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Nous sommes à la Cage durant un match des Canadiens. Le bruit ambiant a fait que nous parlons en “criant”, pour nous entendre. Le lendemain, je n’avais plus de voix.
Dans cet épisode spécial, l’animateur reçoit Nicolas Bédard, un expert en infonuagique qui a évolué chez Google avant de rejoindre Palo Alto Networks. Le prétexte de l’épisode est concret : Nicolas s’apprête à se rendre à Paris pour participer à la grande conférence de S3NS, une entreprise issue d’un partenariat franco-américain au cœur de la souveraineté numérique en France. C’est l’occasion idéale pour aborder un sujet devenu incontournable, alors qu’il était encore marginal il y a quelques années seulement.
Pour expliquer le modèle de S3NS, Nicolas utilise une analogie parlante : celle de la franchise de restauration rapide. Comme un franchisé de McDonald’s ou Tim Hortons qui investit dans son propre établissement tout en appliquant la recette du franchiseur, S3NS est une entreprise majoritairement détenue par le groupe français Thales, qui a obtenu de Google le « livre de recettes » de son infrastructure infonuagique — tant sur le plan matériel (serveurs, stockage, réseau) que logiciel (les services Google Cloud).
S3NS propose deux offres distinctes :
Cryptance : une couche de souveraineté appliquée directement sur l’infrastructure de Google Cloud. Les charges de travail (workloads) sont placées dans un dossier (folder) auquel sont attachées des règles de gouvernance strictes — notamment des clés de chiffrement gérées par S3NS — garantissant que les données demeurent sur le territoire français.
Prémiance : un niveau supérieur, où Thales et Google ont co-construit des centres de données physiques en France. Ces infrastructures, propriété de S3NS, utilisent l’architecture de Google Cloud mais sont opérées de façon indépendante. Prémiance est certifiée SecNumCloud, la norme française de cybersécurité gérée par l’ANSSI, ce qui constitue une validation rigoureuse issue de plusieurs années d’expérimentation sur le terrain.
Un point central de la discussion porte sur la nature même des règles technologiques : contrairement aux règles entre humains, qui peuvent être interprétées, négociées ou contournées, les règles appliquées par une machine sont absolues. Nicolas illustre cela avec une anecdote personnelle : lors d’un projet pilote, des parties prenantes avaient exigé l’application de règles strictes, malgré ses mises en garde. En moins de 24 heures, le projet avait été abandonné parce que les participants ne pouvaient tout simplement pas « tolérer » des règles que la machine appliquait sans compromis.
Cette rigidité est précisément ce qui rend la souveraineté numérique crédible. Le chiffrement, par exemple, ne se négocie pas : sans la clé détenue par l’entité française, même un acteur américain ne peut accéder aux données. Les craintes liées au Cloud Act américain, souvent agitées dans le débat public, se heurtent à cette réalité technique implacable.
Palo Alto Networks s’intègre dans cet écosystème parce que les clients qui migrent vers un cloud souverain s’attendent à retrouver les outils de sécurité qu’ils utilisaient dans leurs environnements traditionnels. Quatre produits de Palo Alto sont particulièrement concernés, tous basés sur des machines virtuelles (VM-based) :
Ces produits, parce qu’ils s’exécutent sur des machines virtuelles plutôt que sous forme de SaaS hébergé chez Palo Alto, peuvent être déployés aussi bien sur Cryptance que sur Prémiance, en conformité avec SecNumCloud.
Nicolas insiste sur une vision souvent oubliée : le nuage, c’est avant tout du logiciel. Sa valeur réelle réside dans l’élasticité, la dématérialisation, les microservices et les conteneurs — pas dans la simple virtualisation de serveurs existants. Beaucoup d’entreprises ont mal abordé leur passage au nuage en y transférant des systèmes vieillissants sans les moderniser, ce qui les rend aujourd’hui incompatibles avec les exigences de la souveraineté numérique, qui impose une partition claire des services à l’échelle nationale.
Rouler une application moderne — découpée en microservices indépendants, stateless, élastiques — sur un cloud souverain, c’est là que réside la vraie promesse de la prochaine génération d’infrastructures souveraines.
La France a commencé à réfléchir à la souveraineté numérique dès 2017 environ. Elle a construit ses normes, les a testées, les a fait évoluer. Le Canada, lui, s’est réveillé bien plus tard, emporté qu’il était par la « locomotive » américaine. Aujourd’hui, il n’existe pas d’équivalent canadien à SecNumCloud, et la maturité réglementaire nécessaire pour encadrer une véritable infrastructure souveraine est encore à construire.
Les deux interlocuteurs s’entendent pour dire que le Canada devrait s’inspirer davantage de ce qui se fait en Europe — en France, en Allemagne, à travers des initiatives comme celle de la ville de Munich — plutôt que de se limiter à répéter le mot « souveraineté » sans se donner les outils concrets pour la réaliser. Cela implique une réarchitecture profonde des systèmes existants, un développement de compétences nationales et un cadre réglementaire sérieux.
La souveraineté numérique est un chantier de longue haleine, mais l’exemple de S3NS en France démontre qu’il est possible de concilier technologie américaine de pointe et contrôle national effectif. Nicolas conclut sur une note d’enthousiasme, impatient de voir la conférence parisienne et d’espérer que des modèles similaires finissent par voir le jour au Canada. Un suivi de l’épisode est d’ores et déjà prévu.
By Nicolas-Loïc Fortin et tous les collaborateursNous sommes à la Cage durant un match des Canadiens. Le bruit ambiant a fait que nous parlons en “criant”, pour nous entendre. Le lendemain, je n’avais plus de voix.
Dans cet épisode spécial, l’animateur reçoit Nicolas Bédard, un expert en infonuagique qui a évolué chez Google avant de rejoindre Palo Alto Networks. Le prétexte de l’épisode est concret : Nicolas s’apprête à se rendre à Paris pour participer à la grande conférence de S3NS, une entreprise issue d’un partenariat franco-américain au cœur de la souveraineté numérique en France. C’est l’occasion idéale pour aborder un sujet devenu incontournable, alors qu’il était encore marginal il y a quelques années seulement.
Pour expliquer le modèle de S3NS, Nicolas utilise une analogie parlante : celle de la franchise de restauration rapide. Comme un franchisé de McDonald’s ou Tim Hortons qui investit dans son propre établissement tout en appliquant la recette du franchiseur, S3NS est une entreprise majoritairement détenue par le groupe français Thales, qui a obtenu de Google le « livre de recettes » de son infrastructure infonuagique — tant sur le plan matériel (serveurs, stockage, réseau) que logiciel (les services Google Cloud).
S3NS propose deux offres distinctes :
Cryptance : une couche de souveraineté appliquée directement sur l’infrastructure de Google Cloud. Les charges de travail (workloads) sont placées dans un dossier (folder) auquel sont attachées des règles de gouvernance strictes — notamment des clés de chiffrement gérées par S3NS — garantissant que les données demeurent sur le territoire français.
Prémiance : un niveau supérieur, où Thales et Google ont co-construit des centres de données physiques en France. Ces infrastructures, propriété de S3NS, utilisent l’architecture de Google Cloud mais sont opérées de façon indépendante. Prémiance est certifiée SecNumCloud, la norme française de cybersécurité gérée par l’ANSSI, ce qui constitue une validation rigoureuse issue de plusieurs années d’expérimentation sur le terrain.
Un point central de la discussion porte sur la nature même des règles technologiques : contrairement aux règles entre humains, qui peuvent être interprétées, négociées ou contournées, les règles appliquées par une machine sont absolues. Nicolas illustre cela avec une anecdote personnelle : lors d’un projet pilote, des parties prenantes avaient exigé l’application de règles strictes, malgré ses mises en garde. En moins de 24 heures, le projet avait été abandonné parce que les participants ne pouvaient tout simplement pas « tolérer » des règles que la machine appliquait sans compromis.
Cette rigidité est précisément ce qui rend la souveraineté numérique crédible. Le chiffrement, par exemple, ne se négocie pas : sans la clé détenue par l’entité française, même un acteur américain ne peut accéder aux données. Les craintes liées au Cloud Act américain, souvent agitées dans le débat public, se heurtent à cette réalité technique implacable.
Palo Alto Networks s’intègre dans cet écosystème parce que les clients qui migrent vers un cloud souverain s’attendent à retrouver les outils de sécurité qu’ils utilisaient dans leurs environnements traditionnels. Quatre produits de Palo Alto sont particulièrement concernés, tous basés sur des machines virtuelles (VM-based) :
Ces produits, parce qu’ils s’exécutent sur des machines virtuelles plutôt que sous forme de SaaS hébergé chez Palo Alto, peuvent être déployés aussi bien sur Cryptance que sur Prémiance, en conformité avec SecNumCloud.
Nicolas insiste sur une vision souvent oubliée : le nuage, c’est avant tout du logiciel. Sa valeur réelle réside dans l’élasticité, la dématérialisation, les microservices et les conteneurs — pas dans la simple virtualisation de serveurs existants. Beaucoup d’entreprises ont mal abordé leur passage au nuage en y transférant des systèmes vieillissants sans les moderniser, ce qui les rend aujourd’hui incompatibles avec les exigences de la souveraineté numérique, qui impose une partition claire des services à l’échelle nationale.
Rouler une application moderne — découpée en microservices indépendants, stateless, élastiques — sur un cloud souverain, c’est là que réside la vraie promesse de la prochaine génération d’infrastructures souveraines.
La France a commencé à réfléchir à la souveraineté numérique dès 2017 environ. Elle a construit ses normes, les a testées, les a fait évoluer. Le Canada, lui, s’est réveillé bien plus tard, emporté qu’il était par la « locomotive » américaine. Aujourd’hui, il n’existe pas d’équivalent canadien à SecNumCloud, et la maturité réglementaire nécessaire pour encadrer une véritable infrastructure souveraine est encore à construire.
Les deux interlocuteurs s’entendent pour dire que le Canada devrait s’inspirer davantage de ce qui se fait en Europe — en France, en Allemagne, à travers des initiatives comme celle de la ville de Munich — plutôt que de se limiter à répéter le mot « souveraineté » sans se donner les outils concrets pour la réaliser. Cela implique une réarchitecture profonde des systèmes existants, un développement de compétences nationales et un cadre réglementaire sérieux.
La souveraineté numérique est un chantier de longue haleine, mais l’exemple de S3NS en France démontre qu’il est possible de concilier technologie américaine de pointe et contrôle national effectif. Nicolas conclut sur une note d’enthousiasme, impatient de voir la conférence parisienne et d’espérer que des modèles similaires finissent par voir le jour au Canada. Un suivi de l’épisode est d’ores et déjà prévu.

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