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Qui peut administrer les sacrements?


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Question: Qui peut administrer les sacrements?

Réponse: Puisque les ordonnances appartiennent à l’Église, celle-ci doit confier leur administration à des hommes fidèles, capables d’en expliquer le sens et les grâces que Dieu confère aux croyants par leur moyen lorsqu’elles sont reçues avec foi. ~ 1 Corinthiens 4.1

Lisez l’introduction à cette doctrine ici

 

Dans l’Église des Corinthiens, il y avait un tel désordre autour de la Table du Seigneur (1 Co 11.17-22), qu’on ne pouvait plus considérer ce qui s’y faisait comme étant le Repas du Seigneur (1 Co 11.20). Chacun mangeait et buvait à sa guise, et l’ordonnance n’était pas observée telle que le Seigneur l’avait confiée à son Église. Un tel désordre entraîna le jugement de Dieu sur les Corinthiens (1 Co 11.27-32). L’administration des sacrements n’est pas une question secondaire, car les ordonnances du Seigneur sont saintes.

(Par. 2) Ces deux ordonnances doivent être administrées seulement par ceux qui sont qualifiés et appelés à cette tâche selon le mandat de Christ.

À mesure que le sacramentalisme s’est développé dans l’histoire de l’Église, le sacerdotalisme lui a nécessairement emboîté le pas. Ainsi, le ministère prophétique de la Parole a progressivement été remplacé par le ministère sacerdotal de la prêtrise. Nul ne pouvait alors administrer les grâces sacramentelles à moins d’avoir été ordonné dans le sacerdoce, à l’image du sacerdoce de l’ancienne alliance (Hé 5.4), selon la logique sacerdotale qui s’est développée dans l’Église médiévale.

La Réforme protestante a rejeté le modèle sacerdotal du ministère afin de restituer le modèle prophétique : le pasteur est avant tout un ministre de la Parole, car la grâce de Dieu se reçoit par la foi seule et la foi vient de la Parole de Christ (Rm 10.17). Ainsi, les sacrements doivent toujours être accompagnés de la Parole de Dieu reçue avec foi. Comme les sacrements sont des paroles visibles, leur administration appartient aux ministres de la Parole.

Cela étant dit, il ne faut pas penser que les ordonnances appartiennent aux ministres eux-mêmes ou au clergé. Elles appartiennent à l’Église locale. Cette conviction était très forte dans les congrégations baptistes au 17e siècle où l’on résistait au cléricalisme anglican qui interdisait aux groupes non-conformistes de prêcher et de pratiquer les ordonnances sous peine d’emprisonnement. La confession de 1689 maintient qu’à chaque Église « le Seigneur a donné tout pouvoir et toute autorité qui sont en quelque manière nécessaires pour mettre à exécution l’ordre dans le culte et la discipline, qu’il a institués pour qu’ils soient observés » (26.7). Cela inclut nécessairement l’administration des sacrements.

Lorsque la confession ajoute que les « ordonnances doivent être administrées seulement par ceux qui sont qualifiés et appelés à cette tâche » (28.2), il s’agit de l’appel local fait par l’Église. Ainsi, une congrégation établit ses propres ministres pour lui administrer la Parole et les sacrements : « Les dirigeants nommés par le Christ sont choisis et désignés par l’église (appelée et rassemblée), pour l’administration des ordonnances » (26.8).

L’un des textes bibliques que la confession met de l’avant pour justifier la restriction ministérielle des ordonnances est celui-ci : « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu. » (1 Co 4.1). C’est l’expression « dispensateurs des mystères de Dieu » qu’il faut examiner. Le mot dispensateur (oikonomos) est composé de deux mots grecs : oikia (maison) et nomos (loi). Il s’agit donc d’un intendant qui est chargé d’administrer les biens de son maître selon les ordres de celui-ci. Dans le cas des serviteurs de Dieu, ils doivent administrer les mystères de Dieu. Dans ce contexte, le mot grec musterion inclut les ordonnances d’institution positive qui sont contenues dans la nouvelle alliance. Autrement dit, les mystères sont les trésors qui sont cachés en Christ et qui doivent être administrés à son peuple (cf. Rm 16.25-26, Col 2.3).

Ce trésor est administré par les intendants du Seigneur, premièrement par le ministère de la Parole et ensuite par les sacrements, paroles visibles. Les sacrements sont appliqués en continuité à la proclamation de l’Évangile (Ac 2.38, 1 Co 11.26). Ainsi, ceux qui administrent les sacrements doivent être en mesure d’expliquer comment l’Évangile est relié à ces ordonnances visibles. Ce n’est donc pas n’importe quel disciple qui est appelé à faire cela, mais ceux qui en ont reçu la charge. Les dispensateurs par excellence sont les anciens de l’Église locale, qui sont aussi appelés oikonomos de Dieu (cf. Tt 1.7).

Que faire s’il n’y a pas d’officier dans une Église? La logique du ministère de la Parole s’applique également à l’administration des sacrements. Bien que la tâche de la prédication incombe aux pasteurs des Églises, elle « ne leur est pas confinée, de façon telle que d’autres, également doués et préparés dans ce but par le Saint-Esprit, comme aussi approuvés et appelés par l’église, ne puissent et ne doivent y vaquer » (26.11). Puisque les ordonnances sont inséparablement liées au ministère de la Parole et que l’Église peut mandater des frères non-ordonnés à prêcher l’Écriture sainte, ne peut-elle pas également leur confier l’administration des sacrements? Cette situation est envisageable en particulier lorsqu’il n’y a pas d’officiers disponibles pour le faire ou encore pour assister les officiers dans cette charge. Une Église sans officiers peut également demander à des pasteurs d’autres Églises d’administrer les ordonnances en lien avec le ministère de la Parole. Une chose est certaine, aucune congrégation ne doit se priver des mystères de Dieu qui lui appartiennent en Christ.

Qu’en est-il des ordonnances qui n’ont pas été administrées convenablement? Par exemple, un baptême pratiqué à la maison dans la baignoire par un simple disciple est-il valide? De façon générale dans le christianisme, on affirme que la validité des sacrements ne dépend pas de celui qui les administre, même s’ils doivent normalement être administrés par un ministre de l’Évangile. Chez les baptistes, cependant, on considère que la réception d’une ordonnance est plus déterminante que son administration : pour être reconnue comme valide, elle doit donc avoir été reçue avec profession de foi. De plus, comme le contexte normatif pour recevoir les sacrements est celui de l’Église, un baptême privé devrait normalement être entériné par l’Église avant d’être reconnu comme valide. Il en est de même des autres situations de baptêmes irréguliers qui se présentent à une Église locale (les baptêmes par aspersion, avant la conversion, dans un milieu doctrinalement confus ou problématique, etc.). Chacune doit être examinée afin d’en déterminer la validité en respectant à la fois les consciences et la Parole de Dieu.

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