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Or


Il y a des guerres qui se perdent sur le champ de bataille. Et d’autres… qui se perdent au fond d’un verre. Depuis que l’humanité sait faire fermenter des fruits et des céréales — les premières traces remontent à 7000 ans avant notre ère en Chine — l’alcool accompagne nos fêtes, nos traités, nos victoires. Mais parfois, il dérape. Et l’Histoire avec lui. Aujourd’hui, deux scènes. Deux époques. Deux continents. Et le même ingrédient : trop d’alcool.
Septembre 1787. Philadelphie. Depuis des mois, les délégués américains débattent sans relâche. Ils écrivent ligne après ligne le texte qui va donner naissance aux États-Unis modernes : la Constitution. Ce soir-là, les Pères fondateurs consomment :
54 bouteilles de madère,
60 bouteilles de claret — un vin rouge bordelais,
8 bouteilles de whisky,
22 bouteilles de porter — une bière brune anglaise,
8 bouteilles de cidre,
12 bouteilles de bière,
et 7 grands bols de punch alcoolisé.
Faites le calcul : cela représente environ deux bouteilles de vin par personne… sans compter la bière et les spiritueux.
L’addition s’élève à 89 livres, 4 shillings et 2 pence. Aujourd’hui, l’équivalent d’environ 20 000 dollars. Certes, cela inclut le repas, les musiciens, les serveurs… et même les verres cassés. Mais tout de même. On imagine l’ambiance. Les perruques de travers. Les voix qui montent. Les toasts qui s’enchaînent. Et au milieu de la salle, une figure plus silencieuse : George Washington. Lui qui préside la Convention, lui qui incarne l’unité du jeune pays.
Avançons d’un siècle. Direction l’Extrême-Orient. En 1904 éclate la guerre russo-japonaise. La Russie impériale pense l’emporter facilement contre le Japon. Une formalité, croit-on à Saint-Pétersbourg. Sauf qu’un ennemi invisible mine déjà l’armée russe : l’alcool. À presque tous les niveaux de la hiérarchie, soldats comme officiers boivent excessivement. L’ivresse est quotidienne. Certains sont saouls en service. Les conscrits paysans, eux aussi, s’y mettent.
La discipline s’effondre. Les manœuvres tournent à la pagaille. Parfois à l’émeute. Les journaux de l’époque racontent des scènes humiliantes : des soldats japonais découvrant des Russes « si ivres morts qu’ils pouvaient les achever à la baïonnette comme du bétail ». Un quotidien viennois résume cruellement : « Le Japon n’a pas vaincu. C’est l’alcool qui a triomphé. »
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
By Sans déconnerIl y a des guerres qui se perdent sur le champ de bataille. Et d’autres… qui se perdent au fond d’un verre. Depuis que l’humanité sait faire fermenter des fruits et des céréales — les premières traces remontent à 7000 ans avant notre ère en Chine — l’alcool accompagne nos fêtes, nos traités, nos victoires. Mais parfois, il dérape. Et l’Histoire avec lui. Aujourd’hui, deux scènes. Deux époques. Deux continents. Et le même ingrédient : trop d’alcool.
Septembre 1787. Philadelphie. Depuis des mois, les délégués américains débattent sans relâche. Ils écrivent ligne après ligne le texte qui va donner naissance aux États-Unis modernes : la Constitution. Ce soir-là, les Pères fondateurs consomment :
54 bouteilles de madère,
60 bouteilles de claret — un vin rouge bordelais,
8 bouteilles de whisky,
22 bouteilles de porter — une bière brune anglaise,
8 bouteilles de cidre,
12 bouteilles de bière,
et 7 grands bols de punch alcoolisé.
Faites le calcul : cela représente environ deux bouteilles de vin par personne… sans compter la bière et les spiritueux.
L’addition s’élève à 89 livres, 4 shillings et 2 pence. Aujourd’hui, l’équivalent d’environ 20 000 dollars. Certes, cela inclut le repas, les musiciens, les serveurs… et même les verres cassés. Mais tout de même. On imagine l’ambiance. Les perruques de travers. Les voix qui montent. Les toasts qui s’enchaînent. Et au milieu de la salle, une figure plus silencieuse : George Washington. Lui qui préside la Convention, lui qui incarne l’unité du jeune pays.
Avançons d’un siècle. Direction l’Extrême-Orient. En 1904 éclate la guerre russo-japonaise. La Russie impériale pense l’emporter facilement contre le Japon. Une formalité, croit-on à Saint-Pétersbourg. Sauf qu’un ennemi invisible mine déjà l’armée russe : l’alcool. À presque tous les niveaux de la hiérarchie, soldats comme officiers boivent excessivement. L’ivresse est quotidienne. Certains sont saouls en service. Les conscrits paysans, eux aussi, s’y mettent.
La discipline s’effondre. Les manœuvres tournent à la pagaille. Parfois à l’émeute. Les journaux de l’époque racontent des scènes humiliantes : des soldats japonais découvrant des Russes « si ivres morts qu’ils pouvaient les achever à la baïonnette comme du bétail ». Un quotidien viennois résume cruellement : « Le Japon n’a pas vaincu. C’est l’alcool qui a triomphé. »
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