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Or


Rencontre avec Dominique Bruguière, créatrice lumière pour le théâtre, la danse et l'Opéra.
Conférence-performance de Tania de Montaigne et Stéphane Foenkinos : "L'Assignation"
On ne dit plus « race », on dit « origine », mais le principe est le même. « J’essaie de me souvenir du temps où je n’étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Ce temps où noire était un adjectif, pas un nom : une simple couleur. » Dans cette performance imaginée avec le metteur en scène Stéphane Foenkinos, la romancière et journaliste Tania de Montaigne revendique le fait de pouvoir dire « noir », « jaune », « juif » et – quoiqu’en pensent les identitaires de tout poil – le droit de s’interroger sur ce qui nous fait français : « être français, c’est être le protestant qui a été découpé à Paris comme celui qui l’a massacré, c’est être le juif qui est mort à Auschwitz comme celui qui l’a livré, c’est être le noir qui est mort dans les bateaux comme l’esclavagiste. » Envisager qu’une personne ne soit déterminée que par sa couleur, et pas du tout par l’endroit où elle vit, la langue qu’elle parle, l’histoire qui l’a construite, n’est qu’un tour de passe-passe idéologique. Comme si la nature, plutôt que la culture, nous définissait malgré nos expériences singulières.
Prix Goncourt 2017 pour son récit L’Ordre du jour, Éric Vuillard s’entretient avec Pierre Assouline de l’Académie Goncourt.
Son souffle formidable nous fouette à chaque livre, et nous restitue des peuples en éveil, que ce soit par la révolte ou dans la défaite. Avec Éric Vuillard, le récit du passé vient révéler nos servitudes volontaires, l’oubli que nous avons d’être un peuple à notre tour. Dans L’Ordre du jour, il décape la légende que nous nous faisons de l’Allemagne nazie : on y voit habituellement une armée rapide, moderne, dont le triomphe paraît inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Qu’aurait pu Hitler sans les lâchetés et les compromissions d’alors ? Ne nous font-elles pas penser aux lâchetés et compromissions d’aujourd’hui ? La rencontre sera suivie d’une séance de signatures à la librairie du Rond-Point / Actes Sud.
Éric Vuillard est écrivain et cinéaste. Il a notamment réalisé L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de plusieurs récits tous récompensés par de prestigieux prix littéraires dont le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet. Son dernier récit, L’Ordre du jour, a reçu le prix Goncourt 2017. Son œuvre est publiée par Actes Sud.
Pierre Assouline est journaliste, chroniqueur de radio, romancier et biographe, ancien responsable du magazine Lire, membre du comité de rédaction de la revue L’Histoire, et membre de l’Académie Goncourt depuis 2012.
Enregistré le 10 février 2018 dans la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point
Introduction Jean-Daniel Magnin
Durée : 01:42:33
Tobie Nathan écoute des migrants depuis quarante-cinq ans. Professeur de psychologie à Paris VIII, il a fondé en 1993 le Centre Georges Devereux, centre universitaire d'aide psychologique aux familles migrantes. Il a publié une quarantaine d’ouvrages, dont Ethno-roman (Grasset, prix Femina essai 2012) et Ce pays qui te ressemble (Grasset, finaliste du prix Goncourt 2015). Avec Les Âmes errantes (L’Iconoclaste 2017), il affirme ce rare talent d’être un essayiste doublé d’une plume d’écrivain.
Et si la laïcité, de moins en moins accueillante, ne parvenait plus à endiguer ce que Tobie Nathan appelle « la guerre des dieux » ? « Et je parle de tous les dieux, tant des divinités païennes que des dieux monothéistes, chacun singulier dans ses exigences, du Dieu des catholiques, des protestants, des musulmans ou des juifs ». Comment penser enfin un monde que les dieux, de fait aussi multiples que les peuples, accepteront un jour de partager en paix ? Peut-on, tel un guérisseur, apaiser ces forces dont les religions n'ont pas réussi à maîtriser la violence ? La République, à travers la loi de 1905, promettait de le faire. Nous en constatons l'échec : « ce sont ces mêmes dieux qui réapparaissent aujourd'hui, rendus d'autant plus cruels qu'ils se trouvent, du fait de la mondialisation, du déplacement accéléré des populations, en concurrence directe les uns avec les autres. » Pour Tobie Nathan, il est grand temps d'ouvrir, au sein de la laïcité française, un large « parlement des dieux ».
Enregistré le 10 février 2018 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point
Durée : 02:04:31
À Tunis en janvier 2011, un homme ou une femme avait écrit comme on écrit à sa belle, « démocratie mon amour ». Sur un mur avec un grand cœur enfantin entre « mon » et « amour ». Enfance du désir de démocratie. Une érotique de la politique qui fait que, par amour, chacun voudrait retenir sa propre violence, dans la peur de faire un malheur. Tous ces déçus de la démocratie ont-ils vraiment aimé comme on aime d’amour, en tremblant, celle qu’ils veulent punir en l’abandonnant qui aux fondamentalismes, qui au nationalisme identitaire et qui au néolibéralisme ? Ces monstres la broient et se nourrissent l’un l’autre. Comment desserrer l’étau et retrouver ce désir ardent de démocratie ? Comment réinventer une forme de vie démocratique ? Le regard historique tend une toile, il fabrique un passé par lequel le présent se présente. La démocratie prise en étau, c’est aussi le titre du numéro de février que prépare, avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme. Une dizaine de ses membres viendra se glisser parmi le public de cette soirée. Avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme fera du vacarme depuis la salle.
Sophie Wahnich est directrice de recherche au CNRS (IIAC/PSL), elle travaille entre histoire, anthropologie et études politiques sur la Révolution française. Elle interroge notre présent en écoutant les conseils, avis et perplexités vécues de nos ancêtres révolutionnaires. Pour faire passage, elle fait confiance aux émotions, celles qui se déploient quand l'injustice, la trahison, l'oppression fabrique la résistance des acteurs qui tentent de frayer un chemin révolutionnaire. Elle est membre de la revue Vacarme, écrit une tribune historique mensuelle dans Libération. Elle a notamment publié La Révolution française n’est pas un mythe, Paris Klincksieck, critique de la politique, 2017, Le radeau démocratique, chroniques de temps incertains, Paris, Lignes, 2017 ; La longue patience du peuple, 1792 naissance de la République, Paris, Payot 2008.
Enregistré le 9 février 2018 dans la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point
Durée : 02:05:02
Aude Lancelin est journaliste. Spécialiste de la vie des idées, elle a été directrice adjointe des rédactions de L’Obs et de Marianne. Elle est notamment l’auteur de Le Monde libre (éditions LLL, prix Renaudot essai 2016) et de L'Éloge de la politique, avec Alain Badiou (Café Voltaire, Flammarion 2017).
Croit-on encore à la liberté des grands médias dans notre pays depuis qu'ils sont entre les mains des fortunes du CAC 40 ? Les rédactions fondent comme peau de chagrin ; les journalistes se réfugient dans le fact checking pour éviter d'affirmer des positions trop tranchées ; une grande homogénéité idéologique s'installe ; la méfiance du public augmente ; la France plonge à la 39e place dans le classement de Reporter sans Frontières. Du jamais vu depuis la Libération. Avec Le Monde libre, prix Renaudot de l'essai 2016, Aude Lancelin avait ouvert les fenêtres sur la servitude des médias, après avoir été brutalement licenciée de son poste de numéro 2 de L'Obs. Aujourd'hui elle se bat pour qu'on interdise aux actionnaires des télécoms de posséder journaux, radios et télévisions. Et qu'on repense une presse où chacun pourrait exercer son travail honnêtement, sans mettre sa tête en danger.
Enregistré le 8 février 2018 salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point
durée 01:59:04
En ce début d’année 2018, Paul Auster revient en force avec un nouveau roman impressionnant, de plus de mille pages, intitulé 4 3 2 1, dans lequel il imagine quatre vies à partir d’un même personnage né en 1947 à Newark, comme quatre livres en un, et organise ainsi un véritable tourbillon narratif. Ce roman, très remarqué aux États-Unis, a été finaliste du prestigieux Man Booker Prize. De passage à Paris, Paul Auster s’entretiendra à cette occasion avec François Busnel autour de son œuvre et des questions qui agitent l’Amérique contemporaine. Les deux hommes se sont déjà rencontrés à de multiples reprises. Fin connaisseur de son œuvre, François Busnel a régulièrement interviewé Paul Auster pour la presse écrite, la radio et la télévision, à Paris et à New York. Et un long et récent entretien est au sommaire du n°4 de la revue America (janvier 2018).
Enregistré le 13 janvier 2018 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point
Durée : 01:14:21
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