Ce texte de l’évangile est si connu qu’il est même évoqué dans un dialogue de
Michel Audiard, dans la bouche de Bernard Blier : « Oubliez-vous, madame,
comment notre Seigneur a chassé les marchands hors du temple ? »…
Cette colère du Christ, la plus célèbre et la plus démonstrative, se situe au tout
début de l’évangile de Saint Jean, juste après les noces de Cana. Ses disciples
sont encore en train d’apprendre à Le connaître. Et le moins que l’on puisse
dire est que ce premier visage qu’Il nous révèle est loin d’une image parfois
mièvre ou édulcorée d’un Jésus d’image d’Epinal : avant qu’on ne Le voie par la
suite déjeuner chez des pécheurs, pardonner ou guérir, Il manifeste avant tout
son autorité, son refus du péché, sa lutte contre le Mal.
Le premier danger que Jésus souligne donc est le danger des biens matériels en
général, et de l’argent en particulier : « on ne peut pas servir deux maîtres,
Dieu et l’Argent » dira-t-Il plus tard à ses disciples.
Et pourtant, cet épisode est un petit plus énigmatique qu’on ne pourrait le
croire.
D’abord il est dérangeant de laisser croire que toute transaction, tout
commerce est intrinsèquement mauvais et nous éloigne de Dieu.
Ensuite pourquoi donc Jésus s’en prend-Il si vivement à des braves gens, vivant
à proximité du Temple, et dont l’activité permet aux Juifs pieux de rendre un
culte au Seigneur ? Il ne s’agit pas de vendeurs de souvenirs futiles ou de biens
superflus ! au contraire, les bœufs, les brebis, les colombes sont nécessaires
aux Juifs pour rendre un culte dans le Temple. Après la naissance de Jésus, par
exemple, Joseph et Marie viennent offrir en sacrifice deux petites colombes,
selon ce qui est prescrit dans la Loi. Il leur était sans doute bien utile de trouver
ces colombes sur place. Et même les changeurs sont indispensables, puisqu’ils
permettent de changer en monnaie juive la monnaie romaine, la monnaie de
l’occupant, qui a cours à Jérusalem mais qu’il n’est pas permis d’offrir au
Temple.
En fait, Jésus ne condamne pas le commerce, il alerte sur la dangereuse, et
même l’impossible proximité entre l’argent et Dieu. « Cessez de faire de la
maison de mon père une maison de commerce ». Ce n’est pas une
condamnation du commerce, mais une sanctuarisation de ce qui touche à Dieu.
Il est très facile de laisser des préoccupations matérielles nous détourner de la
prière. Jésus nous connaît bien, il sait que pour prendre le temps de venir
rencontrer Dieu, nous avons besoin de laisser de côté ce qui nous encombre,
Nous avons aussi besoin comme d’un sas, d’une zone protégée, réservée,
préservée.
Le Temple de Dieu est aussi notre corps et notre âme, sachons donc préserver
un espace et un temps qui ne soient pas encombrés de nos réalités
quotidiennes afin de permettre à notre cœur de se recueillir et de se rendre
réellement disponible à la présence de Dieu.
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