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Or


Depuis la publication de La guerre des mondes en 1898, l’invasion des Martiens est devenue un scénario familier de la science-fiction. Derrière cette invention se joue quelque chose d'inédit : pour la première fois, l’humanité tout entière devient un personnage. Menacés par un ennemi commun, les hommes cessent un instant de se penser comme des individus, des peuples ou des nations ; ils apparaissent comme les membres d’une même espèce, embarqués dans la même histoire. Faut-il donc que l’humanité soit menacée de disparaître pour prendre conscience de son unité ?
Cette question conduit à un détour inattendu par la Bible. La Genèse ne racontait-elle pas déjà l’histoire d’une humanité réunie sous le regard de Dieu ? De la Bible à La guerre des mondes, deux récits de notre origine semblent alors se faire face. Pourquoi avons-nous remplacé le regard du Créateur par celui d’envahisseurs venus de l’espace ? Qu’avons-nous perdu, ou gagné, dans cette nouvelle mythologie ?
Si cet épisode vous a donné envie de poursuivre la réflexion, d’autres chemins vous attendent sur www.coursdephilosophie.fr
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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D’où nous viennent nos idées ?
Nous disons qu’une idée nous « vient », comme si nous n’en étions pas tout à fait les auteurs. Virginia Woolf en donne une image magnifique au début d’Un lieu à soi : assise au bord d’une rivière, la narratrice compare la pensée à un pêcheur qui attend patiemment qu’un poisson morde à l’hameçon.
Mais que se passe-t-il réellement lorsqu’une idée surgit ? Vient-elle du monde extérieur ? Était-elle déjà présente en nous sans que nous le sachions ? Et pourquoi certaines circonstances font-elles naître une pensée quand d’autres nous laissent parfaitement indifférents ?
En suivant pas à pas la métaphore de Virginia Woolf, cet épisode explore le mécanisme de l’inspiration : l’attente et le déclic, la rencontre entre une préoccupation intérieure et la réalité, puis le lent travail par lequel une intuition encore fragile grandit jusqu’à devenir une véritable pensée.
On comprend alors autrement la célèbre exigence d’Un lieu à soi. Si créer suppose de pouvoir laisser une idée mûrir, il faut aussi pouvoir se soustraire quelque temps aux sollicitations du monde. La chambre à soi n’est pas seulement une condition sociale de la création : elle devient la condition matérielle de cette disponibilité intérieure sans laquelle une idée ne peut pleinement se développer.
Un épisode sur Virginia Woolf, donc, mais aussi sur une expérience que nous connaissons tous : ce moment étrange où, soudain, une idée nous vient.
Damien Clerget-Gurnaud est professeur agrégé, enseignant en CPGE, auteur de deux ouvrages publiés aux éditions Eyrolles et créateur de coursdephilosophie.fr, site consacré à la préparation au français-philosophie et à la culture générale en classes préparatoires.
Lecture des Textes : CÉLINE MARTINEAU
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Le génie fascine. Depuis deux siècles, nous avons appris à considérer le véritable artiste comme un créateur hors du commun, un être inspiré capable de produire ce que personne d'autre ne pourrait imaginer. Mais cette vision est-elle si évidente qu'elle en a l'air ?
Dans cet épisode, je remonte aux origines de ce mythe romantique en convoquant Kant, Zola, Virginia Woolf et quelques autres, afin de comprendre pourquoi notre époque associe si spontanément l'art au génie créateur. J'examine également ce que l'essor spectaculaire de l'intelligence artificielle révèle de cette conception : et si nous avions largement surestimé le rôle du « génie » dans la création artistique ?
Car derrière les figures exceptionnelles qui marquent l'histoire se tient une réalité plus discrète : celle des millions d'hommes et de femmes dont la compétence, la patience et le travail rendent possibles toutes les grandes œuvres.
Une réflexion sur l'art, le travail, l'excellence... et sur la valeur, souvent oubliée, de l'ordinaire.
Pour approfondir le thème "Arcanes de la création" : retrouvez mes cours, analyses d'oeuvres et ressources pour les CPGE scientifiques sur www.coursdephilosophie.fr
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Pourquoi parle-t-on des arcanes de la création ? Que désigne exactement ce mystère qui semble accompagner toute œuvre véritablement nouvelle ?
On évoque volontiers les arcanes de la politique pour désigner ce qui se trame dans l'ombre, à l'abri des regards. Mais le mystère de la création est d'une tout autre nature. Il ne procède pas d'un secret jalousement gardé : il réside dans le fait que personne, pas même le créateur, ne possède la recette de la nouveauté.
Créer, est-ce appliquer une méthode ? Suivre une technique ? Exécuter un algorithme ? Ou bien la création commence-t-elle précisément là où toute méthode trouve ses limites ?
À travers Platon, Aristote et Bergson, cet épisode explore la différence fondamentale entre fabriquer et créer, entre reproduire ce qui existe déjà et faire advenir ce qui n'avait encore jamais été pensé. Une réflexion sur ce qui fait de la création l'une des expériences les plus fascinantes de l'esprit humain : celle où le chemin ne peut être entièrement tracé d'avance, parce que la destination elle-même reste inconnue.
Un voyage au cœur de ce mystère que nous appelons, depuis des siècles, les arcanes de la création.
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Céline GUILLEMET-BRUNO est agrégée de Lettres modernes. Elle enseigne en classes préparatoires littéraires et scientifiques au Lycée Pothier (Orleans).
Dans cet épisode, on plonge au cœur de l’œuvre de Jules Verne pour en déplacer radicalement la lecture.
Oui, il y a la science, le progrès, le rêve prométhéen du Nautilus.
Mais ce que révèle vraiment cette traversée des profondeurs, c’est tout autre chose : un monde où les frontières se brouillent, où la mer devient ciel, où les poissons volent et où les hommes marchent au fond comme dans un rêve.
À partir des analyses de Gérard Genette et de la notion d’« univers réversible », cet épisode propose une hypothèse forte :
👉 et si Verne était, à sa manière, un héritier du baroque ?
Un épisode pour redécouvrir VML comme une rêverie des éléments, où la science n’est peut-être qu’un prétexte…
et où le réel lui-même devient incertain.
Alors, simple exploration scientifique… ou plongée dans un monde renversé, où l’endroit et l’envers se confondent ?
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🎅 Et si le Père Noël prouvait l'existence de Dieu ?
Tout enfant finit par découvrir la cruelle vérité : le Père Noël n’existe pas. Mais si cette désillusion cachait un raisonnement bien plus profond ? En remontant aux réflexions d’Anselme de Cantorbéry, cet épisode de Une année en prépa explore l’étrange lien entre la croyance enfantine et l’argument ontologique de l’existence de Dieu.
Et si dire que Dieu n’existe pas revenait à dire… que ce n’est pas encore vraiment Dieu ?
🔍 Pourquoi croyons-nous naturellement au Père Noël ?
🔍 En quoi l’argument d’Anselme nous pousse-t-il à reconsidérer l’idée de Dieu ?
🔍 La croyance enfantine est-elle naïve… ou porteuse d’une vérité plus grande ?
Damien CLERGET-GURNAUD est professeur agrégé. Il enseigne la culture générale aux ECG du lycée Pothier d'Orleans. Il est l'auteur de deux ouvrages parus aux éditions Eyrolles : Agir avec Aristote, Vivre passionnément avec Kierkegaard.
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Nous croyons spontanément que le langage est un simple outil : une sorte d’instrument transparent que nous utilisons pour désigner les choses. À force de parler, les mots deviennent pour nous aussi invisibles que les touches sous les doigts d’un pianiste aguerri. Nous pensons avec eux, mais nous ne pensons plus à eux.
C’est précisément cette illusion que Roland Barthes pulvérise dans sa Leçon inaugurale au Collège de France. Car la langue n’est jamais un simple réservoir de mots disponibles. Elle n’est pas seulement un outil de désignation : elle est surtout un appareil social, un système de contraintes, un ensemble de normes tacites qui orientent nos discours avant même que nous en ayons conscience.
La langue fixe d’avance ce qu’il est permis de dire, ce qu’il est inutile de dire et ce qu’il devient impossible de penser. Elle sélectionne, simplifie, oriente, impose — et c’est en ce sens, dit Barthes, qu’elle est « fasciste » : non parce qu’elle empêcherait de parler, mais parce qu’elle oblige à parler dans certaines formes, toujours déjà chargées d’attentes, de stéréotypes, d’idéologies.
Cette puissance d’imprégnation, Victor Klemperer l’avait déjà mise au jour en étudiant la langue du IIIᵉ Reich : les idéologies ne s’imposent pas par les grands discours, mais par de minuscules mutations dans la langue commune. On avale les mots comme de petites doses d’arsenic — sans s’en rendre compte — et ce sont eux qui finissent par produire leur effet.
Barthes généralise ce diagnostic : toute langue est travaillée par le pouvoir, quelle que soit l’idéologie qui l’utilise. On échappe rarement à cette emprise, sauf peut-être par l’écriture, qui rend les mots visibles, manipulables, transformables ; qui permet de les faire dérailler, de les subvertir, de rouvrir des possibilités de sens.
Cet épisode explore cette idée essentielle : si nos dissertations, nos raisonnements, nos débats échouent si souvent, c’est parce que nous faisons une confiance aveugle aux mots que nous employons. Nous croyons nous servir du langage, alors que, bien souvent, c’est lui qui se sert de nous.
Comprendre Barthes, ici, ce n’est pas faire un exercice d’histoire littéraire. C’est apprendre à penser.
Damien CLERGET-GURNAUD est professeur agrégé. Il enseigne la culture générale aux ECG du lycée Pothier d'Orleans. Il est l'auteur de deux ouvrages parus aux éditions eyrolles : Agir avec Aristote, Vivre passionnément avec Kierkegaard. Il est également le créateur du site www.coursdephilosophie.fr
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Et si la modernité s’était trompée de comparaison ?
Tout part d’un geste cartésien devenu fondateur : assimiler le corps vivant à une machine de terre. D’un seul coup, la vie cesse d’être animée par une force mystérieuse ; elle devient un ensemble de mécanismes mesurables, soumis aux mêmes lois que la matière inerte. La biologie prend alors pour modèle la physique — et non l’inverse.
Mais cette mutation bouleverse bien plus que la science : elle transforme notre expérience de la Nature. En traitant le vivant comme un mécanisme dépourvu de finalité, nous ouvrons la voie à un rapport instrumental au monde — un rapport dont les conséquences écologiques se font aujourd’hui violemment sentir.
Dans son texte majeur « Machine et organisme », Georges Canguilhem revisite cette révolution cartésienne et en révèle l’erreur d’aiguillage :
👉 ce n’est pas l’animal qui ressemble à une machine,
c’est la machine qui imite le vivant.
Une machine n’a de sens que par la finalité que lui donne un être vivant. Elle est un organe artificiel, produit de l’ingéniosité humaine. Renverser l’analogie, c’est comprendre que la vie n’est pas rigidité mécanique, mais plasticité, invention, expérimentation, au point de tolérer des monstruosités.
Réentendre Canguilhem aujourd’hui, c’est rouvrir le dossier de la modernité pour penser autrement notre rapport à la Nature — et peut-être y trouver une piste pour sortir de la crise écologique qui nous accable.
Damien CLERGET-GURNAUD est professeur agrégé. Il enseigne la culture générale aux ECG du lycée Pothier d'Orleans. Il est l'auteur de deux ouvrages parus aux éditions eyrolles : Agir avec Aristote, Vivre passionnément avec Kierkegaard. Il est également le créateur du site www.coursdephilosophie.fr
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Dans cet épisode, on plonge au cœur d’un texte qui a profondément marqué la sociologie de l’éducation : Les héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Publié en 1964, ce livre a bousculé le mythe de la méritocratie républicaine en montrant, chiffres à l’appui, que l’école ne corrige pas les inégalités sociales : elle les reproduit.
Bourdieu et Passeron soutiennent une thèse radicale : en traitant tous les élèves « de la même manière », l’école transforme un privilège d’origine en mérite scolaire, et devient l’instrument d’un système de reproduction sociale qui favorise mécaniquement les enfants déjà acculturés aux exigences scolaires. La culture scolaire, loin d’être neutre, correspond aux codes que seuls certains maîtrisent naturellement.
L’épisode revient sur la logique de ce déterminisme social, sur la manière dont l’institution fabrique l’illusion de l’égalité des chances, et sur ce que les auteurs appellent l’idéologie du don, cette croyance confortable qui attribue les réussites au talent individuel plutôt qu’à la maîtrise préalable de certains codes linguistiques et culturels.
Enfin, on interroge ce que signifie être un transfuge de classe : comprendre l’importance des codes, les acquérir à force de discipline, et mesurer ce que cela implique pour toute pédagogie sérieuse.
Un épisode pour comprendre pourquoi Les héritiers continue d’être un texte dérangeant — et pourquoi sa lecture reste décisive pour quiconque veut penser l’école, la culture, et la méritocratie.
Damien CLERGET-GURNAUD est professeur agrégé. Il enseigne la culture générale aux ECG du lycée Pothier d'Orleans. Il est l'auteur de deux ouvrages parus aux éditions eyrolles : Agir avec Aristote, Vivre passionnément avec Kierkegaard. Il est également le créateur du site www.coursdephilosophie.fr
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Le monde que nous habitons aujourd’hui – saturé de technologie, d’images, de données et d’appareils – n’existerait tout simplement pas sans l’immense basculement intellectuel qu’a constitué la Révolution scientifique du XVIIᵉ siècle.
À l’échelle de l’histoire humaine, ce moment est d’une fulgurance inouïe : en l’espace de quelques générations, la question du pourquoi a laissé place à celle du comment, et la quête de sens a cédé le pas à la recherche des lois.
Aristote demandait encore ce que signifiait la chute d’un corps ; Galilée, lui, mesurait la vitesse de sa chute. Entre les deux, un monde s’est effondré : celui des causes finales, des essences et de l’ordre cosmique.
Ce déplacement, Auguste Comte l’appellera « l’âge positif » ; Wittgenstein en soulignera la modestie : la science, disait-il, ne répond pas à toutes nos questions ; et Max Weber y verra le prix de notre modernité – celui d’un savoir immense, mais désormais privé de sens.
Cet épisode retrace ce moment où la raison humaine a changé d’orbite.
Qu’est-ce qui s’est vraiment passé au XVIIᵉ siècle ? Pourquoi cette révolution si tardive ? Et surtout, que nous dit-elle de la relation, toujours fragile, entre science, sagesse et puissance ?
Damien CLERGET-GURNAUD est professeur agrégé. Il enseigne la culture générale aux ECG du lycée Pothier d'Orleans. Il est l'auteur de deux ouvrages parus aux éditions eyrolles : Agir avec Aristote, Vivre passionnément avec Kierkegaard. Il est également le créateur du site www.coursdephilosophie.fr
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