Marine Le Pen veut redonner à la France une souveraineté monétaire et instaurer une double monnaie : l'euro et le franc. Un projet qui n'est pas sans conséquence.
Si Marine Le Pen remporte la victoire, elle promet une France avec deux monnaies, une commune et une nationale. « Dans un an, le Français pourra payer sa baguette en franc », affirme Florian Philippot, vice-président du Front national. Marine Le Pen veut redonner à la France une souveraineté monétaire qu’elle estime être la réponse aux problèmes économiques que connait le pays.
Concrètement, l’euro et le franc cohabiteraient. D’un côté les grands groupes positionnés à l’international et qui ont besoin de l’euro pour commercer avec l’extérieur, de l’autre les Français qui eux feront leurs achats quotidiens en franc. Mais que vaudra ce franc ? Le laissera-t-on flotter ou bien sera-t-il arrimé à l’euro ? Comment vont réagir les marchés ? Leur défiance va très rapidement faire chuter le nouveau franc. Certains économistes évaluent sa dépréciation entre 15 % et 20 %.
Après le Brexit la livre a chuté de 15 %
Quelles conséquences pour les particuliers ? La dévaluation entraîne une hausse des prix à la consommation. Les produits importés coûtent plus cher. Face à cette hausse des prix, les ménages réduisent leurs dépenses, car leur pouvoir d’achat est affaibli. Résultat : la consommation se grippe.
Autre inquiétude : l’épargne. Dans un climat d’incertitude, les taux d’intérêt s’envolent et entraînent une chute de la valeur de l’épargne. Auquel cas, la tentation sera grande pour les épargnants de retirer leurs économies, ce qui évidemment provoquerait une belle panique, poussant l’exécutif à mettre en place un contrôle des capitaux. Près d’un Français sur deux détient une assurance vie et rien ne garantit qu’ils pourront en sortir, car depuis la loi Sapin 2, l’État à la possibilité, s’il le juge nécessaire, de bloquer l’épargne.
Les risques du protectionnisme
Pour les entreprises, Marine Le Pen vante le protectionnisme et veut privilégier la production française en taxant davantage les produits importés. Dans la mesure où les importations diminuent à cause de la hausse des prix, les consommateurs vont acheter des produits locaux, ce qui peut être favorable, un temps, aux entreprises qui exportent peu. En revanche, celles qui commercent à l’étranger risquent d’affronter la riposte des pays qui verront leurs produits taxés à l’exportation vers la France.
Une sortie de l’euro mettrait en danger les entreprises financées par la dette. Pour se développer, elles ont toutes eu recours à des emprunts dont le montant est évalué à 2 800 milliards d’euros. Avec une dévaluation de 15 % à 20 %, mécaniquement, leur dette augmentera d’autant. Plus de dette, ce sont des remboursements plus importants, donc moins de trésoreries et des licenciements.
Quid de la dette de l’État
Il y a aussi la dette de l’État. Sortir de l’euro va prendre plus que quelques mois et créer de l’incertitude. Tout ce que les marchés redoutent. Comment dans ces conditions rassurer les investisseurs qui prêtent de l’argent à l’État français ? La réaction immédiate sera une envolée des taux d’intérêts, ce qui alourdira le montant de la dette. En réponse à ce risque, Marine Le Pen avance le « Lex Monetae » qui doit garantir, pour la quasi-totalité de la dette publique, qu’une créance de 1000 euros vaudra une créance de 1 000 nouveaux francs. C’est sans compter sur la dépréciation du franc qui entraînera une perte pour les créanciers au moment du remboursement.
Sous couvert d’indépendance monétaire, Marine Le Pen entend reprendre la main sur la création de la monnaie et si besoin faire marcher la planche à billets. Un bon moyen pour financer des mesures coûteuses, mais également pour plonger le pays dans une forte inflation.