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Or


J'arrête tout, je quitte tout, je m'enfuis, je pars méditer loin d'ici, toute la journée pour retrouver la vue... Et j'ai failli revoir...
Mes premières années à l'université auraient déjà été un immense défi en temps normal, mais avec ce nouvel handicap, cela ressemblait à une épreuve insurmontable.
J'ai choisi de fuir : j’ai fait semblant de voir, en niant totalement ma malvoyance. J’ai développé mille stratagèmes pour éviter les regards, pour me cacher des autres… et de moi-même. Mais cette stratégie de dissimulation s'est finalement retournée contre moi.
Cependant il y avait des personnes avec lesquelles j'étais suffisammenten confiance pour être moi-même. C'est alors que mon être tout entier pouvaits'exprimer, où j'arrêtais de me cacher... Ces personnes nous donnent lesentiment d'être entiers, d'être acceptés dans notre vulnérabilité. C'est alorsque l'on brille davantage car la sagesse que nous apporte une épreuve peutenfin rayonner. Ces personnes sont en réalité des miroirs de notre âme.L'accueil profond d'une personne lui laisse parfois l'espace pour sereconnecter à son authenticité. Merci à celles et ceux qui m’ont permis d'être « moi »alors que j'en étais incapable...
Après cette fameuse nuit où je suis devenu malvoyant, lesmédecins annoncent qu’ils ne peuvent plus rien faire pour moi. Ils me disent alorsde faire mes affaires et de rentrer à la maison. Chez moi, tout étaitexactement comme avant. Sauf que maintenant, je ne voyais presque plus rien,ayant perdu plus de 95 % de ma vision. L’hôpital m'avait renvoyé sans aucunsoutien, livré à moi-même dans un épais brouillard. Honte, colère et peur duregard des autres s'entremêlaient en moi. Je me sentais inutile, anéanti,totalement perdu.
De retour à l'hôpital, les tests révèlent que je ne perçoisplus correctement les couleurs. Je ne crois plus au diagnostic des médecins. Jeressens une peur intense : personne ne semble comprendre ce qu'il m'arrive.Puis, en quelques heures seulement, je plonge dans l’obscurité et perdsdéfinitivement la vision telle que je l’avais connue.
Après avoir perdu la vue à mon premier œil, c'est désormaismon œil droit qui commence à me lâcher. J'ai tout juste 18 ans ; c'est impossible à accepter…
Pourtant, les médecins m'avaient assuré que ça nepouvait pas arriver à mon autre œil. Contre toutes les prédictions, l’impensable se produit.
Mais qu'est-ce qui ronge ainsi ma vue ? Pris dans letourbillon des angoisses, des incertitudes médicales et de ma vie d'adolescent,je me sens terriblement seul face à cette réalité.
C’est le jour où tout bascule, celui que je n'oublieraijamais. Durant un simple cours à l'école, une anomalie apparaît soudain : unminuscule trou dans ma vision. Était-ce simplement une poussière, ou le signeannonciateur de quelque chose de plus grave ?
Pris d’angoisse, je tente de me rassurer, mais mon intuition me murmure déjà que rien ne sera plus jamais pareil…
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