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S2E13 Chronique de Candice - Comment la télé s'empare du Queer ?


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La première fois que j’entends le mot « queer » c’est en 2004, j’ai douze ans et c’est sur TF1, dans une émission intitulée «Queer, 5 experts dans le vent». Le pitch: cinq mecs ouvertement gay ont douze heures pour changer la vie d’un hétéro. Sacré programme. Un mix entre les reines du shopping et Valérie Damidot. Les cinq experts ont chacun une spécialité: Benjamin est expert mode, Gilles expert coaching (déjà à l’époque ça existait), Junior expert décoration, Xavier expert gastronomie et Romain, expert beauté. On est sur un relooking complet. Plus rien n’est laissé au hasard.



Avalanche de clichés par contre. On enchaine les stéréotypes sur les hommes gays qui donnent des conseils beauté et diététique en jetant par la fenêtre les fringues démodés et les bibelots de mauvais gout.



Je me demande comment la production a fait pour recruter les participants. «Salut, vous voulez participer à notre nouvelle émission? Pour vous aider à chopper des femmes on va vous faire une expertise sur mesure avec cinq gays».

Parce que niveau profils des cobayes, on est quand même sur de la masculinité tout ce qu’il y a de plus classique: Eric, 33 ans, pompier; Jean-François, 31 ans, aide-soignant; Joël, 36 ans, policier. À mon avis y avait un petit chèque sympa à la clef en plus de la nouvelle garde-robe et du mobilier.    



À l’époque l’idée est de donner de la visibilité aux personnes LGBT sur les écrans, en 2004 il n’y a que ces quatre lettres, mais en réalité ça ne fait qu’aggraver les stéréotypes autour de la représentation de l’homosexualité. Super TF1, merci d’avoir essayé. Après huit épisodes de 52 minutes, le programme s’arrête sans crier gare pour laisser place à Laurence Boccolini et son Maillon Faible, qui fait de bien meilleures audiences. Et oui parce que montrer de la diversité à l’écran c’est bien, faire de l’argent en infériorisant les autres, c’est mieux.   



Malheureusement cette émission n’est plus disponible sur le replay de TF1, alors qu’on y trouve l’intégrale des 483 épisodes de Sous le soleil. Dommage. Par contre, la version originale – puisque tout ce qui se fait à la télé en Europe a été pompé aux ricains – est relancée sur Netflix en 2018. Netflix, ils ont pas peur de tomber dans les clichés, tant que ça fait du chiffre, c’est bon. Ils ont donc repris le show diffusé de 2003 à 2007 «Queer Eye for the straight Guy» littéralement «un œil queer pour le mec hétéro», sauf qu’ils ont raccourcis le titre et enlevé la notion d’hétéro, sûrement pour moins de binarité. «Queer Eye» revient donc sous un nouveau jour pour six saisons, jusqu’en 2021. Toujours le même principe, mais nouveau casting pour les Fab Five, comme on dit en anglais, pour Fabulous Five.



L’ancienne version du show prônait la tolérance, la nouvelle l’acceptation. Et ce n’est plus réservé qu’aux hommes. C’est ouvert aux femmes, hétéros ou lesbiennes, mais aussi aux personnes de couleur, aux handicapés, et même aux pasteurs homosexuels. Bref, ça coche toutes les cases de la diversité. Ils se baladent jusqu’à des régions conservatrices, comme le Texas, où ils rencontrent un fermier qui n’a jamais parlé un gay. Oui, parce que le but c’est de montrer que les gays sont gentils et qu’ils peuvent même aider les hétéros, parce qu’ils sont plus sensibles et ils ont déjà traversé beaucoup dans leur parcours d’acceptation. Les rapports de domination sont inversés: les homosexuels occupent la position de sauveur. Niveau production, on est dans du lourd, un vrai show à l’américaine, les Fab Five sont des stars, on les reconnait dans la rue. Bien plus qu’un simple relooking, ils proposent une thérapie accélérée à des personnes qui n’ont pas confiance, avec médiation familiale inclue. Il y a de la musique, des plans au ralenti, des larmes et du mélo. Tous les ingrédients pour que ça fonctionne.



Quoi qu’il en soit, le principe de l’émission nous amène à questionner l’hétéronormativité, mot souligné en rouge dans Word, tout comme Queer et Boccolini, et qui suppose que l’hétérosexualité est la norme, discriminant ainsi les autres orientations possibles. Finalement, on reste dans quelque chose de très binaire, la fluidité à la télé, c’est pas pour tout de suite.



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Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 2 décembre 2022

Publié le 5 décembre 2022

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