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Farah Kassem : Une Exploration Intime de la Mémoire et de la Transmission
Lors de la 39ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, la réalisatrice libanaise Farah Kassem a présenté son premier long métrage documentaire, We Are Inside, dans le cadre de la compétition internationale. Ce film poignant de trois heures plonge dans sa relation avec son père vieillissant, mêlant l’intime et le politique dans un Liban en pleine mutation.
Un Retour à Tripoli et à l’Essence Familiale
Après quinze ans d’absence, Farah Kassem revient à Tripoli pour passer du temps avec son père de 80 ans. Ce dernier, poète passionné, l’entraîne dans son univers de cercles littéraires et de récitations, où des hommes âgés partagent leurs créations. La poésie devient alors un pont entre leurs deux générations, mais aussi une clé pour explorer un Liban marqué par ses crises successives.
Le film s’articule autour de lieux clos, tels que la chambre de son père, sa chambre d’enfant, et les salons où se réunissent les poètes, tout en s’ouvrant progressivement vers l’extérieur, notamment avec la révolution libanaise de 2019.
La Poésie Comme Héritage et Dialogue
La poésie occupe une place centrale dans le film, à la fois comme art et comme langage de transmission. Farah, qui peinait initialement à comprendre les poèmes de son père, entreprend elle-même d’écrire pour trouver un terrain commun avec lui. Si les échanges avec son père sont souvent marqués par des critiques et une certaine dureté, c’est dans les cercles poétiques qu’elle trouve une reconnaissance et un espace pour s’affirmer.
Pour son père, la poésie est autant un moyen de maintenir une vitalité qu’un refuge face à une réalité dure. Ce contraste est renforcé par l’interaction avec d’autres personnages, comme des médecins ou des chauffeurs, qui, eux aussi, révèlent une sensibilité à cet art.
Entre Intime et Politique
La révolution de 2019, qui gronde dans les rues de Tripoli, s’invite progressivement dans le récit, faisant écho aux bouleversements intérieurs vécus par Farah et son père. Ce dernier, marqué par son passé politisé, affiche un regard conservateur sur les événements, contrastant avec l’optimisme et l’engagement de sa fille. Cette divergence incarne un dialogue entre deux générations, chacune confrontée à sa manière aux défis du Liban.
Une Œuvre Marquée par la Temporalité et la Transmission
Tourné sur une période de quatre ans, We Are Inside s’inscrit dans une temporalité fragmentée, mêlant souvenirs, moments présents, et réflexions sur l’avenir. Le décès du père durant la production a rendu le processus encore plus personnel et douloureux pour la réalisatrice, qui décrit le film comme une manière de ralentir le temps et de prolonger le lien avec lui.
Le film se conclut par une réflexion sur la transmission intergénérationnelle. À travers des images d’archives et des séquences où Farah adopte les postures de son père, le film illustre un cycle où les expériences et les héritages culturels se transmettent, tout en laissant place à la réinvention et à la sélection.
Un Témoignage Puissant
Avec We Are Inside, Farah Kassem propose une œuvre riche en nuances, qui allie la mémoire personnelle et collective. Entre hommage à son père et témoignage d’un Liban en crise, le film interroge sur ce que nous choisissons de transmettre et d’abandonner. À travers une exploration sensible de la poésie, du temps et des relations humaines, Farah Kassem s’impose comme une voix prometteuse dans le cinéma documentaire contemporain.
Journaliste : Caroline Chatelet, Nicolas Bezard et Öykü Sofuoğlu
Réalisation & Photo : Olivier Legras
By NovoFarah Kassem : Une Exploration Intime de la Mémoire et de la Transmission
Lors de la 39ᵉ édition du festival Entrevues de Belfort, la réalisatrice libanaise Farah Kassem a présenté son premier long métrage documentaire, We Are Inside, dans le cadre de la compétition internationale. Ce film poignant de trois heures plonge dans sa relation avec son père vieillissant, mêlant l’intime et le politique dans un Liban en pleine mutation.
Un Retour à Tripoli et à l’Essence Familiale
Après quinze ans d’absence, Farah Kassem revient à Tripoli pour passer du temps avec son père de 80 ans. Ce dernier, poète passionné, l’entraîne dans son univers de cercles littéraires et de récitations, où des hommes âgés partagent leurs créations. La poésie devient alors un pont entre leurs deux générations, mais aussi une clé pour explorer un Liban marqué par ses crises successives.
Le film s’articule autour de lieux clos, tels que la chambre de son père, sa chambre d’enfant, et les salons où se réunissent les poètes, tout en s’ouvrant progressivement vers l’extérieur, notamment avec la révolution libanaise de 2019.
La Poésie Comme Héritage et Dialogue
La poésie occupe une place centrale dans le film, à la fois comme art et comme langage de transmission. Farah, qui peinait initialement à comprendre les poèmes de son père, entreprend elle-même d’écrire pour trouver un terrain commun avec lui. Si les échanges avec son père sont souvent marqués par des critiques et une certaine dureté, c’est dans les cercles poétiques qu’elle trouve une reconnaissance et un espace pour s’affirmer.
Pour son père, la poésie est autant un moyen de maintenir une vitalité qu’un refuge face à une réalité dure. Ce contraste est renforcé par l’interaction avec d’autres personnages, comme des médecins ou des chauffeurs, qui, eux aussi, révèlent une sensibilité à cet art.
Entre Intime et Politique
La révolution de 2019, qui gronde dans les rues de Tripoli, s’invite progressivement dans le récit, faisant écho aux bouleversements intérieurs vécus par Farah et son père. Ce dernier, marqué par son passé politisé, affiche un regard conservateur sur les événements, contrastant avec l’optimisme et l’engagement de sa fille. Cette divergence incarne un dialogue entre deux générations, chacune confrontée à sa manière aux défis du Liban.
Une Œuvre Marquée par la Temporalité et la Transmission
Tourné sur une période de quatre ans, We Are Inside s’inscrit dans une temporalité fragmentée, mêlant souvenirs, moments présents, et réflexions sur l’avenir. Le décès du père durant la production a rendu le processus encore plus personnel et douloureux pour la réalisatrice, qui décrit le film comme une manière de ralentir le temps et de prolonger le lien avec lui.
Le film se conclut par une réflexion sur la transmission intergénérationnelle. À travers des images d’archives et des séquences où Farah adopte les postures de son père, le film illustre un cycle où les expériences et les héritages culturels se transmettent, tout en laissant place à la réinvention et à la sélection.
Un Témoignage Puissant
Avec We Are Inside, Farah Kassem propose une œuvre riche en nuances, qui allie la mémoire personnelle et collective. Entre hommage à son père et témoignage d’un Liban en crise, le film interroge sur ce que nous choisissons de transmettre et d’abandonner. À travers une exploration sensible de la poésie, du temps et des relations humaines, Farah Kassem s’impose comme une voix prometteuse dans le cinéma documentaire contemporain.
Journaliste : Caroline Chatelet, Nicolas Bezard et Öykü Sofuoğlu
Réalisation & Photo : Olivier Legras