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Teknik - Sécurité des sous-stations électriques - Parce que... c'est l'épisode 0x301!


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Parce que… c’est l’épisode 0x301!
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  • 3 au 5 juin 2026 - SSTIC 2026
  • 24 et 25 juin 2026 - Troopers
  • 26 et 27 juin 2026 - leHACK
  • 19 septembre 2026 - Bsides Montréal
  • 1 au 3 décembre 2026 - Forum INCYBER - Canada 2026
  • 24 et 25 février 2027 - SéQCure 2027
  • Description

    Dans cet épisode, Georges Badro, consultant chez Mandiant à Paris spécialisé dans les infrastructures critiques et les systèmes industriels, explique le fonctionnement et la sécurisation des sous-stations électriques.

    Architecture du réseau électrique

    Le réseau électrique se décompose en trois zones : la génération (centrales hydrauliques, nucléaires, thermiques, renouvelables), le transport et la distribution. Le réseau de transmission permet de limiter les pertes d’énergie et surtout d’équilibrer production et consommation afin de maintenir une fréquence stable. Contrairement à un réseau d’eau, un réseau électrique exige un équilibre permanent entre ce qui est produit et ce qui est consommé, sous peine de l’endommager.

    Les sous-stations sont les nœuds névralgiques de ce réseau de transmission : ces grands parcs clôturés que l’on aperçoit au bord des routes centralisent et redistribuent l’électricité. On y trouve des transformateurs et des disjoncteurs, ces derniers permettant d’ouvrir ou de fermer le courant. Aujourd’hui, ces équipements ne sont plus opérés manuellement mais via du contrôle numérique : interfaces homme-machine (IHM), contrôle à distance, RTU (Remote Terminal Units servant de passerelle vers le centre de contrôle), relais de protection et de contrôle (qui lisent tension, intensité et fréquence pour automatiser des décisions), postes d’ingénierie et équipements réseau.

    Interconnexion croissante et surface d’attaque

    Badro insiste sur la disparition de l’« air gap » d’autrefois. Les sous-stations sont désormais interconnectées avec les centres de contrôle, des tiers, des partenaires, parfois directement à internet, voire avec le cloud pour la maintenance prédictive. L’architecture type comprend un réseau IT, une DMZ séparant l’IT des systèmes industriels (OT), un centre de contrôle régional ou national (avec historians, serveurs SCADA, bases de données) relié aux sous-stations via VPN ou MPLS. Chaque sous-station est configurée différemment. Certaines connexions exploitent le Powerline Communication (PLC), qui utilise les câbles électriques existants pour transmettre des paquets TCP/IP. Cette multiplication des accès distants, justifiée par la difficulté d’intervenir physiquement dans des zones rurales, augmente considérablement le risque. Les protocoles courants incluent IEC 104, DNP3 et GOOSE.

    Scénario d’attaque en Red Team

    Badro détaille l’approche Red Team de Mandiant, précisant qu’un véritable attaquant ne prendrait pas les mêmes précautions. L’attaque commence généralement par un accès initial à l’IT via phishing ou exploitation de vulnérabilités. Suit une phase de reconnaissance : énumération du domaine, recherche de documentation sur les partages réseau et wikis, fichiers de configuration aux extensions spécifiques, mots de passe en clair (notamment de VPN) et schémas d’architecture.

    L’accès au réseau OT s’obtient ensuite via un VPN, l’exploitation de flux autorisés au firewall, ou la compromission d’hyperviseurs hébergeant des VM IT et OT. Plutôt qu’un scan NMAP destructeur, l’équipe privilégie une reconnaissance furtive : écoute passive du trafic, analyse des adresses IP et MAC, utilisation de logiciels légitimes d’opérateurs et de scripts spécialisés (Modbus, DNP3). Les vulnérabilités exploitées sont souvent basiques : mots de passe par défaut sur interfaces web, SSH ou Telnet, parfois sur des fonctionnalités cachées utilisées par les fournisseurs et inconnues des équipes. À partir d’une IHM, l’attaquant remonte vers les relais de protection, cibles plus insidieuses permettant des dégâts coûteux.

    Compromissions réelles

    Badro compare deux attaques réelles. En Ukraine en 2015, l’attaque a démarré sur l’IT par phishing (malware Black Energy via macro), récupéré des mots de passe VPN, accédé aux IHM, RTU et switchs Moxa, puis ouvert les disjoncteurs et déployé des firmwares corrompus pour empêcher la reprise de contrôle.

    En Pologne en décembre 2025, l’attaque a ciblé directement l’OT en exploitant une CVE connue mais non corrigée pendant plusieurs semaines sur des firewalls exposés à internet. L’attaquant s’est étendu aux RTU, relais, IHM et convertisseurs série-Ethernet via des comptes par défaut, a lancé des scans locaux, uploadé des firmwares corrompus, supprimé des fichiers système des relais et déployé des wipers sur les IHM.

    Le constat marquant : malgré dix ans d’écart, les mêmes vulnérabilités basiques persistent. Si l’entrée dans les réseaux IT s’est durcie, le côté OT reste comme l’IT « d’il y a très longtemps » — peu de mots de passe robustes, peu de contrôles — par préjugé d’isolement et par des pratiques de maintenance figées.

    Attaques avancées et défense

    Au-delà de la simple ouverture d’un disjoncteur, des attaques plus subtiles ciblent la logique des relais : modifier des valeurs de déclenchement, fausser une LED, ou altérer la fonction de réenclenchement automatique. Ces manipulations restent invisibles jusqu’à une condition rare (un arbre tombant sur une ligne) et sont très difficiles à diagnostiquer sans journalisation.

    Côté défense, Badro recommande : changer les mots de passe par défaut (et alerter si l’ancien est réutilisé), maintenir à jour les systèmes exposés à internet, restreindre les accès SSH/HTTP à des points spécifiques, contrôler les flux PLC venant des centrales, et surtout établir une visibilité réseau et événementielle à tous les niveaux. La prévisibilité des réseaux OT facilite la définition d’une baseline et la détection d’anomalies. L’approche consiste à décomposer chaque système, comprendre les fonctions et leurs interfaces internes/externes (par exemple le GPS spoofing), puis concevoir protections et détections adaptées — en protégeant avant tout le disjoncteur, élément le plus critique.

    Collaborateurs
    • Nicolas-Loïc Fortin
    • Georges Badro
    • Crédits
      • Montage par Intrasecure inc
      • Locaux réels par Google Paris
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        PolySécure PodcastBy Nicolas-Loïc Fortin et tous les collaborateurs


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