L'Atelier politique

Sarah Legrain : «La canicule est politique !»


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Députée LFI de Paris, vice-présidente de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation à l’Assemblée nationale, Sarah Legrain défend une vision globale de la crise climatique : politique dans ses causes, elle appelle à une planification écologique ambitieuse et à des mesures d’urgence immédiates. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.

 

La canicule, un phénomène politique avant tout

Face à l’épisode de chaleur extrême qui frappe la France, Sarah Legrain refuse toute lecture fataliste. Pour elle, la canicule n’est pas un simple phénomène naturel : c’est le résultat direct de choix politiques et économiques.

 

« C’est pas juste pour essayer de ramener tout à la politique, c’est que la science montre que ce que nous vivons n’est pas de l’ordre naturel des choses, mais est lié aux activités humaines et donc aux activités politiques », estime-t-elle.

À ses yeux, la responsabilité politique se situe précisément dans la volonté, ou l’absence de volonté, de prendre en compte ce phénomène. Elle pointe une part « énorme » de la classe politique qui demeure dans le déni climatique, alors que le changement est, selon elle, « irréversible et d’ores et déjà engagé ». Sans réponse aux modes de production et de consommation, dit-elle, aucune solution durable n’est possible.

 

Des mesures d’urgence pour protéger les travailleurs et les plus vulnérables

Sarah Legrain défend un plan canicule détaillé, conçu bien avant cet épisode. Il prévoit l’équipement des écoles, EHPAD et hôpitaux en climatiseurs, la création d’îlots de fraîcheur et une protection renforcée des travailleurs exposés.

 

Sur ce dernier point, Sarah Legrain s’indigne de la position gouvernementale : « Ce n’est pas acceptable de continuer à faire bosser des gens sur des chantiers à 40 degrés ». Elle évoque le ministre des Transports qui, selon elle, dénonce un jour les risques d’une température maximale légale pour l’économie, et s’étonne le lendemain qu’un chauffeur de bus ait eu à travailler sous cette chaleur.

Pour Sarah Legrain, l’inaction a un coût : « Il y a un coût du malheur. Les gens qui vont tomber malades, les gens qui vont mourir ». Elle appelle le gouvernement à activer sans attendre un projet de loi de finances rectificative pour débloquer les crédits nécessaires.

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La planification écologique, réponse structurelle à la crise

Sur la question de fond, Sarah Legrain revendique une longueur d’avance : LFI porte la planification écologique depuis 2012. « À l’époque, les gens montaient sur leurs grands chevaux. Planification. Staline », rappelle-t-elle avec ironie.

 

Concrètement, son programme prévoit la rénovation thermique de l’ensemble du bâti à hauteur de cinq milliards d’euros par an, le développement accéléré des énergies renouvelables, et la sortie programmée du nucléaire. Sur ce dernier point, Sarah Legrain considère que le nucléaire devient, dans un contexte de réchauffement global, une énergie « toujours plus dangereuse et toujours plus inefficace ».

Elle déplore par ailleurs les pertes de temps accumulées sous la Macronie : « Ces dix dernières années nous ont mis dans le mur. Des choses qu’on aurait dû engager déjà il y a dix ans n’ont pas été faites », déplore-t-elle, pointant le rythme actuel de rénovation qui, à ce train, prendrait deux siècles.

 

Violences sexuelles : briser l’omerta

À propos des violences sexistes et sexuelles, dans le contexte de la mort de la petite Lyhanna. Sarah Legrain salue l’idée d’une loi intégrale, mais exprime des réserves sur la volonté politique du gouvernement de la mener à terme.

 

Sur le fond, elle dénonce la logique de « course à l’échalote » qui aboutit à des propositions de castration chimique ou de peine de mort, alors que seulement 3% des viols sur mineurs donnent lieu à des condamnations. Le vrai sujet, selon elle : comment obtenir davantage de condamnations et réduire le nombre de victimes.

Sarah Legrain revient sur ce qu’elle nomme la « culture du viol » : un système de représentations qui banalise certaines violences et entretient des mythes, notamment celui de l’agresseur inconnu. Or, dit-elle, dans neuf cas sur dix, la victime connaît son agresseur et, dans un cas sur deux, il est de la famille. « Ce qui est tabou, ce n’est pas l’inceste : c’est d’en parler », souligne-t-elle.

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Le voile, Mélenchon et la Nouvelle France

Interrogée sur une citation de Jean-Luc Mélenchon en 2010 qualifiant le port du voile intégral d’« obscène », Sarah Legrain estime que le contexte a changé. Selon elle, la prise de conscience des usages racistes de la question du voile a fait évoluer le discours au sein de LFI.

 

Sarah Legrain distingue deux positions : refuser que des hommes contraignent des femmes à se dissimuler, et refuser également que des hommes exigent le retrait du voile. « Dans les deux cas, il s’agit d’une oppression patriarcale sur la femme », estime-t-elle.

Sur la notion de « Nouvelle France », Sarah Legrain adopte une définition inclusive : « Tout le monde fait partie de la Nouvelle France. Peuple de France, qui que vous soyez, vous appartenez à cette France qui n’est plus la France de 1958 ». Une France profondément transformée, dit-elle, où les femmes ne vivent plus dans les mêmes conditions qu’en 1850 ou en 1958.

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L'Atelier politiqueBy RFI