L’entreprise de demain devra-t-elle être éthique pour survivre ? Et donc
s’appuyer sur des managers capables d’incarner et porter leurs valeurs ? On en
parle avec Anne-Claire Le Ho, associée chez Colombus Consulting, et Adélaïde
De Lastic, docteure en philosophie.
« En deux mots, on pourrait définir l’éthique par la recherche de la juste
action » pour la docteure en philosophie Adélaïde de Lastic. « Donc le
management éthique serait un management qui cherche à diriger de la meilleure
manière possible. » Ce à quoi on pourrait répondre que tout le monde y
aspire… Anne-Claire Le Ho, partner chez Colombus Consulting, assure pourtant
que « ce n’est pas un sujet facile à porter dans les entreprises, nos clients
nous le demandent rarement. Il faut un peu mettre le pied dans la porte sur ce
Discussion, exemplarité et réciprocité
La distanciation avec le management éthique s’explique moins par ce qu’il
représente, la défense de valeurs, que par la complexité à le rendre concret
dans une équipe. « Le management éthique, cela part d’en haut, dans le sens
où la notion d’exemplarité est clé », souligne Anne-Claire Le Ho. « Mais
former les managers ne suffit pas, il faut aussi former les managés. »
Comment ? Par ce qu’Adélaïde de Lastic appelle « l’éthique de la discussion,
soutien d’une éthique managériale ».
Dans la pratique, cela consiste à former les collaborateurs, N+1 et N-1 à «
se questionner mutuellement, s’écouter et se dire les choses », appuie Anne-
Claire Le Ho. « Il est courant qu’un manager pense avoir compris le message
de son collaborateur, mais qu’en réalité, il soit passé à côté. » Quand dans
l’open space, l’idée a fait son chemin que « le manager n’est pas le seul à
devoir adopter un comportement éthique », cela change tout, selon la
spécialiste du conseil en transformation responsable des organisations. Il ne
peut cependant pas y avoir de management éthique sans que l’entreprise dans
son entièreté n’épouse cette approche. Et c’est à ce niveau que les comités
d’éthiques deviennent essentiels, selon Adélaïde de Lastic. « Il y a des
instances juridiques, mais elles ne règlent pas tout, un comité d’éthique va
offrir un lieu d’échange et de parole où des questions sont posées à partir de
difficultés concrètes rencontrées par des professionnels. »
Aristote et Amartya Sen, même combat
L’une des plus grandes consiste à aligner les valeurs de l’entreprise et ses
enjeux business. « La question peut se poser de ne pas travailler avec
certains clients, par exemples avec une industrie polluante ou l’industrie de
l’alcool », témoigne Anne-Claire Le Ho. « Ces questions, beaucoup
d’entreprises se les posent parce que ce sont les attentes de la nouvelle
génération qui nous bousculent sur ces sujets. Pour certains, c’est une
question de valeurs personnelles que de travailler sur certains types de
missions ou avec certains types d’acteurs. »
Elle convient qu’un regard de philosophe apporte « du recul » dans
l’entreprise, preuve en est la réponse d’Adélaïde de Lastic sur la question :
« C’est important de déconstruire l’idée qu’il faut toujours renvoyer dos à
dos l’éthique et l’économique. Au contraire. Ce que l’on recherche dans le
management éthique, c’est une performance globale qui va réunir d’une façon
harmonieuse la performance éthique et la performance économique. Il faut les
réconcilier si on veut changer les systèmes socioéconomiques. Des prix Nobel
d’économie comme Amartya Sen (Prix Nobel d’économie en 1998, ndlr) ont parlé
du lien entre la valeur économique et la valeur éthique. Bien avant eux déjà,
Aristote soulignait le fait que si la performance économique n’était pas là
pour servir l’épanouissement humain, et donc l’éthique, elle n’avait aucun
intérêt. » Entre gagner de l’argent et rendre le monde meilleur, pourquoi
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