches superposées de sentiments défunts, mystérieusement embaumés dans ce que nous appelons l’o
     
    “Le palimpseste de la mémoire se déroule d’un seul coup” : voilà un effet inattendu des paradis artificiels : élucider le mystère de la conscience humaine. Non pour oublier, mais pour stimuler le souvenir. Non pour noyer ses probl�[...]
    5 min
  • Le Grand Entretien : Danielle Porte
    Au printemps Alise est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs… Ce monde antique, Danielle Porte le connaît bien, elle qui enseigna jadis, avec humour et truculence, la religion et l’histoire romaine dans un des lieux de savoir les plus respectables de France : la Sorbonne . Mais elle en sait bien, aussi, les chimères qui ne cessent d’abuser et d’amuser les hommes dans leur quête de racines. C’est ainsi qu’elle en vint, événement sans précédent dans l’historiographie romaine à apporter les preuves définitives de l’imposture Alesia. En attendant l’imminente parution du collectif qui lève le voile sur cette mystification à grande échelle, nous l’avons rencontrée pour évoquer son dernier ouvrage sur Vercingétorix, aux éditions Ellipses : Vercingétorix, celui qui fit trembler César.
    1 hr 1 min
  • Explication du lundi : Lucrèce, “De la nature des choses”
    Buste de Lucrèce
     
    Lecture, puis bref commentaire du début du livre III de Lucrèce in De natura rerum.
    “Enfin l’avidité, le désir aveugle des honneurs, poussent les hommes misérables hors des bornes du droit et parfois même les font complices ou même agents du crime ; ils les assujettissent jour et nuit à un labeur sans égal pour s’élever au faîte de la fortune : or de ces plaies de la vie, la plus grande part revient à la crainte de la mort, leur vraie cause. Vivre dans le mépris infamant et l’âpre pauvreté semble en effet aux hommes incompatible avec des jours doux et posés : ces maux paraissent les mettre dés cette terre aux portes même de la mort ; c’est pourquoi les hommes en proie à ces vaines alarmes voudraient fuir au loin et, pour y échapper, grossissent leurs biens au prix du sang de leurs concitoyens ; ces avides doublent leurs richesses, multiplient leurs meurtres ; ces cruels suivent avec joie les funérailles d’un frère, la table de leurs proches leur inspire haine et effroi.
    C’est la même crainte de la mort qui met au cœur des hommes l’envie qui le ronge : ils voient celui-ci qui est puissant, celui-là qui attire tous les regards et qui marche dans l’éclat des honneurs, tandis qu’eux-mêmes se traînent dans l’obscurité et la fange : autant de sujets de plainte. Il y en a qui périssent pour avoir leur statue, pour illustrer leur nom. Souvent même la peur de la mort inspire aux humains un tel dégoût de la vie et de la lumière qu’ils vont dans leur désespoir jusqu’à s’assurer de leurs mains le trépas, sans se souvenir que la source de leur souffrance était cette peur elle-même, elle qui persécute la vertu, qui rompt les liens de l’amitié et qui en somme par ses conseils détruit la piété. N’a-t-on pas déjà vu souvent des hommes trahir leur patrie et leurs chers parents, dans le but d’échapper aux sombres demeures de l’Achéron ?”
    32 min
  • Le Grand Entretien : Patricia Reznikov
    Dans le monde littéraire parisien, il y a une voix qu’on ne se lasse pas d’entendre, pour sa fraicheur, son enjouement et l’authenticité de ses accents. Une écriture, aussi. Où le plaisir de lire n’a rien perdu de son sens ni de sa puissance. Ce qui n’est pas rien dans un univers esthétique encore largement dominé par l’autofiction, où la confession d’aveux inavouables semble le seul horizon. Cette voix, ce style, ce regard, ce sont ceux de Patricia Reznikov, qui depuis une vingtaine d’année entend imposer avec finesse, délicatesse et élégance une conception de la littérature comme “divertissement intelligent”. Avec La Transcendante, publié en 2013 chez Albin Michel, Patricia Reznikov, nous transporte à Boston. Nous l’avons donc saisie au vol.
    40 min
  • Tontons Flingueurs XXVII – Mars 2014 : Julien Rochedy
    Retrouvez en exclusivité Julien Rochedy, Président du Front National Jeune, qui répond aux questions des Tontons.  Pour nos auditeurs les plus fébriles : il s’agit d’un acte d’ouverture à l’altérité d’une pensée qui dit non à la Droite et à la Gauche, et d’une force politique qui est sur le point de s’imposer comme parti de gouvernement. Et dont personne ne peut continuer d’ignorer l’existence.
    Dossier : Les casseroles de Sarko, Copé et  Taubira
    Entretien : Minute 27’55” Julien Rochedy, Président du Front National Jeune, candidat à la mairie de Montélimar
    Rites : Patrick Buisson (Véro est très en forme), Les casseurs d’extrême gauche, Maduro, et Manuel Valls
    1 hr 21 min
  • Une nuit avec Baudelaire : Les yeux des pauvres
    INTRODUCTION :
    Baudelaire et les femmes. Voici l’une des plus belles questions que l’on puisse poser au sujet du poème “Les yeux des Pauvres”. Car, plus que le chant post-romantique d’un Baudelaire illuminé par les idées de  1848, c’est une élégie tragique sur l’incommunicabilité profonde de la conscience d’une femme avec celle d’un homme.
     
    Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd’hui. Il vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu’à moi de vous l’expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d’imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.
     
    Nous avions passé ensemble une longue journée qui m’avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l’un et à l’autre, et que nos deux âmes désormais n’en feraient plus qu’une;—un rêve qui n’a rien d’original, après tout, si ce n’est que, rêvé par tous les hommes, il n’a été réalisé par aucun.
     
    1) Baudelaire, suivant son habitude dans Le Spleen de Paris, se fait le peintre de la vie moderne et parisienne. Nous sommes en 1864, quand il fera paraître le poème dans le Figaro. Le Baron Hausmann a déjà fait peser sur Paris ses visions sonnantes et trébuchantes : Paris devient une ville neuve. Et cette nouveauté pour Baudelaire fait signe vers une décadence infernale et antique.
     
    Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d’un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait. Le gaz lui-même y déployait toute l’ardeur d’un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînés par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l’obélisque bicolore des glaces panachées; toute l’histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.
     
    2) Si Baudelaire a été dégouté de la politique, il n’en demeure pas moins extrêmement sensible à la misère du monde, lui l’écorché vif, ne peut supporter les contradictions d’une société qui vend les idées de fraternité, d’égalité et de solidarité et qui, dans le même temps, donne à la pauvreté des spectacles cruels et insoupçonnés.
     
    Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d’une quarantaine d’années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d’une main un petit garçon et portant sur l’autre bras un petit être trop faible pour marcher. Il remplissait l’office de bonne et faisait prendre à ses enfants l’air du soir. Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration  égale, mais nuancée diversement par l’âge.
     
    Les yeux du père disaient: «Que c’est beau! que c’est beau! on dirait que tout l’or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs.»—Les yeux du petit garçon: «Que c’est beau! que c’est beau! mais c’est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous.»—Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu’une joie stupide et profonde.
     
    3) Oscar Wilde dira que la beauté est dans les yeux de celui qui regarde : Baudelaire est subjugué par le théâtre de cette famille de pauvres, elle-même fascinée par le théâtre du café – qu’il vient de décrire. Cette spirale l’envoûte : c’est leur rapport au beau qui les rend humain. Et c’est cette esthétique qui forgera l’art[...]
    7 min
  • Le Grand Entretien : Marcelin Pleynet
    Marcelin pleynet est à la littérature ce qu’Orphée est à la musique : le chantre d’un monde aperçu l’espace d’un instant, le voyageur de l’ombre capable d’enchanter Hadès et de réechanter notre monde contemporain, l’audacieux désespéré qui n’a pas pas peur de tout perdre pour un regard lancé à un être aimé.
    Depuis plus de cinquante ans maintenant, Marcelin Pleynet habite le monde littéraire de sa présence avec élégance et finesse, sans la vulgarité de l’artiste qui désire être vu. Car il sait sa voix claire et pérenne. Ses romans, ses essais, ses poèmes le rendent coupable du même crime : tout mettre en œuvre pour faire de sa vie une œuvre d’art.
    47 min

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