
Sign up to save your podcasts
Or


Test d’enregistrement en mouvement, mais dans un environnement plus contrôlé que l’épisode d’actualité précédent.
C’est difficile la vie d’aéroport.
Dans cette 17e collaboration entre les balados Cyber Citoyen et Polysécure, Catherine anime la discussion avec Sam et Nicolas autour de quatre grands thèmes : la surveillance étatique en Russie, les abus du système de surveillance routière Flock, une étude sur les noms de domaine malveillants et le couplage de cette tendance avec le phishing, et enfin une anecdote sur les véhicules de livraison Amazon.
Sam ouvre l’épisode en présentant le Sorm, un système russe de surveillance des communications téléphoniques et internet datant de 1995. Conçu au départ pour donner au FSB un accès direct aux infrastructures téléphoniques, il a été étendu en 1998 aux fournisseurs d’accès internet, puis intensifié autour des Jeux olympiques de Sochi sous prétexte sécuritaire. Les fournisseurs doivent installer cet équipement à leurs propres frais, ce qui pousse les petits opérateurs à résister, sous peine d’amendes ou de retrait de licence pendant dix ans. Le système permet désormais des recherches par mots-clés et centralise des données extrêmement sensibles : adresses, passeports, coordonnées bancaires, géolocalisation, adresses IP et courriels. Les intervenants soulignent le parallèle avec les pratiques américaines révélées par Snowden, et notent que cette intensification coïncide avec le mécontentement intérieur lié à la guerre en Ukraine. La discussion s’élargit aux blocages d’internet ailleurs (Iran, listes blanches), à la conférence SplinterNet sur la fragmentation du réseau mondial, puis à des tendances similaires dans les démocraties occidentales (Chat Control en Europe, le projet de loi C-2 au Canada, les lois britanniques), illustrant que l’identification obligatoire (numéros de téléphone, cartes SIM, interdiction des téléphones jetables aux États-Unis) n’est pas l’apanage des régimes autoritaires. Nicolas évoque aussi son expérience personnelle en Corée du Sud, où l’identité est systématiquement liée aux services numériques. Le segment se conclut sur l’inquiétude que cette centralisation des données personnelles russes constitue elle-même une cible de choix pour des puissances rivales, et sur le constat plus large d’une incompréhension généralisée des conséquences à long terme de ces choix technologiques.
Nicolas revient ensuite sur Flock, le système de reconnaissance de plaques d’immatriculation, déjà abordé dans un épisode précédent. Grâce au site DeFlock, des citoyens ont découvert que leur plaque avait été recherchée des centaines de fois sans justification : un cas où un policier avait consulté la plaque d’une victime plus de cent fois, et un chef de police pris à espionner sa propre conjointe. La réponse de l’entreprise Flock, qui se targue de transparence plutôt que de reconnaître le problème, est jugée particulièrement maladroite, surtout après la révélation qu’une quarantaine de nouveaux cas d’abus ont été recensés en un seul mois. Les animateurs saluent le rôle du journalisme d’enquête (notamment celui de 404 Media) dans la mise en lumière de ces dérives, et comparent l’absence de garde-fous chez Flock aux systèmes d’alerte automatique utilisés dans les réseaux hospitaliers ou les agences gouvernementales, où une consultation anormale d’un dossier déclenche immédiatement une enquête. Le débat se conclut sur la question de savoir si cette absence de contrôle relève de l’incompétence ou d’un choix délibéré de ne pas investir dans la prévention des abus.
Sam présente ensuite une étude d’Interisle sur les noms de domaine enregistrés en 2025 : sur 85 millions de domaines créés, 8,5 millions ont fini bloqués pour usage frauduleux, soit un plancher d’environ 10 %, probablement plus proche de 15 à 20 % en réalité. Cinq bureaux d’enregistrement concentrent la moitié des domaines bloqués, l’un d’eux affichant un taux de 88 %, souvent via l’enregistrement automatisé en masse de domaines à très bas coût. Le groupe critique l’approche du rapport, trop centrée sur l’autorégulation du marché, alors qu’aucun mécanisme structurel n’empêche ces registraires de continuer leurs pratiques. L’exemple belge du CCB, qui bloque au niveau national les domaines jugés dangereux, est cité comme une approche plus efficace, comparable à une mesure de santé publique. La conversation aborde aussi la difficulté d’agir à l’échelle internationale, faute de coordination entre les autorités américaines et européennes. En lien avec ce sujet, Sam note une diminution du volume des attaques de phishing de 20 % en 2024 et 2025, non pas parce que la menace recule, mais parce que les attaquants privilégient désormais des campagnes plus sophistiquées et ciblées plutôt que des envois massifs peu rentables, une tendance facilitée par les outils d’intelligence artificielle générative.
Le dernier sujet porte sur une mise à jour logicielle des camions de livraison Amazon qui coupe la climatisation après seulement trente secondes d’inactivité, exposant les chauffeurs à des chaleurs dangereuses, notamment au Texas. La réponse officielle d’Amazon, qui présente cette mesure comme un gain de confort et d’autonomie de batterie, est tournée en dérision par les animateurs, qui y voient un exemple typique d’absence d’accountability corporative. Cette anecdote sert de tremplin à une réflexion plus large sur le manque d’authenticité des communications d’entreprise contemporaines, illustrée par le retrait du slogan « Don’t Be Evil » chez Google, et une brève mention du manifeste controversé du dirigeant de Palantir, sujet que le groupe prévoit de traiter dans un épisode futur dédié.
Expérimentation avec une nouvelle approche d’enregistrer en itinérance. Le son n’est pas idéal, mais pas trop loin de l’objectif. Un nouvel essai aura lieu le 21 juin, où j’améliorerai l’approche pour atteindre une qualité suffisante en limitant la quantité de choses que j’apporte lorsque je suis en voyage.
Finalement, ce n’est pas tant concluant la nouvelle façon d’enregistrer. J’aurai d’autres tests à faire si je désire continuer avec cet équipement.
Moins bonne qualité sonore parce que je n’ai pas mon équipement standard.
Sam Harper ouvre l’épisode avec le Honduras Gate, une série de fuites de conversations Telegram et téléphoniques publiées par un collectif anonyme de journalistes honduriens. Ces révélations exposent un plan visant à remettre au pouvoir l’ancien président Juan Orlando Hernández, condamné à des décennies de prison pour trafic de drogue sous l’administration Biden, puis gracié par Donald Trump. La campagne de lobbying derrière ce pardon implique Roger Stone, vétéran des coups bas politiques américains depuis l’ère Nixon, ainsi que Benjamin Netanyahu, qui aurait contribué au financement logistique.
Les fuites révèlent également des négociations pour le retour au pays d’Hernández et l’installation, en échange, d’une base militaire américaine au Honduras, la création de zones économiques spéciales — sortes de « charter cities » libertariennes où les lois nationales ne s’appliqueraient pas — et des conditions favorables aux investissements technologiques, notamment en intelligence artificielle. Plus troublant encore, les documents montrent qu’environ 350 000 dollars auraient été versés par le président argentin Javier Milei pour constituer une équipe médiatique financée en partie par des fonds publics, destinée à mener des campagnes de désinformation contre les gouvernements de gauche en Colombie et au Mexique.
Sam souligne que les journalistes à l’origine des publications ont signalé des attaques informatiques massives contre leur site, avec des requêtes provenant principalement des États-Unis et de Tel-Aviv. Ce qui rend ce dossier particulièrement intéressant, note-t-il, c’est qu’on y voit les États-Unis directement impliqués dans des opérations d’influence, un renversement de la dynamique habituelle où l’on pointe du doigt la Russie, la Chine ou l’Iran.
Catherine enchaîne avec un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : les caméras de surveillance Flock. Ce système, capable de se connecter à pratiquement n’importe quelle caméra reliée à internet et doté d’outils d’intelligence artificielle, est utilisé par de nombreuses municipalités, principalement aux États-Unis.
Les scandales s’accumulent autour de cette technologie. Des policiers s’en sont servis pour traquer des ex-conjointes via les plaques d’immatriculation. L’organisme ICE l’a utilisé pour des contrôles d’immigration ciblés. Plus inquiétant encore, un vice-président de Flock a été identifié en train d’accéder aux caméras d’un gymnase d’école secondaire, officiellement dans le cadre d’une démonstration de vente, ce que les trois animateurs trouvent profondément troublant. Le système souffre d’un manque criant d’imputabilité : personne n’audite réellement qui accède à quoi.
Catherine rappelle le fiasco publicitaire de Flock lors du Super Bowl, quand l’entreprise avait annoncé un partenariat avec Amazon Ring pour retrouver les chiens perdus grâce à la reconnaissance par IA dans les caméras de sonnettes des quartiers résidentiels. Le tollé public a été tel que le partenariat a été entièrement annulé. Ce rejet populaire est encourageant, selon Catherine, qui insiste sur le pouvoir citoyen au niveau municipal. Elle exhorte les auditeurs à s’impliquer dans les conseils d’arrondissement, à refuser ces technologies de surveillance et à interpeller leurs élus locaux, car c’est à cette échelle que ces décisions se prennent souvent, devant une poignée de citoyens seulement.
Sam présente ensuite un rapport de DisinfoWatch sur les campagnes de désinformation ciblant le mouvement séparatiste albertain. Le phénomène réunit des acteurs improbables. D’abord, une entité liée à l’ancien Institut d’étude de l’internet de Prigogine, qui opérait un site web et des comptes sur les réseaux sociaux promouvant la séparation de l’Alberta. Ensuite, le réseau médiatique russe autour de Pravda, qui publiait des articles gonflant la popularité du mouvement. Puis des influenceurs MAGA comme Tucker Carlson, Tim Pool et Benny Johnson — ces deux derniers ayant d’ailleurs été impliqués dans le scandale Tenet Media, un conduit pour de l’argent russe vers des influenceurs américains. Enfin, des individus aux Pays-Bas qui produisaient du contenu sensationnaliste sur le séparatisme albertain uniquement pour générer des revenus publicitaires, selon le même modèle que les « fake news » macédoniennes.
Tout au long de l’épisode, les trois animateurs tissent des liens entre ces sujets. Catherine introduit le concept de la fenêtre d’Overton pour expliquer comment des discours autrefois inacceptables se normalisent progressivement, et celui de la longue traîne, emprunté au marketing, pour décrire les mécanismes de radicalisation algorithmique : on commence par un intérêt anodin et, d’incrémentation en incrémentation, les algorithmes nous poussent vers des contenus de plus en plus extrêmes parce que les niches sont rentables.
Nicolas-Loïc fait le parallèle avec l’intelligence artificielle, qui tend au contraire à ramener les utilisateurs vers un « centre » défini par les données d’entraînement, tout en étant vulnérable à la manipulation — Sam cite d’ailleurs une étude montrant que les points de discussion pro-russes sur la guerre en Ukraine ont doublé dans les réponses de certains modèles d’IA.
L’épisode se conclut sur un appel à l’action citoyenne. Catherine rappelle que le pouvoir d’influence ne s’exerce pas uniquement lors des élections fédérales ou provinciales : les décisions municipales, souvent prises devant des salles quasi vides, ont un impact direct sur la vie privée et la surveillance au quotidien. Comme le résume Nicolas-Loïc, les citoyens disposent encore d’un pouvoir considérable pour façonner la société dans laquelle ils veulent vivre — à condition de l’exercer.
From the publisher's feed