
Sign up to save your podcasts
Or


En septembre 2024, Matt Mullenweg, fondateur de WordPress et dirigeant d’Automattic, profite de sa présentation de clôture au WordCamp US pour s’en prendre violemment à WP Engine, un hébergeur spécialisé WordPress. Il les qualifie de « cancer pour l’écosystème ». Le ton est d’autant plus choquant que les WordCamp sont des événements communautaires accessibles et abordables, portés par l’esprit de l’open source — le WordCamp Montréal, par exemple, ne coûtait que 50 dollars pour un weekend complet.
WP Engine est un acteur majeur qui a bâti tout son modèle d’affaires autour de WordPress, offrant de l’hébergement dédié et ayant acquis plusieurs produits populaires, dont Advanced Custom Fields (ACF), un plugin utilisé par des millions de sites. Mullenweg reproche à WP Engine de générer d’importants revenus grâce à WordPress sans contribuer suffisamment au projet. Il avait d’ailleurs lancé l’initiative « Five for the Future », invitant les entreprises bénéficiant de l’écosystème à y consacrer 5 % de leurs ressources. Or, aucune obligation légale ne contraint quiconque à contribuer, et Mullenweg lui-même tire profit de l’écosystème via Automattic et WordPress.com.
Trois jours après l’attaque publique, WP Engine réplique par une mise en demeure pour diffamation et extorsion. Le 25 septembre, Mullenweg bloque l’accès des serveurs de WP Engine au dépôt officiel de plugins et thèmes WordPress, empêchant des centaines de milliers de sites clients de recevoir leurs mises à jour, y compris les correctifs de sécurité. WP Engine doit alors développer en urgence des solutions de contournement.
Le 30 septembre, la communauté découvre que WordPress.org — la plateforme qui héberge tout l’écosystème open source — appartient personnellement à Matt Mullenweg et non à la fondation WordPress, créée pourtant pour assurer transparence et gouvernance indépendante. Cette révélation amplifie l’inquiétude : une seule personne contrôle l’infrastructure sur laquelle repose près de 40 à 50 % des CMS du web, alors que le deuxième concurrent plafonne sous les 5 %.
Le 2 octobre, WP Engine dépose une plainte officielle pour pratiques anticoncurrentielles et abus de pouvoir, rendant publics des échanges compromettants entre Mullenweg et la direction de WP Engine.
En parallèle, les employés d’Automattic s’interrogent sur les agissements de leur patron, qui communique de façon impulsive sur les réseaux sociaux et son blogue. Mullenweg pose un ultimatum à ses employés : être avec lui ou partir, avec un délai de 24 à 48 heures. Environ 159 personnes, soit près de 10 % de l’effectif, choisissent de quitter l’entreprise.
Mullenweg reprend ensuite le contrôle du plugin ACF au nom de la sécurité de l’écosystème, s’appuyant sur la licence GPL qui régit les extensions déposées sur le dépôt WordPress. Il crée un clone baptisé SCF (Secure Custom Fields) et redirige silencieusement les mises à jour d’ACF vers SCF, de sorte que la plupart des utilisateurs changent de plugin sans même s’en rendre compte. Cette manœuvre soulève de sérieuses questions sur la pérennité de SCF, un produit gratuit sans modèle économique ni équipe dédiée à long terme.
Pour les agences comme celle de Maxime, la situation est un casse-tête : faut-il informer les clients, revenir à ACF, attendre ? L’équipe de Maxime décide de redéployer ACF sur les sites concernés, estimant que les clients sont pris en otage dans ce conflit.
Mullenweg réduit drastiquement les contributions d’Automattic au projet open source, passant de 4 000 heures par semaine à environ 45, provoquant une stagnation du développement. La version 6.8 de WordPress accumule les retards. BlackRock, investisseur dans Automattic, dévalue ses parts. Des développeurs commencent à remettre en question la pertinence de publier sur le dépôt WordPress.
Face à cette centralisation problématique, des initiatives émergent pour décentraliser la distribution des extensions. WP Engine rachète WP Packagist et Roots lance WP Packages, offrant des alternatives au dépôt officiel. L’adoption reste cependant un défi majeur pour les utilisateurs non techniques.
Le 1er avril 2025, Cloudflare lance EmDash, une solution de gestion de contenu basée sur le framework Astro. Son approche distingue le contenu statique du contenu dynamique grâce au concept d’« îles », offrant de meilleures performances. EmDash isole également les plugins dans des sandbox pour renforcer la sécurité, contrairement à WordPress où un plugin défaillant peut compromettre tout le site.
Maxime reconnaît l’intérêt technique de cette solution, mais tempère l’enthousiasme : aucun écosystème de plugins, aucune communauté établie, aucun expert disponible. Cloudflare a les moyens financiers de soutenir le projet, mais il est trop tôt pour y migrer des projets clients. WordPress n’est ni mort ni véritablement menacé à court terme.
La bataille juridique entre Automattic et WP Engine devrait connaître des avancées en juin 2025. Maxime anticipe une tentative de règlement hors cour de la part de Mullenweg, face à un WP Engine soutenu par un fonds d’investissement de plusieurs milliards déterminé à aller jusqu’au bout. Plus le conflit dure, plus il nuit à l’ensemble de l’écosystème. L’espoir reste qu’un retour à la maturité permette à chacun de poursuivre son activité dans un marché suffisamment vaste pour tous.
By Nicolas-Loïc Fortin et tous les collaborateursEn septembre 2024, Matt Mullenweg, fondateur de WordPress et dirigeant d’Automattic, profite de sa présentation de clôture au WordCamp US pour s’en prendre violemment à WP Engine, un hébergeur spécialisé WordPress. Il les qualifie de « cancer pour l’écosystème ». Le ton est d’autant plus choquant que les WordCamp sont des événements communautaires accessibles et abordables, portés par l’esprit de l’open source — le WordCamp Montréal, par exemple, ne coûtait que 50 dollars pour un weekend complet.
WP Engine est un acteur majeur qui a bâti tout son modèle d’affaires autour de WordPress, offrant de l’hébergement dédié et ayant acquis plusieurs produits populaires, dont Advanced Custom Fields (ACF), un plugin utilisé par des millions de sites. Mullenweg reproche à WP Engine de générer d’importants revenus grâce à WordPress sans contribuer suffisamment au projet. Il avait d’ailleurs lancé l’initiative « Five for the Future », invitant les entreprises bénéficiant de l’écosystème à y consacrer 5 % de leurs ressources. Or, aucune obligation légale ne contraint quiconque à contribuer, et Mullenweg lui-même tire profit de l’écosystème via Automattic et WordPress.com.
Trois jours après l’attaque publique, WP Engine réplique par une mise en demeure pour diffamation et extorsion. Le 25 septembre, Mullenweg bloque l’accès des serveurs de WP Engine au dépôt officiel de plugins et thèmes WordPress, empêchant des centaines de milliers de sites clients de recevoir leurs mises à jour, y compris les correctifs de sécurité. WP Engine doit alors développer en urgence des solutions de contournement.
Le 30 septembre, la communauté découvre que WordPress.org — la plateforme qui héberge tout l’écosystème open source — appartient personnellement à Matt Mullenweg et non à la fondation WordPress, créée pourtant pour assurer transparence et gouvernance indépendante. Cette révélation amplifie l’inquiétude : une seule personne contrôle l’infrastructure sur laquelle repose près de 40 à 50 % des CMS du web, alors que le deuxième concurrent plafonne sous les 5 %.
Le 2 octobre, WP Engine dépose une plainte officielle pour pratiques anticoncurrentielles et abus de pouvoir, rendant publics des échanges compromettants entre Mullenweg et la direction de WP Engine.
En parallèle, les employés d’Automattic s’interrogent sur les agissements de leur patron, qui communique de façon impulsive sur les réseaux sociaux et son blogue. Mullenweg pose un ultimatum à ses employés : être avec lui ou partir, avec un délai de 24 à 48 heures. Environ 159 personnes, soit près de 10 % de l’effectif, choisissent de quitter l’entreprise.
Mullenweg reprend ensuite le contrôle du plugin ACF au nom de la sécurité de l’écosystème, s’appuyant sur la licence GPL qui régit les extensions déposées sur le dépôt WordPress. Il crée un clone baptisé SCF (Secure Custom Fields) et redirige silencieusement les mises à jour d’ACF vers SCF, de sorte que la plupart des utilisateurs changent de plugin sans même s’en rendre compte. Cette manœuvre soulève de sérieuses questions sur la pérennité de SCF, un produit gratuit sans modèle économique ni équipe dédiée à long terme.
Pour les agences comme celle de Maxime, la situation est un casse-tête : faut-il informer les clients, revenir à ACF, attendre ? L’équipe de Maxime décide de redéployer ACF sur les sites concernés, estimant que les clients sont pris en otage dans ce conflit.
Mullenweg réduit drastiquement les contributions d’Automattic au projet open source, passant de 4 000 heures par semaine à environ 45, provoquant une stagnation du développement. La version 6.8 de WordPress accumule les retards. BlackRock, investisseur dans Automattic, dévalue ses parts. Des développeurs commencent à remettre en question la pertinence de publier sur le dépôt WordPress.
Face à cette centralisation problématique, des initiatives émergent pour décentraliser la distribution des extensions. WP Engine rachète WP Packagist et Roots lance WP Packages, offrant des alternatives au dépôt officiel. L’adoption reste cependant un défi majeur pour les utilisateurs non techniques.
Le 1er avril 2025, Cloudflare lance EmDash, une solution de gestion de contenu basée sur le framework Astro. Son approche distingue le contenu statique du contenu dynamique grâce au concept d’« îles », offrant de meilleures performances. EmDash isole également les plugins dans des sandbox pour renforcer la sécurité, contrairement à WordPress où un plugin défaillant peut compromettre tout le site.
Maxime reconnaît l’intérêt technique de cette solution, mais tempère l’enthousiasme : aucun écosystème de plugins, aucune communauté établie, aucun expert disponible. Cloudflare a les moyens financiers de soutenir le projet, mais il est trop tôt pour y migrer des projets clients. WordPress n’est ni mort ni véritablement menacé à court terme.
La bataille juridique entre Automattic et WP Engine devrait connaître des avancées en juin 2025. Maxime anticipe une tentative de règlement hors cour de la part de Mullenweg, face à un WP Engine soutenu par un fonds d’investissement de plusieurs milliards déterminé à aller jusqu’au bout. Plus le conflit dure, plus il nuit à l’ensemble de l’écosystème. L’espoir reste qu’un retour à la maturité permette à chacun de poursuivre son activité dans un marché suffisamment vaste pour tous.

12 Listeners

76 Listeners