TW : AVORTEMENT
L'œil fixe, imperturbable, elle regarde dans les yeux ceux qui lui font face. Le port altier, la nuque dégagée : c’est sans doute ainsi que Marie-Louise est montée à l’échafaud.Le 30 juillet 1943, sa tête est tranchée. Marie-Louise est la seule femme à qui l’on refuse la grâce. La seule condamnée à mort exécutée, et son visage, lui, a sombré dans l’oubli. Alors, son malheur ou son destin fut de croiser l’Histoire. « La tragédie de la mort, écrivait Malraux, c’est de transformer la vie en destin. »
Elle n'est ni voleuse, ni meurtrière ; elle se cache dans l’ombre, dans les chambres et sur les lits. On la nomme « faiseuse d’anges ». Le procès de Marie-Louise est un modèle du genre ; il n’a été possible que par le traumatisme de la défaite et ses conséquences : la Révolution nationale et la fin de l’État de droit. Les femmes abandonnées, les maris prisonniers, la délation, les juridictions d’exception, l’ombre du Maréchal.
Oui, en 1940, la France va mal. L’Occupation pèse, les hommes sont réquisitionnés, les femmes abandonnées doivent composer avec la propagande nataliste et la pression d’un régime qui les rend coupables de la défaite.
Le 8 juin 1943, le procès s’ouvre : elle est l’« assassin de la patrie ». Dans moins d’un an, les troupes alliées vont débarquer sur les plages normandes. Paris, en attendant, vit sous l’Occupation allemande. Simone de Beauvoir fréquente surement le Café de Flore, sans savoir qu’elle rédigera plus tard Le Deuxième Sexe. Peut-être a-t-elle entendu, sur le boulevard Saint-Germain, les journaux annoncer la nouvelle : « Une faiseuse d’anges condamnée à mort. »
Derrière chaque cri qu’on étouffe sous un oreiller, derrière chaque ventre noué sous les corsets de la honte, elle a vu des femmes – non des criminelles, mais des corps las, usés, brisés, des traces, des cicatrices.
Le crime de Marie-Louise a été de ne pas être l’épouse, la mère et la femme de Vichy : la faiseuse d’anges a trouvé l’ange de la mort.
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