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La pianiste coréenne jette un beau pinceau de lumière sur des œuvres pour la main gauche.
Deux ans après une intégrale remarquée des Sonates de Mozart, la pianiste coréenne Yeol Eum Son s’immerge, aux côtés des musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye et de leur directrice musicale Anja Bihlmaier, dans les deux Concertos de Ravel, d’une égale noirceur ici. Une vision intime et personnelle que complètent quatre pièces de Jean-Sébastien Bach jouées dans des arrangements très rares de Paul Wittgenstein, le célèbre commanditaire du Concerto pour la main gauche de Ravel.
Quelques mois après qu’il a terminé son célèbre Boléro, Maurice Ravel se fixe un nouveau défi : réunir ensemble les deux instruments qui sont au cœur de ses principales pensées depuis toujours, le piano et l’orchestre. Deux commanditaires l’auront finalement aidé : Serge Koussevitzsky, le patron de l’Orchestre Symphonique de Boston et ardent défenseur de la musique de son temps, pour lequel Ravel concevra le Concerto en sol majeur, et Paul Wittgenstein, pianiste né à Vienne en 1887 qui, depuis la perte de sa main droite sur le front lors d’une offensive de la Russie sur la Pologne, s’est employé à développer le répertoire dédié à la seule main gauche.
De l’imagination du compositeur français ressortiront deux œuvres, aussi étrangères l’une à l’autre que complémentaires. Lumineux, d’apparence aérien au vu de son effectif quasi chambriste, d’inspiration résolument classique avec ses trois mouvements bien définis, le Concerto en sol majeur se souvient de l’épure mozartienne, quand le Concerto en ré majeur en un seul mouvement paraît sombre, rude, implacable, tel un écho à l’effondrement final de La Valse, conçue dix ans auparavant.
Le soliste – avec sa seule main gauche – doit y affronter l’Everest, un orchestre pratiquement trois fois plus imposant que dans l’autre concerto, et des défis techniques presque inhumains. Une fois encore, le souvenir traumatique de la Grande Guerre imposait l’inouï à Ravel ; il imagina en définitive l’inconnu. L’hymne à la vie qu’impose l’écoute du Concerto en sol majeur, œuvre commencée avant et terminée après l’autre, est peut-être une illusion ; la douleur y est en réalité transfigurée, dans l’évocation d’un souvenir au long du sublime Adagio assai, ou par l’ivresse de l’espoir dans le pétillant Presto final.
Yeol Eum Son saisit avec maestria le caractère ambivalent des deux Concertos, les fondant quasiment en un. Sous ses doigts, une égale obscurité, discrète, se dévoile autant dans l’un que dans l’autre. Dirigé par leur directrice musicale Anja Bihlmaier, les musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye offrent à la pianiste (née en 1986) des phrasés lyriques et des teintes d’une beauté lunaire.
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Pour la Coréenne, les Concertos de Ravel évoquent les horreurs de la Grande Guerre autant qu’un moment de l’histoire de son pays, les guerres qui ont ébranlé le continent européen au début du XXe siècle faisant écho aux premiers mouvements d’indépendance de sa nation. En forme de postlude, les quatre pièces de Johann Sebastian Bach présentées ici dans des arrangements pour la seule main gauche de Paul Wittgenstein forment alors davantage qu’une échappée. Elles constituent, après les champs de ruines, le vrai moment de réparation.
Jérémie Bigorie
Ravel (Concertos), Bach/Wittgenstein – Yeol Eum Son (piano), Orchestre de la Résidence de La Haye, dir. Anja Bihlmaier (1 CD Naïve)
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.
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Cet article Yeol Eum Son panache Bach et Ravel est apparu en premier sur Radio Classique.
By La pianiste coréenne jette un beau pinceau de lumière sur des œuvres pour la main gauche.
Deux ans après une intégrale remarquée des Sonates de Mozart, la pianiste coréenne Yeol Eum Son s’immerge, aux côtés des musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye et de leur directrice musicale Anja Bihlmaier, dans les deux Concertos de Ravel, d’une égale noirceur ici. Une vision intime et personnelle que complètent quatre pièces de Jean-Sébastien Bach jouées dans des arrangements très rares de Paul Wittgenstein, le célèbre commanditaire du Concerto pour la main gauche de Ravel.
Quelques mois après qu’il a terminé son célèbre Boléro, Maurice Ravel se fixe un nouveau défi : réunir ensemble les deux instruments qui sont au cœur de ses principales pensées depuis toujours, le piano et l’orchestre. Deux commanditaires l’auront finalement aidé : Serge Koussevitzsky, le patron de l’Orchestre Symphonique de Boston et ardent défenseur de la musique de son temps, pour lequel Ravel concevra le Concerto en sol majeur, et Paul Wittgenstein, pianiste né à Vienne en 1887 qui, depuis la perte de sa main droite sur le front lors d’une offensive de la Russie sur la Pologne, s’est employé à développer le répertoire dédié à la seule main gauche.
De l’imagination du compositeur français ressortiront deux œuvres, aussi étrangères l’une à l’autre que complémentaires. Lumineux, d’apparence aérien au vu de son effectif quasi chambriste, d’inspiration résolument classique avec ses trois mouvements bien définis, le Concerto en sol majeur se souvient de l’épure mozartienne, quand le Concerto en ré majeur en un seul mouvement paraît sombre, rude, implacable, tel un écho à l’effondrement final de La Valse, conçue dix ans auparavant.
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Yeol Eum Son saisit avec maestria le caractère ambivalent des deux Concertos, les fondant quasiment en un. Sous ses doigts, une égale obscurité, discrète, se dévoile autant dans l’un que dans l’autre. Dirigé par leur directrice musicale Anja Bihlmaier, les musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye offrent à la pianiste (née en 1986) des phrasés lyriques et des teintes d’une beauté lunaire.
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