Le 26 novembre 2016, ADIAMOS 89 (l’Association pour la diffusion, l’information, l’archivage des mouvements sociaux) organisait un colloque sur le Front populaire dans l’Yonne. Les Actes de ce colloque sont désormais disponibles en librairie ou sur le site internet de Adiamos 89.
A l’occasion du 90e anniversaire du Front populaire, nous vous proposons, en nouvelle diffusion, une émission enregistrée en 2018.
Pour écouter l’émission :
http://www.yannickpetit.fr/press/audio/20260613.mp3
Trois membres de ADIAMOS 89 reviennent sur cette année 1936 dans l’Yonne, et sur la manière dont ces événements ont été vécus dans ce département.
Invités : Sophie BARRÉ, Denis MARTIN et Frédéric GAND, historiens et membres de ADIAMOS 89 (Association pour la Documentation, l’Information et l’Archivage des MOuvements Sociaux).
Autant que par les événements politiques nationaux (agitation des ligues d’extrême droite en 1933 et 1934, qui fait craindre que la France soit à son tour menacée par le péril fasciste) et internationaux (progression du fascisme en Europe, remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936), l’unité de la gauche est à nouveau rendue possible par le changement brusque de stratégie du PCF, qui abandonne, sur ordre du Komintern, la stérile stratégie « classe contre classe » pour une politique de rapprochement avec les autres forces de la gauche, jusque-là accusée de trahir les intérêts du peuple.
Les émeutes parisiennes du 6 février 1934, organisées par les ligues d’extrême droite, ont convaincu les antifascistes qu’il existait désormais un réel danger de coup d’état fasciste dans notre pays : la grève générale du 12 février suivant mobilise un grand nombre de manifestants dans l’Yonne, comme dans toute la France. Dans les foules imposantes qui défilent à Auxerre, Sens, Migennes, Saint-Florentin, Tonnerre etc., se retrouvent au coude à coude communistes, socialistes, syndiqués de la CGT et de la CGTU, membres de la Ligue des Droits de l’homme, membres des comités de lutte contre la guerre et le fascisme. L’unité se réalise spontanément à la base, avant même d’être concrétise par les instances dirigeantes. Un comité national de Rassemblement populaire s’efforce de regrouper tous les partis et organisations de gauche, et le 27 juillet 1934, le PCF et la SFIO signent un pacte d’unité d’action. En octobre, Maurice Thorez, leader du PCF, emploie, pour la première fois, l’expression de Front populaire et lance un appel aux radicaux, jusqu’alors restés à l’écart, pour qu’ils rejoignent les autres formations de gauche.
Un Comité départemental de Front populaire se constitue dans l’Yonne, dont le secrétaire général est Jules Pourin, un socialiste auxerrois.
Pourtant lors du premier tour des élections législatives, en avril 1936, il n’y a pas de candidats uniques de la gauche. Les deux représentants de la droite modérée, Flandin et Perreau-Pradier, sont réélus dès le premier tour dans leurs fiefs respectifs (Flandin dans la deuxième circonscription Auxerre-Avallon avec un score confortable de 62% des suffrages, Perreau-Pradier plus difficilement avec 50,2 % des suffrages dans la deuxième circonscription Joigny-Tonnerre). Mais dans la première circonscription Auxerre-Avallon, le député sortant, maire d’Auxerre, Jean-Michel Renaitour, socialiste indépendant, bien que désavoué et combattu par les partis socialiste et communiste, l’emporte lui aussi au premier tour, profitant de la dynamique du Front populaire dont il a déclaré soutenir le programme. Au second tour, le 3 mai, à l’appel des différentes formations composant le Front populaire, les électeurs de gauche appliquant la discipline républicaine élisent deux socialistes, Maxence Roldes dans la première circonscription Joigny-Tonnerre et Paul Campargue dans la circonscription de Sens. La tactique unitaire a donc redonné la majorité à la gauche dans l’Yonne, mais a profité essentiellement aux socialistes aux dépens des radicaux, tandis que le PCF est sorti de son isolement et a gagné des électeurs (il est monté à 9% des voix au premier tour dans le département) et des militants (environ un millier).
Après les grèves de juin 36, qui touchent la plupart des établissements industriels de l’Yonne, la gauche icaunaise célèbre sa victoire par un grand meeting du Front populaire rassemblant plus de 10 000 personnes à Auxerre, le 12 juillet 1936.