L’humain n’est qu’une espèce parmi les autres, pas si spéciale que ça, paumée au milieu d’un cosmos si immense qu’il en devient inconcevable, indicible. Une espèce qui prend conscience de sa potentielle insignifiance, lui infligeant une nouvelle blessure narcissique.
Bien entendu, les penseurs et philosophes se sont démenés pour expliquer, soigner et dépasser ces blessures, redéfinir constamment ce qu’est l’humain et sa place dans le cosmos. La révolution copernicienne a sorti l’homme du centre de l’univers mais sans pouvoir nier le divin. Puis les Lumières, dès Pascal, et même Descartes, ont tout fait pour réconcilier l’humain et Dieu dans ce nouveau système de valeurs, affirmant que la conscience est un phénomène propre à notre espèce. Ce qui, hélas, sera partiellement démenti par l’évolution darwinienne. Tant pis, ils trouveront toujours une place spécifique à l’humain, qui ne saurait accepter d’être ramené à un simple singe hypertrophié de la tête. Quid de la pensée, de la technique, de la morale ? De la volonté ? Kant, et après lui Hegel et Schopenhauer, ont déjà bien débroussaillé la question lorsque paraît l’Origine des espèces.
La question de la mort et de l’indifférence de l’univers est abordée par l’existentialisme de Sartre et l’absurde de Camus (tous deux se basant sur ce bon vieux Kierkegaard) : il appartient à chacun de se construire une raison d’exister, bien que la solution diffère selon la boutique. Pour Camus, l’absurde est provoqué par la contradiction inconciliable entre la recherche de sens propre à tout être humain et un monde qui en est dépourvu. Il étudie ce contraste via le “seul problème philosophique vraiment sérieux”, celui du suicide, réel ou philosophique ; c’est à dire le renoncement, l’acceptation de l’absurde. Camus défend que l’on doive prendre l’absurde au sérieux, vivre la contradiction sans faux espoirs, mais sans jamais l’accepter : il faut toute la vie s’y confronter et, pour cela, il faut “vivre plus”, à travers la liberté, la révolte, et la passion.
Ils auraient ainsi réglé la question du sens de la vie : il n’y en a pas, il faut vivre avec. Mais cette question est-elle vraiment réglée ?
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