Arras. 5 juillet 1915. Le soleil est encore loin de se coucher. Mais pour les arrageois, c’est déjà la nuit noire. Depuis des heures, les obus allemands s’acharnent à détruire le cœur de leur ville : l’abbaye Saint Vaast est la proie de flammes que rien n’arrête. Pour moi, il est difficile de reparler de ce jour douloureux où j’ai failli perdre la vie. Car oui, moi qui vous parle, je suis l’abbaye Saint Vaast. Quand après 21h, des dizaines d’obus m’attaquent encore pour en finir, les gendarmes redoublent de courage pour mettre à l’abri dans les caves le plus d’objets possibles. Jusqu’à l’aube, militaires et civils se relaient, au péril de leur vie pour sauver tout ce pouvaient l’être : tableaux, sculptures, archives. Je ne les remercierai jamais assez. Au matin, c’est la désolation. Mes façades tiennent encore debout, mais de l’intérieur, ce n’est que cendres, gravas, statues mutilées. Jusqu’à la fin de la première guerre, je continuerai d’être la cible des obus, bien décidés à avoir ma peau de pierre. Mais c’est mal me connaître. Depuis ma naissance en effet, maintes fois j’ai failli disparaître mais toujours, j’ai gardé la foi en ma reconstruction. L’histoire m’a donné raison. Et me voilà, aujourd’hui à nouveau, en pleine renaissance, bientôt plus accomplie que jamais...
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