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Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
05 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices au féminin
Résumé
La position des femmes dans le processus sacrificiel grec s'inscrit sur l'arrière-plan des mesures d'inclusion et d'exclusion de telle ou telle catégorie de participant en contexte rituel. L'exclusion absolue des sanctuaires pour quiconque est une mesure exceptionnelle. Toutefois, si l'accessibilité est le constat par défaut, l'accès peut être conditionné par les caractéristiques propres à certaines célébrations. Quand exclusion il y a, elle est surtout fondée sur l'origine des participants (le cas des étrangers) ou leur genre. L'exclusion des femmes a alimenté le questionnement sur leur rapport au sacrifice dont on a évoqué précédemment quelques moments historiographiques importants. Or, la mise à l'écart supposée des femmes par rapport à l'autel contredit le fait que le prêtre est habilité à déposer la part de la divinité sur l'autel enflammé puisque rien dans notre documentation ne permet de prétendre que les desservantes n'accomplissaient pas la même tâche que leurs homologues masculins. En revanche, l'égorgement de l'animal n'était sans doute pas de leur fait, mais il s'agit moins d'un interdit absolu de faire couler le sang que du résultat d'une répartition genrée des tâches. En outre, les prêtres eux-mêmes ne procédaient pas nécessairement à la mise à mort des animaux sacrificiels. Quant à la consommation de viande liée à la participation aux sacrifices, on reprend le dossier des inscriptions qui sont systématiquement appelées à la barre pour la contester ou la confirmer. Le constat que les mêmes pièces à conviction épigraphiques peuvent être sollicitées dans un sens ou dans l'autre invite à reconsidérer minutieusement le contexte de leur production. C'est notamment le cas d'une norme rituelle thasienne mise au jour dans le Thesmophorion de la cité et qui autorise l'accès des femmes au partage sacrificiel lors d'une fête de l'Athéna ancestrale. Une telle norme ne se comprend qu'en regard des cultes familiaux attestés au même endroit et qui concernaient les divisions civiques du même type que les phratries athéniennes.
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
04 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des Athéniennes
Résumé
Deux raisons justifient de mettre en regard sacrifice et citoyenneté à l'épreuve des femmes (surtout athéniennes). La première tient à la discussion toujours en cours, parmi les historiens de la Grèce, sur la citoyenneté féminine. Pour le dire brièvement et sous une forme interrogative : peut-on parler de « citoyennes », en Grèce ancienne, ou bien faut-il se limiter à dire qu'elles sont « femmes ou filles ou mères de citoyens » ? Dans ce débat, les questions religieuses et sacrificielles sont un enjeu important. Les définitions en clé institutionnelle proposées par Aristote satisfont aux approches par la politique, qui excluent les femmes de la citoyenneté. Les approches qui privilégient le politique en tant que mode de vie civique trouvent chez les orateurs des raisons d'élargir la focale en faisant entrer les femmes dans la citoyenneté : les termes politis, astē, voire l'adjectif toponymique Athēnaia, l'attestent déjà à eux seul, mais l'importance des « affaires sacrées » (hiera) dans les implications de la citoyenneté viennent étayer ce constat. La seconde raison relève de l'implication des femmes à chaque étape du processus sacrificiel, qui ne posait pas vraiment problème aux chercheurs modernes avant que Marcel Detienne, dans La Cuisine du sacrifice en pays grec (1979), ne conclue à leur mise à l'écart « des autels, de la viande et du sang ». On présente brièvement l'historiographie du thème depuis ce tournant de la fin des années soixante-dix.
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
Danouta Liberski-Bagnoud
CNRS
Séminaire - Danouta Liberski-Bagnoud : Humaniser la Terre, socialiser les lignées : le double motif de la toile sacrificielle tissée dans l'ombre des sanctuaires boisés kasena (Burkina Faso)
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
Perig Pitrou
Directeur de recherche, CNRS et Collège de France
Séminaire - Perig Pitrou : Sacrifices et dépôts cérémoniels amérindiens (Andes et Mésoamérique). Comment établir une co-activité avec des métapersonnes disposant du pouvoir de faire vivre ?
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
03 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des Athéniens
Résumé
Le cœur du statut de citoyen en Grèce est l'appartenance à une polis, une cité, et le nom du citoyen en dérive : il est un politēs. Être un politēs implique à la fois des conditions qui rendent ce statut possible et les obligations et avantages qu'il implique. La présente leçon s'attache surtout au premier volet, à savoir la question de l'appartenance à la communauté des politai telle qu'on la trouve invoquée dans les cas de contestation d'héritage plaidés en justice. En effet, la fabrication du citoyen est un processus de longue haleine, ponctué de sacrifices accompagnant la reconnaissance de la légitimité d'un fils, que ce soit au sein des phratries, des genē ou des dèmes, et l'inscription sur leurs registres. Dans les phratries, la configuration divine de cette reconnaissance passe par Zeus Phratrios et Athéna Phratria qui patronnent la légitimité et la maturité civique des jeunes gens, tandis que les divinités courotrophes, auxquelles sont destinés leurs cheveux coupés, sanctionnent leur maturité physiologique. Même si l'animal offert aux divinités Phratrioi s'appelle koureion, « l'animal de la tonte », il semble bien que ce n'était pas à elles qu'était offerte la chevelure des futurs phratères, mais bien à des divinités comme Apollon, Artémis, ou le dieu-fleuve attique qu'était le Céphise.
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
02 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Tradition et piété à l'épreuve des événements : Athènes 415 et 403
Résumé
L'ouverture sur la Rhétorique d'Alexandre a montré l'importance de la référence à la tradition, à la piété et à l'économie dans la gestion des cultes et des sacrifices qui en sont une composante essentielle. Il s'agit cette fois de l'éprouver non plus seulement dans le registre de la rhétorique, mais dans le cadre concret de la vie athénienne. Pour ce faire, la leçon parcourt la période qui va de 415 à 403, à savoir la dernière étape de la guerre du Péloponnèse, avec des crises successives qui aboutissent à la mise en place de régimes oligarchiques en 411 et en 404.
Deux dossiers sont choisis comme pierres de touche pour l'analyse : la mutilation de dizaines de piliers hermaïques, une nuit du printemps 415, peu avant le départ de la très controversée expédition de Sicile, et la codification des lois de la cité qui s'étire de 411 à 399. Le premier épisode est relu à l'aune des compétences du dieu Hermès en termes de communication et de passage, notamment dans le cadre du processus sacrificiel. Quant à la codification associée au nom de Nikomachos, l'un des transcripteurs des lois qui fut traîné en justice à l'issue de sa mission, elle concerne notamment le calendrier sacrificiel de la cité et témoigne du fait que le bon ordre sacrificiel faisait partie des objectifs à atteindre pour réparer le tissu déchiré de la cité.
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
Pierluigi Lanfranchi
Université d'Aix-Marseille
Séminaire - Pierluigi Lanfranchi : Le sacrifice animal chrétien : histoire et anthropologie d'un rituel méconnu
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
Marie Lecomte-Tiloine
CNRS
Séminaire - Marie Lecomte-Tiloine : Sacrifices de masse, pouvoir royal et organisation sociale au Népal
Vinciane Pirenne-Delforge
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Collège de France
Année 2025-2026
01 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifier dans les cités : ouverture
Résumé
Cette leçon d'ouverture s'appuie sur un traité intitulé la Rhétorique à Alexandre, daté entre 340 et 300. De ce texte peu exploité par les historiens de la Grèce, Pierre Chiron a livré une édition de référence aux Belles Lettres en 2002. Le traité se penche sur les discours délibératifs que l'on produit au conseil ou à l'assemblée, qui sont les organes essentiels de la vie politique d'une cité grecque, dont Athènes où s'ancre le texte. L'ordre du jour de ces instances comporte divers points, dont le premier est celui qui touche aux hiera, aux « affaires sacrées », c'est-à-dire à ce qui concerne les dieux. Il apparaît d'emblée que ces « affaires » tournent essentiellement autour de la célébration des sacrifices et de la manière dont la cité légifère à leur propos, avec toute la rigoureuse souplesse requise par un système traditionnel non dogmatique. L'analyse de cette argumentation offre l'opportunité rare de saisir la pragmatique des sacrifices dans la réflexion officielle des organes politiques. La leçon met également ces arguments en regard de témoignages variés par leur chronologie, leur genre et leurs objectifs. Ce type de croisement documentaire atteste la pertinence de parler de Grèce sacrifiante : il s'agit d'une compétence culturelle qui traverse les siècles.
Vinciane Pirenne-Delforge
Collège de France
Religion, histoire et société dans le monde grec antique
Année 2024-2025
La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante
11 - Sacrifices tragiques (2)
Résumé
Après une incursion dans les tragédies qui évoquent des sacrifices humains, ce sont les sacrifices animaux qui sont analysés dans trois tragédies : l'Agamemnon d'Eschyle, l'Électre d'Euripide et l'Antigone de Sophocle. L'Agamemnon, où était décrit le sacrifice humain d'Iphigénie jusqu'au moment de la porter au-dessus de l'autel, évoque également des sacrifices d'animaux qui sont autant de dispositifs sociaux aisément reconnaissables sous la forme d'actions de grâce aux dieux de la cité ou de la maisonnée. Mais là encore, la perversion du processus est la clé de leur place dans l'intrigue et ces opérations sont analysées, que ce soient les offrandes de Clytemnestre à tous les dieux de la cité à l'annonce du retour d'Agamemnon, ou le sacrifice de bienvenue au roi et d'intégration de Cassandre à l'autel de Zeus Ktèsios, qui se transforme en double meurtre. Dans l'Électre d'Euripide, deux sacrifices aboutissent également à des meurtres : celui d'Égisthe aux Nymphes est interrompu quand Oreste le met à mort au-dessus du jeune bovin immolé pour les déesses, et celui de Clytemnestre s'inscrit dans le cadre trompeur d'un sacrifice de bonne naissance qui se solde par la chute du corps de la reine sur le cadavre de son amant. Enfin, dans l'Antigone, le devin Tirésias, très inquiet des mauvais présages qui lui arrivent par le biais des oiseaux, entame un sacrifice divinatoire qui tourne très mal : la part des dieux refuse de brûler et c'est la traduction concrète, effrayante, de la rupture de communication entre la cité et ses divinités.
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Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs…
La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composantes de leur religion, des représentations aux pratiques, relèvent d'un large éventail de possibles, non pas fondés sur des dogmes ou sur une révélation, mais sur des normes culturellement déterminées et des traditions narratives. Afin de comprendre un tel foisonnement de dieux et de rituels, il convient d'en restituer soigneusement les contextes et de faire droit à la complexité d'une culture dont l'apparente familiarité est un héritage trompeur. L'objectif des recherches menées au sein de la présente chaire est précisément de rendre compte des lignes de force qui structurent l'imaginaire des Grecs, ainsi que des pratiques qu'il induit et qui le constituent.