Climat, environnement, dérèglement climatique, adaptation… Ces mots font aujourd’hui partie de notre quotidien. Ils nourrissent le débat scientifique et parfois politique, mais interrogent aussi notre manière d’habiter le monde et de penser notre rapport à la nature.
Mais ces préoccupations sont-elles réellement nouvelles ?
Que se passe-t-il si l’on remonte de plus de deux mille ans, du côté de la Grèce ancienne, pour poser ces mêmes questions à Platon et à Aristote ?
La démarche peut sembler anachronique. Car les Grecs ne possédaient ni notre notion moderne du climat, fondée notamment sur l’observation des phénomènes dans la longue durée, ni même un mot correspondant exactement à ce que nous appelons aujourd’hui « l’environnement ».
Et pourtant, lorsqu’on parcourt leurs textes, les questions sont bien là.
Platon s’interroge sur la place de l’homme au sein d’un monde qu’il conçoit comme un organisme vivant. Il établit aussi des relations entre les conditions climatiques, le caractère des peuples et leur histoire. Il imagine des civilisations bouleversées par des catastrophes naturelles.
Aristote va plus loin encore. Il cherche à expliquer les phénomènes atmosphériques, s’intéresse à l’influence des saisons et des milieux sur les animaux, réfléchit à l’emplacement idéal des cités et établit des relations entre le climat, les modes de vie et les régimes politiques. Il observe même, sur le temps long, que les transformations des territoires peuvent entraîner des déplacements de populations.
Alors, les philosophes grecs avaient-ils déjà une pensée du climat et de l’environnement ? Jusqu’à quel point considéraient-ils que le milieu dans lequel nous vivons agit sur nos corps, nos caractères, nos sociétés et notre histoire ? Et que peuvent encore nous dire ces textes anciens à l’heure du changement climatique ?
C’est ce que nous allons explorer aujourd’hui dans Tetrapharmakos avec Philippe Hoffmann.
Philippe Hoffmann est directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études et membre depuis 2021 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, au fauteuil de Jean Delumeau.
Ses travaux portent sur la philosophie antique dont principalement la philosophie néoplatonicienne, la philologie grecque et l’histoire des traditions philosophiques et religieuses.
Ses activités scientifiques s’inscrivent dans plusieurs réseaux consacrés aux études classiques, à la philologie et à l’histoire des religions. Il participe notamment aux travaux de l'Association Guillaume-Budé, de l’Association pour l'encouragement des études grecques en France et du comité international de Paléographie grecque. Il est également membre du conseil d’administration de l’Institut d’Études augustiniennes, codirecteur de la Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes et membre de l’Academia Platonica Septima Monasteriensis.
Parmi ses publications, je ne citerai que les plus récentes :
« L'invention de l'autobiographie d'Hésiode à Saint Augustin » qu'il a co-dirigé et qui a été réédité aux Éditions Rue d'Ulm en 2018
Il a également assuré la co-direction de « Genèses antiques et médiévales de la foi paru chez Institut d’Études augustiniennes en 2020.
Tout comme « Théories et pratiques de la prière à la fin de l’Antiquité édité par Brepols en 2020.
L’année suivante, pour ce même éditeur il a co-dirigé « Les mystères au IIe siècle de notre ère : un tournant »
Puis « Relire les Éléments de théologie de Proclus : réceptions, interprétations antiques et modernes » sous sa co-direction a été édité chez Hermann en 2021
Et encore « Vivre en philosophe : Exercices spirituels antiques et contemporains. » Des entretiens réalisés par Maël Goarzin avec également Xavier Pavie, le tout paru chez L’Harmattan en 2025
Enfin en 2026, les Belles Lettres ont publié le recueil « Études de philosophie grecque, de l'âge classique au néoplatonisme » qui rassemble dix-huit études majeures. Nous en avons sélectionné « Climat et environnement chez les philosophes grecs de l’époque classique » pour l’émission d’aujourd’hui.