À leur sortie de prison, où ils ont passé parfois plus de 20 ans pour crimes de génocide, les tueurs ont, le plus souvent, regagné la colline où, 25 ans plus tôt, ils ont massacré, torturé, violé des Tutsis. Ces Tutsis étaient leurs proches voisins, voire des membres de leur propre famille. Aujourd'hui, dans certains villages, ces bourreaux et les rares rescapés, leurs victimes directes, vivent à nouveau sur la même colline, travaillent ensemble dans les champs, la mort, la solitude et la précarité en partage. Les traces du génocide sont invisibles à l'œil nu, mais indélébiles dans les mémoires et les cœurs. Depuis 2000, l'Association Modeste et Innocent (AMI), à Butare dans la province du Sud, réunit tueurs et rescapés dans une démarche de réconciliation et de pardon. Une approche mêlant spiritualité et pragmatisme, thérapie personnelle et travail collectif, paroles dites et écrites, possibles et impossible, pour tenter de "vivre ensemble" selon les grandes lignes de la politique officielle du pays. Douceur ou violence?
En complément : les images du photoreporter sud-africain Pieter Hugo auteur de portraits de victimes / bourreaux en 2014 : nytimes.com/interactive/2014/04/06/magazine/06-pieter-hugo-rwanda-portraits.html
Légende photo: 25 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, victimes rescapées et leurs bourreaux sortis de prison vivent à nouveau côte â côte sur les collines près de Butare, Rwanda.