Il passe ses mercredis à la Foire du Trône.
Il y retrouve les copains. Parfois, il y va seul.
Il aime se perdre dans la foule, se noyer dans les bruits, les couleurs…
La barbe à papa, les écriteaux qui clignotent...
Un lieu dédié au plaisir et à la fête.
Au milieu du vacarme des attractions, il perçoit un son.
Net et cadencé comme un métronome,
Un tic tac qui l’appelle.
Il ne sait pas qui c’est ni pourquoi il fait cela,
La silhouette qui l’attire, c’est une femme
Son dos, le chignon qui révèle sa nuque,
Ses ongles vernis de rouge.
Elle est en noir, toute entière.
Sauf ses jambes qui sont nues,
Elle penchée vers l’avant
Et pour rester droite, elle projette ses épaules en arrière.
Elle marche ainsi, attentive à son propre équilibre.
Elle s’enfonce dans les couloirs obscurs des baraquements
vers une activité certainement interdite.
Il faut qu’il soit discret.
Il entend son cœur battre.
Ce qui le fascine, c’est le son qui provient du sol.
Une partition, une partition lascive.
La femme porte des souliers à talons vertigineux, aiguilles.
Ils sont noirs et pointus.
Cette apparition comme un fantasme, il ne l’oubliera pas.
Il va dédier sa vie à créer des souliers, des escarpins, très hauts.
Rouge comme le vernis à ongle et les bouches des femmes.
Le petit garçon qui palpite dans les allées sombres d’une fête foraine,
A la poursuite d’une prostituée,
C’est Christian Louboutin.
Texte : Gaelle Le Scouarnec
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