Les marchés sont-ils détraqués ? Une nouvelle fois, la Banque des règlements internationaux s'en inquiète et nous explique pourquoi en revenant sur l'actualité des trois derniers mois.
A priori, tout va bien sur les marchés. En juin, après le référendum sur le Brexit, la plupart des bourses ont plongé. Mais elles ont très vite rebondi comme s'il ne s'était rien passé. Ou plutôt comme si les autorités britanniques d'un côté, les autorités européennes de l'autre, avaient amplement communiqué sur le déroulement du divorce et sur ces incidences sur l'économie. Or c'est exactement l'inverse qui s'est produit. On ne sait toujours pas quand la procédure va commencer ni quelles en seront les répercussions.
Le flou est complet et on voit bien que tout le monde navigue à vue de part et d'autre de la Manche. Pourtant les marchés se sont rapidement repris. Car ils ont été très vite réconfortés par les infirmières de service : les banques centrales. Elles se sont empressées de rassurer les investisseurs en indiquant qu'elles pourraient apporter de la liquidité pour faire fonctionner les marchés, cela veut dire faire marcher la planche à billets.
Les banques centrales ont agi pour éviter une crise
Et c'est d'ailleurs exactement ce qu'on attend d'elles. Et ce qu'elles font avec doigté depuis 2009. Mais cette action artificielle fausse le jeu. La banque des règlements internationaux est bien placée pour le savoir, car elle est la banque des banques centrales ; elle recueille les données de tous ses membres et fournit ainsi chaque trimestre une photo précise des flux financiers. C'est un peu la tour de contrôle des marchés.
Pour ce deuxième trimestre 2016, son chef économiste Claudio Boro constate que les actions sont au plus haut, alors que les résultats des entreprises cotées sont mauvais, les actions ne sont donc plus le reflet fidèle de la valeur réelle des entreprises. L'euphorie est entretenue par les masses de capitaux déversés par les banques centrales et que les investisseurs ne souhaitent plus placer dans les obligations, car ces dernières ne rapportent plus grand-chose. Les marchés sont devenus « dissonants ».
Le faible rendement des obligations découle aussi des politiques mises en place par les banques centrales
Après 2008 les économies occidentales avaient besoin d'un massage cardiaque pour repartir. La Réserve fédérale a injecté massivement des liquidités et maintenu les taux au plancher pour favoriser le redémarrage du crédit. La Banque d'Angleterre, la Banque centrale européenne et la banque du Japon ont eu recours à des programmes équivalents.
Ces torrents d'argent ont eu des effets inégaux sur l'économie réelle, mais partout ils ont fait chuter les taux d'emprunts des grands émetteurs de dette et aujourd'hui il est impossible de jauger la solidité d'un État ou d'une entreprise, c'est-à-dire sa capacité à rembourser, à l'aune de son taux d'intérêt, car il ne reflète plus vraiment l'évaluation du risque lié à ce pays. L'écart entre les taux des pays bien portants et des pays encore convalescents s'est resserré tout comme l'écart entre les emprunts à court terme et les emprunts à long terme.
Pour clarifier les choses, les banques centrales devraient relever leur taux d'intérêt ?
C'est même ce qu'elles souhaitent faire pour sortir de ce piège. Mais pour cela il faut être sûr que l'activité est vraiment repartie. Relever trop vite les taux pourrait faire retomber la reprise comme un soufflé. D'où leur hésitation. Cette semaine, tous les investisseurs ont le regard braqué une fois de plus sur la Fed, la plus puissante des banques centrales. C’est elle qui donnera le feu vert pour commencer à relever les taux d’intérêt.