
Sign up to save your podcasts
Or


De nombreux témoignages, qu’ils donnent voix aux artistes ou au public qui vit les œuvres, attestent d’une perception olfactive déterminante dans l’appréhension de nombreuses œuvres d’art du XXe siècle. Depuis le début du XXe siècle, les artistes manient les senteurs comme étant matière première de leurs créations (Valentine de Saint Point, Métachories, 1913, Marcel Duchamp, Air de Paris, 1919 ou Joseph Beuys, Plight, 1985 en sont des exemples).
Si la place accordée à ce prisme de perception (l’olfaction) dans l’histoire de l’art tend à faire doucement sa place, la question de l’archivage sensoriel de ces créations est encore trop anecdotique. La manière dont ces œuvres polysensorielles nous sont parvenues a été seulement médiatisée par la reproduction d’une hiérarchie des sens avérée : l’archive s’est construite et continue de se construire par la vue (protocoles, témoignages écrits, esquisses, articles de presse, photographies…) et, depuis peu, par l’audition (vidéos et archives radiophoniques majoritairement). Depuis le tournant sensoriel des années 1990, où plasticiens et plasticiennes conscientisent et revendiquent l’importance des sens dits « pauvres » (odorat, goût et toucher) dans l’appréhension de leurs œuvres, les critères et modes de conservation et d’archivages n’ont pas été réévalués. Pourtant l’expérience sensorielle (et particulièrement olfactive) de l’art est emplie de significations. Elle est certainement aussi riche que celle perceptible par la vue ou par l’audition.
S’appuyant sur le cas concret d’œuvres polysensorielles dont l’archive olfactive a été reconstituée par les parfumeures du Studio Flair pour la mise en place de l’exposition Mondes Sensibles, une histoire sensorielle de l’œuvre d’art totale retraçant l’histoire de l’œuvre d’art totale et proposée sous mon commissariat au Musée International de la Parfumerie à Grasse de juin 2024 à janvier 2025, cette conversation entendra penser la nécessité et les moyens d’une archive polysensorielle. Comment peut-on reconstituer l’odeur d’une œuvre ? Quel est l’apport scientifique potentiel de cette reconstitution pour les collections ? Comment déterminerait-il la recherche future et qu’impliquerait-il pour l’écriture de l’histoire de l’art ?
SANDRA BARRÉ, historienne de l’art, critique d’art et commissaire d’exposition, porte ses réflexions sur les non-visualités de l’art moderne et contemporain, particulièrement par le prisme des odeurs qui peuvent les traverser. Son travail s’envisage principalement par le rapport de l’odeur au corps. Elle réfléchit à l’expérience directe que permet l’olfaction, aux possibilités d’incarnations qu’elle offre et aux réponses qu’elle apporte face à la crise de la sensibilité formulée par Baptiste Morizot.
Son essai L’odeur de l’art, un panorama de l’art olfactif (2021) est publié aux éditions de la Lettre Volée. Elle mène un doctorat sur la théorisation de cet art olfactif en esthétique à la Sorbonne Paris 1 - Panthéon sous la direction de Jacinto Lageira.
Ses recherches prennent également la forme d’expositions. En 2021, elle a carte blanche à la Galerie Pauline Pavec à Paris pour l’exposition collective Odore, l’art, l’odeur et le sacré, ainsi qu’en 2023 à la Fondation Espace écureuil à Toulouse pour l’exposition collective Horizons Olfactifs. Pour chacune de ces deux expositions, elle a rédigé un catalogue-essai. En juin 2024 elle inaugurera au Musée International de la Parfumerie à Grasse, l’exposition Mondes Sensibles, une histoire sensorielle de l’œuvre d’art total. Pour la fin de l’année 2024, elle prépare l’exposition Par la fumée à POUSH sur les liens que tissent odeurs, patrimoine et mémoire.
Elle rejoint, en 2022, l’équipe des parfumeures du Studio Flair pour lequel elle dirige un espace promouvant l’art olfactif.
By Fonds Jean-Pierre BertrandDe nombreux témoignages, qu’ils donnent voix aux artistes ou au public qui vit les œuvres, attestent d’une perception olfactive déterminante dans l’appréhension de nombreuses œuvres d’art du XXe siècle. Depuis le début du XXe siècle, les artistes manient les senteurs comme étant matière première de leurs créations (Valentine de Saint Point, Métachories, 1913, Marcel Duchamp, Air de Paris, 1919 ou Joseph Beuys, Plight, 1985 en sont des exemples).
Si la place accordée à ce prisme de perception (l’olfaction) dans l’histoire de l’art tend à faire doucement sa place, la question de l’archivage sensoriel de ces créations est encore trop anecdotique. La manière dont ces œuvres polysensorielles nous sont parvenues a été seulement médiatisée par la reproduction d’une hiérarchie des sens avérée : l’archive s’est construite et continue de se construire par la vue (protocoles, témoignages écrits, esquisses, articles de presse, photographies…) et, depuis peu, par l’audition (vidéos et archives radiophoniques majoritairement). Depuis le tournant sensoriel des années 1990, où plasticiens et plasticiennes conscientisent et revendiquent l’importance des sens dits « pauvres » (odorat, goût et toucher) dans l’appréhension de leurs œuvres, les critères et modes de conservation et d’archivages n’ont pas été réévalués. Pourtant l’expérience sensorielle (et particulièrement olfactive) de l’art est emplie de significations. Elle est certainement aussi riche que celle perceptible par la vue ou par l’audition.
S’appuyant sur le cas concret d’œuvres polysensorielles dont l’archive olfactive a été reconstituée par les parfumeures du Studio Flair pour la mise en place de l’exposition Mondes Sensibles, une histoire sensorielle de l’œuvre d’art totale retraçant l’histoire de l’œuvre d’art totale et proposée sous mon commissariat au Musée International de la Parfumerie à Grasse de juin 2024 à janvier 2025, cette conversation entendra penser la nécessité et les moyens d’une archive polysensorielle. Comment peut-on reconstituer l’odeur d’une œuvre ? Quel est l’apport scientifique potentiel de cette reconstitution pour les collections ? Comment déterminerait-il la recherche future et qu’impliquerait-il pour l’écriture de l’histoire de l’art ?
SANDRA BARRÉ, historienne de l’art, critique d’art et commissaire d’exposition, porte ses réflexions sur les non-visualités de l’art moderne et contemporain, particulièrement par le prisme des odeurs qui peuvent les traverser. Son travail s’envisage principalement par le rapport de l’odeur au corps. Elle réfléchit à l’expérience directe que permet l’olfaction, aux possibilités d’incarnations qu’elle offre et aux réponses qu’elle apporte face à la crise de la sensibilité formulée par Baptiste Morizot.
Son essai L’odeur de l’art, un panorama de l’art olfactif (2021) est publié aux éditions de la Lettre Volée. Elle mène un doctorat sur la théorisation de cet art olfactif en esthétique à la Sorbonne Paris 1 - Panthéon sous la direction de Jacinto Lageira.
Ses recherches prennent également la forme d’expositions. En 2021, elle a carte blanche à la Galerie Pauline Pavec à Paris pour l’exposition collective Odore, l’art, l’odeur et le sacré, ainsi qu’en 2023 à la Fondation Espace écureuil à Toulouse pour l’exposition collective Horizons Olfactifs. Pour chacune de ces deux expositions, elle a rédigé un catalogue-essai. En juin 2024 elle inaugurera au Musée International de la Parfumerie à Grasse, l’exposition Mondes Sensibles, une histoire sensorielle de l’œuvre d’art total. Pour la fin de l’année 2024, elle prépare l’exposition Par la fumée à POUSH sur les liens que tissent odeurs, patrimoine et mémoire.
Elle rejoint, en 2022, l’équipe des parfumeures du Studio Flair pour lequel elle dirige un espace promouvant l’art olfactif.