Mes amis, je suis heureux de commencer mon propos du jour en évoquant avec vous l’histoire de l’une de mes amies, percussionniste dans notre petit groupe paroissial, et qui travaille en tant qu’infirmière au sein de la maison des petites sœurs des pauvres à Rennes. Elle va très prochainement partir en mission humanitaire pour plusieurs semaines, afin d’aller aider les plus nécessiteux sur l’île de Madagascar qui vient d’être ravagée par un cyclone. Et elle le fait sur son temps de congés tout en finançant elle-même son voyage. Je suis profondément admiratif de ce don qu’elle fait d’elle-même, tout en simplicité et humilité. Ce don qui illustre à merveille selon moi notre page d’évangile du jour. Donner ainsi de son temps et de son argent ? Certains pourraient penser qu’elle « perd » sa vie. Elle nous explique plutôt qu’en donnant tout, elle reçoit beaucoup plus en retour. Comme l’écrit Saint Marc en effet : « Quel avantage un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? »
Je dois cependant vous confesser qu’il y a une phrase dans cette page d’évangile qui me bouscule tout particulièrement : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».
Ce qui m’interpelle dans un premier temps, c’est qu’il nous est demandé de renoncer à nous-mêmes. Il est pourtant coutume de dire que « Charité bien ordonnée commence par soi-même » !
Puis il faut prendre sa croix. Non pas « la » croix, ou « une croix », mais bien « sa » croix. Celle qui nous est en quelque sorte réservée. Celle qui colle à notre âme et notre être. Ainsi, la croix ferait donc partie de la vie et tout le monde en a une à porter.
Enfin il faut suivre le Christ. En tâchant de trouver un subtil équilibre entre confiance et engagement. Nous avons besoin que le Christ nous montre la voie, et le Christ a besoin que nous fassions un pas vers lui, que nous marchions à sa suite.
Cette parole du Christ me bouscule vous disais-je. En effet pourquoi sommes-nous tous obligés d’avoir une croix ? Pourquoi nous affliger d’une croix si Dieu nous veut libre et heureux ? Et pourquoi certains ont des croix qui paraissent bien plus grandes et lourdes que d’autres ?
Toutes ces questions me mènent vers l’Absurde. Alors que le chemin, la vérité et la vie doivent nous mener vers… l’Amour. En fait, nos croix sont là pour être dépassées, transcendées, vaincues.
Renoncer à soi-même, c’est plutôt renoncer à son égo et sa volonté de toute puissance. C’est croire puis témoigner que nous sommes au cœur d’un projet d’amour qui nous dépasse.
Prendre sa croix, c’est embrasser sa vie telle qu’elle est, malgré ses épreuves et ses contrariétés, contre lesquelles il ne sert à rien de se cabrer et encore moins de pester. Le Seigneur nous appelle à les vivre avec lui, en lui. Comme l’écrivait Paul Claudel : « Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance. Il n'est même pas venu l'expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence ».
En fait, suivre le Christ, cela commence ici et maintenant, dans les petites choses de notre quotidien et au milieu de nos proches.
Tout ce qui n’est pas donné est perdu. C’est en substance, le témoignage fort et inspirant de mon amie infirmière, qu’elle nous a offert la semaine dernière, alors que nous organisions une petite soirée musicale dans notre paroisse, pour bénir son départ prochain dans un pays où les croix sont nombreuses.
Prions pour elle et pour tous les pauvres qui souffrent. Et portons avec force nos propres croix avec l’aide du Christ. Belle journée à vous mes amis.
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