Le gouvernement indien a présenté ce mercredi 1er février le budget 2016-2017 devant le Parlement. Un budget à l'aveugle calculé sur un taux de croissance en baisse, hypothétique, qui n’inclut pas les effets de la démonétisation annoncée en novembre.
La présentation du budget aura duré 2 heures ce mercredi, mais le rideau avait été levé dès hier avec la mauvaise nouvelle du taux de croissance pour 2016-2017, revu à la baisse et estimé à 7,1% contre 7,6% l'an dernier. Le ralentissement devrait se poursuivre l'année prochaine, pour l'exercice 2017.2018.
Mauvaise nouvelle, tout est relatif ! Une croissance de plus de 7% rend évidemment rêveur et jaloux les pays qui, comme la France, en manque, mais pour l'Inde, l'un des pays les plus dynamiques au monde ce n'est pas rassurant. D’autant que cette estimation ne prend pas en compte l'événement phare de l'année fiscale qui s'achève : la démonétisation décrétée en novembre.
Le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi a annoncé, sans préavis, que les billets de 500 et 1000 roupies, les coupures les plus élevées, qui représentent l'essentiel -86% de la valeur de l'argent liquide en circulation- que ces 2 billets étaient démonétisés et qu'ils n'avaient plus de valeur, de la monnaie de singe, à moins de les échanger.
Une mesure décriée par les économistes et largement incomprise par la population.
Cette mesure dans un pays où tout se fait en liquide a évidemment suscité de la colère et de la panique. Elle a déclenché aussi une ruée sur les banques qui, d'ailleurs, n'avaient pas encore les billets de 2000 roupies censés remplacer les coupures devenus monnaie de singe. Le Fmi, le Fond monétaire international a intégré les effets de cette démonétisation dans ses prévisions, et a abaissé de 7,6 % à 6,6% ses prévisions.
Cette mesure radicale a du mal à passer, et pourrait être sanctionnée dans les urnes lors des prochaines élections régionales notamment dans l'immense Etat de l'Uttar Pradesh. Officiellement, cette démonétisation est destinée à lutter contre l'évasion fiscale et la corruption, mais elle doit surtout faire sortir de l'ombre une partie de l'énorme secteur informel de l'économie indienne, pour l'intégrer dans le secteur bancaire.
Aujourd'hui, 90% des transactions se font en liquide, cette économie parallèle équivaudrait à 20% du Produit intérieur brut, soit 400 milliards d’euros. Moins de 3% des Indiens déclarent leurs revenus.
Taxes divisées par 2 pour les bas revenus.
La disparition des 2 coupures les plus utilisées a provoqué un ralentissement logique mais brutal de la consommation. Ralentissement du à la pénurie d'argent liquide mais aussi aux difficultés en chaîne d'approvisionnement. Le ministre des Finances, Arun Jaitley a assuré ce matin que ces effets et les perturbations économiques que cette mesure a engendrées ne dureraient pas au-delà de cette année. Il a également annoncé que le taux d'imposition de la tranche la plus basse serait divisée par 2 passant de 10 à 5% des revenus compris entre 3500 et 6800 euros.
Un geste censé inciter les Indiens à déclarer davantage leurs revenus. « Combattre la pauvreté à travers la prudence fiscale » a expliqué le grand argentier. L'Inde a le plus grand mal à collecter les impôts. Selon les derniers chiffres disponibles, en 2013, 2% des Indiens ont déclaré leurs revenus, et 1 % ont payé des impôts.