Midi Bascule

S2E10 Chronique d’Olivier - Et le concept d'influence, bordel?


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On pourrait me traîter de boomer, mais figurez-vous que dans « boomer» y'a BOUM. Si on me titille, je pourrais aller jusqu’à vous offrir le dernier casque de réalité créé par le fondateur d’Oculus. Tu sais, celui qui est équipé de charges explosives destinées à tuer son porteur lorsque celui-ci se fait dézinguer dans le jeu qu’il pratique. Je délire pas hein, la news est sortie hier. Hé oui, la réalité dépasse la fiction parce que la réalité s’inspire de la fiction, ce que les convulsions de notre temps illustrent à merveille. Note bien qu’il y a d’autres moyens de se flinguer les neurones : en y introduisant par exemple des idées foireuses, voire toxiques, et en oubliant que l’enfer est pavé de bonnes intentions.



C’est là qu’on retrouve notre thème du jour, revenons à nos moutons. Nos moutons de Panurge qui, dans leurs ukases contre les délits d’appropriation culturelle, ont négligé tout d’abord une très vieille et très utile invention. Vous savez, ces machins avec plein de mots et de définitions… oui c’est ça, les dictionnaires ! Eh bien que nous apprend le Trésor de la Langue Française à l’entrée «Appropriation»? Tout simplement que c’est l’action de s’approprier une chose, d’en faire sa propriété. Vous me direz: nous voilà bien avancés. En fait si! Car entre nous, est-ce qu’on ressent les mèmes (unités d'informations culturelles) qui composent notre culture comme une «chose» dont on serait «propriétaire» et qui, s’ils étaient imités par un quidam d’une autre culture, nous seraient en quelque sorte dérobés, un peu comme une racaille de cour d’école bastonne un camarade pour lui chourer son goûter? Navré de le dire, mais la vie des formes ne fonctionne pas ainsi. Les mèmes, les idées, les concepts, les coutumes, les œuvres, tout cela migre de cerveau en cerveau par répétition et par imitation. C’est comme ça, cela a toujours été comme ça, et rien ne saurait arrêter ce processus.



Autre pomme de discorde, c’est nous-mêmes en tant qu’espèce qui ne fonctionnons pas ainsi. Je vais radoter mais je crois que c’est nécessaire: nous sommes des animaux sociaux dévorés par la curiosité et littéralement accros à l’art, à la fiction, depuis la nuit des temps. Et quand on est curieux, et quand on aime ou qu’on admire, qu’est-ce qu’on fait?  Vous avez déjà observé un gosse, rassurez-moi? C’est tout simple: on imite, on s’inspire, on copie, on singe, parce que c’est de cette façon qu’on apprend.



Alors entendons-nous bien : le couturier, la chanteuse, le cuistot ou la youtubeuse experte en maquillage qui piquent tel ou tel motif d’une culture qui n’est pas la leur pour en tirer un profit maximal et sans citer leurs sources, ce sont de sacrés fumistes qui ne méritent pas la moindre considération. Moralement, ils sont dans le caniveau, y a pas à chiquer. Mais de là à jouer les arbitres des élégances et à vouloir interdire le concert d’un groupe de reggae au motif que l’un des musicos blancs porte des dreadlocks, il y a un pas que les esprits éclairés seraient bien avisés de ne pas franchir. Déjà, si ça se trouve, le Blanc à dreadlocks connaît infiniment mieux le rastafarisme que ses censeurs à la petite semaine. Mais surtout, une culture endogène, chimiquement pure, prospérant toute seule dans une espèce de silo, ça n’existe pas. Ou alors seulement dans la cervelle faisandée de certains caciques de l’UDC ou autres partis d’extrême droite.



En somme, aujourd’hui, on est un peu comme Hercule à la croisée des chemins: soit on choisit la voie d’une vie faite de métissages, d’emprunts (et pas d’appropriation, bordel !), d’hybridations et d’influences croisées, soit on opte pour le chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Dans ce dernier cas, par contre, soyons cohérents: on vandalise la majorité des œuvres d’art, qui sont souvent pleines de motifs issus d’une culture qui n’est pas celle qui les a vu naître, on rend le 0 aux Mésopotamiens, aux Indiens ou aux Arabes, on congédie le jazz, on ferme tous les restos asiatiques qui ne sont pas tenus par des natifs de Pékin ou alentour, et on se cantonne à des soirées jass et yodel avec une bonne raclette en accompagnement. Le rêve quoi ! Si ce n’est qu’alors, je prédis qu’Exit va connaître un succès retentissant.



Bref, la culture, c’est comme un spliff, faut que ça tourne, que ça passe de mains en mains, sinon ça n’a aucun intérêt.



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Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 11 novembre 2022

Publié le 14 novembre 2022



 

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