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Or


Prendre le train et partir c’est toujours quoiqu’il advienne, arriver quelque part au bout du voyage, un quelque-part qui, parfois, souvent a les traits noir-poussière d’une grande ville. Arriver au bout du voyage, c’est mettre un pied puis deux sur un quai, un pied parmi les pieds. C’est se glisser dans une foule, dense, pressée, qui avance d’un pas lent faute de mieux, qui trépigne et cherche à se faufiler, à gagner des places pour finir sur un hypothétique podium avant d’allumer un clop où des clopinettes.
Arriver au bout du voyage, c’est lever la tête au ciel à la recherche d’indice, de directions à prendre ou juste pour humer le nouvel air qui nous est offert. Arriver, c’est se confronter aux autres, aux autres arrivants et aux autres tout court aux allures de gorille. Ceux qui sont là, arrivé.es avant nous ou là depuis toujours. Ceux qui comme nous sont à cet instant, utilisateurs de la Gare, de la Gare et de ses environs. Ces autres-là, parlent parfois tout seuls, et psalmodient des vers que personne ne comprend. Ces autres-là ont des baluchons en guise de vie, des baluchons dans lequel ils entassent des bouts de leur vie, une couverture forcément de survie, deux photos, un bracelet aux perles de bois usées, des baluchons boite à souvenir. Et puis il y a les baluchons boite à espoirs, de ceux qui migrent, de ces migrants qui attendent dans une toile de tente, dans une toile d’entente comme une nappe à carreau fraternelle, qui attendent un moov’, un nouveau départ, vers plus loin encore.
La Gare, c’est aussi des kilomètres de kebab salade tomate oignon sans avec ou sans sauce blanche et une pointe de harissa. Ces bouibouis de rien font face quand la grande ville est une mégalopole, une de ces mégalopoles qui d’la racontent, à de grandes brasseries où le bois des tables et chaises se marient au zinc du comptoir, ces brasseries aux serveurs en livrées impeccables, noires et blanches comme les images d’un film d’antan.
J’aime ces gares, lieu de rencontres improbables aux pickpockets virtuoses, j’aime ces gares où l’on arrive et dont on ne repartira parfois jamais. J’aime ces gares à la tombée de la nuit quand les fleurs de tilleul embaument le coucher de soleil. Les vacances approchent, ton sac, ta valise t’attendent. Le compte à rebours est lancé et moi je reviens demain.
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Je sais, on me l’a dit, chaque matin, juste avant l’énoncé de mon sujet, il vous arrive d’avoir des sueurs froides. Mais de quoi va-t-il bien nous parler aujourd’hui, vous demandez-vous. Mon rapport à l’actu, ma lorgnette, si j’ose l’appeler ainsi, est, il est vrai assez imprévisible. Parfois comme tout éditorialiste, croulant sous une pile de journaux sans cesse renouvelés, je plonge sur les gros titres… Et parfois pas. Pour espérer abandonner les manchettes de la presse locale ou nationale, il faut oser prendre le temps de perdre son temps à plein temps, sans pour autant être encore à la retraite.
Oser s’enfuir dans un rayon de lumière, prendre la tangente dans l’entrebâillement d’une fenêtre ou juste regarder un tas de papiers faire corps sur un guéridon au loin et y trouver un sens, y deviner une structure sous-jacente, y lire même parfois un masterplan divin, sont quelques-unes de mes solutions. Ce sont mes remèdes à moi, mes remèdes face aux maladies, aux germes qui tapissent le monde du travail désormais. Pour ne pas s’abimer en plein burn-out comme un vieux chalut déclare des avaries dans sa coque en pleine mer, pour ne pas boire la tasse face à une surcharge de travail qui très vite bousille un à un, tous nos repères. Pour ne pas se laisser envahir par le bore-out, s’enfoncer dans l’ennui en français dans le texte, ou ne pas s’enliser dans le beaucoup plus récent mais déjà très tendance brown-out, le désengagement au travail ; la perte de temps en pleine conscience est une bouée à laquelle chacun de nous peut se raccrocher.
Perdre son temps à plein temps sur un temps donné est quoiqu’on en dise du temps de gagné. A l’heure du télétravail, le temps qu’on passe à faire la vaisselle, pour ceux et celles qui la font encore et ne délèguent pas à une machine cette tâche répétitive et souvent rébarbative, le temps de la vaisselle devrait être par exemple comptabilisé dans nos heures de travail, car combien de tensions ont été dénouées, combien de solutions à des problèmes inextricables trouvées lors de ces vaisselles. Et je ne cite que la vaisselle. Mais la liste est longue. Ces tâches s’appellent des manies, elles peuvent sembler stupides, régressives, abrutissantes, mais elles offrent le loisir de la roue libre au cerveau qui ne demande pas mieux et peu ainsi libérer tout ce qu’il ne livre pas à l’accoutumée. Sur ce j’vous laisse, j’ai la vaisselle du p’tit dej’ qui m’attend.
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Ces derniers mois ont été très difficiles pour moi. Tant psychologiquement que physiquement. Des mois presque insoutenables. J’étais irascible, énervé, tendu parfois même anxieux. Mes nuits étaient agitées et mes journées plus longues qu’un jour sans fin. La raison de ce chambardement : la fermeture des salles de sports. Rien ne m’interdisait d’enfiler mes baskets et de partir courir le long des rues de la cité phocéenne ou dans les calanques environnantes. Rien, mais le cœur n’y était pas. Depuis cette foutue Covid qui a tout perturbé dans ma vie, comme à l’échelle du monde entier, j’étais apathique. Mes rondeurs ont failli en profiter. Je ne sais comment, je suis arrivé à maitriser la progression de mon tour de taille, à limiter les avancées de ma bedaine. Un geste de survie probablement.
Et puis depuis hier, j’ai enfin pu revenir en salle, reprendre l’entrainement. J’étais fébrile, l’envie de tout défoncer en quelques minutes dans le respect des gestes barrières, à bonne distance, masqué comme il se doit. L’envie de tout faire et en même temps, la crainte du claquage ou du mauvais coup, une Benzemite comme on appelle ça, parait-il, la crainte du truc qui ruine ton retour et te cloue dans un fauteuil pendant quelques jours voire plus, si la malchance est au rendez-vous, si la scoum t’accompagne. Alors, j’ai été prudent d’autant que je n’ai pas le staff médical de l’équipe de France, juste un toubib, mon toubib qui fait du mieux qu’il peut avec son patient, moi en l’occurrence, impatient de retrouver son sport préféré, de reprendre l’entrainement, de faire de longue traversée en apnée, en apnée du sommeil. Oui, hier, je suis retourné en salle, m’installer sur un de ces confortables tapis de sol où certains font des assouplissements pendant que d’autres soulèvent de la fonte, pour faire ma sieste, tranquillement paisiblement sans qu’aucun de mes enfants ne viennent me déranger, loin de tout téléphone et autre perturbation extérieure. Ici, personne ne parle. Chacun est focus sur son truc et moi mon truc c’est la sieste. Que c’était bon. Avant de vous laisser et de vous retrouver même heure, même fréquence lundi, je citerai juste Rambo qui déclarait : « le sport abime le corps », et il n’avait pas tort. Une sentence qui naturellement est devenue ma devise.
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Il paraît que tout a commencé par une histoire de graines ; oui, de graines que le papa a mis ou pas d’ailleurs dans le ventre de la maman. Mais comme pour l’œuf et la poule, on n’a jamais vraiment su qui du papa et de la maman ou de la petite graine était au niveau 1 de l’histoire, puisqu’il est clair ce n’est ni une cigogne, ni un chou qui sont la cause de tout ça.
Certains nous ont même raconté qu’au début, au début de l’histoire, au commencement comme ils ont dit, au commencement était le verbe. Le verbe, avant même la graine ou le binôme papa maman, maman maman ou papa papa tant qu’il y a du désir et de l’amour moi j’adhère, le verbe donc, avant tout autre chose serait donc la cause principale, le préambule pour les littéraires, l’axiome pour les scientifiques de tout ce bordel ambiant, de la vie en fait. Tout serait donc une histoire de graines ; petites, toutes petites ou maousse costauds, de graines sexuées, qui de graines en graines égrènent la vie, une histoire d’ovules et de spermatozoïdes, de reproduction sexuée si on doit appeler un chat un chat et une souris verte une souris verte ; mais aussi de graines non sexuées pour ce qui est des végétaux.
Il est donc question de multiplication asexuée et de multinationales qui se sont appropriés le plus vieux mécanisme au monde, celui de la vie. Un décret de loi de 1981 interdisant la commercialisation de semences hors catalogue officiel, des semences libres et paysannes.
Je vous raconte tout ça ce matin, à 7:40 si vous aviez oublié ces mécanismes, car en cette année 2021 devait être mis fin au monopole de semenciers et grainetiers, des Bayer, Monsanto et autres Vilmorin.
En effet, une loi votée au Parlement en 2018 devait prendre application en 2021. Une belle victoire pour ces défenseurs de la biodiversité qui espéraient, attendaient cette date de pieds fermes. Sauf, que la victoire fut éphémère pour nos défenseurs de la liberté de planter. Ils ont rapidement déchanté, le Conseil Constitutionnel annulant dans la foulée 23 des 98 articles de la loi Egalim, soit un quart du texte de loi, au prétexte qu’ils étaient anticonstitutionnels. Ainsi le fameux article 78 sur les semences et d’autres comme le 86 sur l’intégration de la biodiversité et de la préservation des sols à l’enseignement agricole, ou l’article 43 sur l’étiquetage des miels composés de mélanges passèrent à la trappe. Donc aujourd’hui rien n’a changé. Malgré le désir exprimé lors des Etats Généraux de l’Alimentation. Le combat reste à mener si on ne veut pas que la diversité végétales, celles des tomates comme des citrouilles se réduise à peau de chagrin pour faire les choux gras et un max de blé celui sonnant et trébuchant de quelques industriels.
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Marseille, la ville de la tchatche, se raconte par ses auteurs qu’ils s’appellent Blaise Cendrars, Jack London, Jean-Claude Izzo ou Claude McKay. Ce dernier, jamaïcain de par sa naissance et américain pour ce qui est de ses papiers est une des figures du Harlem Renaissance, le mouvement culturel afro-américain de l’entre-deux guerres aux Etats-Unis.
Connu pour Banjo, un roman sans intrigue, qui s’attache à raconter la vie à la Fosse, ce quartier réservé comme on disait à l’époque à Marseille, Claude McKay revient dans toutes bonnes librairies avec Romance in Marseille, traduit de l’anglais et publié par Heliotropismes, une maison d’édition marseillaise, pratiquement 90 ans après son écriture. Je vous passe les détails cocasses de cette parution tardive, de ce jeu de piste, le journaliste, homme de lettres et de musique Armando Coxe qui est au centre de cette fabuleuse aventure, les raconte un à un dans la préface, préférant m’attarder à 7:40 et des poussières sur cette histoire inspirée d’un fait réel, celle d’un passager clandestin découvert lors de sa traversée vers les Etats-Unis, et maintenu durant le reste du voyage dans la salle de refroidissement des moteurs, séjour qui lui vaudra à son arrivée sur la terre promise d’être amputé des deux jambes. Je ne vous divulgâcherai pas les rebondissements, et il y en a, de la vie de cet homme, de ce “Pieds coupés” comme le surnomment ses collègues pour m’attarder sur ce qui fait à mes yeux la modernité de ce roman où chacun des personnages est libre d’être ce qu’il est, Personne n’y est enfermé, limité par une couleur de peau, des origines ou une classe sociale. Bien sûr, toutes ces considérations influent mais ne sont pas déterminantes. Aucune parano identitaire, aucun suprémacisme de quelques couleurs qu’il soit, ne vient entacher leur imaginaire d’hommes et de femmes. Héros libre d’un monde qui ne l’était pas et qui ne l’est toujours pas, les personnages de ce ”Romance in Marseille” traversent les époques sans prendre une ride. Si la Fosse n’existe plus, bombardée par les Allemands à la demande des autorités marseillaises qui concevaient ainsi leur projet d’urbanisme, ses héros, gens de peu, sont toujours l’âme de cette ville populaire entre mer et collines.
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Pour vous rien n’a changé, je suis là fidèle au poste comme tous les matins à 7:40 du mat. Tout le monde est tellement habitué à ma présence, qu’on ne prête même plus attention à moi, je me faufile sur les ondes, me fond dans le décor, tout le monde pense que je suis éditorialiste, mais en fait, je l’avoue, j’suis espion, un espion high tech, un espion 3.0 depuis que j’ai découvert sur des sites marchands tous les ustensiles de ma panoplie d’espion. Car pour être espion, il faut le stylo caméra full HD, le mini tracer GPS, la prise USB avec micro intégrée pour écoute à distance. Il faut voir sans être vu, entendre ce qu’on ne voudrait pas que j’entende. Il faut surveiller, pister et amasser des données parfois, souvent en dehors de toute légalité.
Alors j’espionne ma boulangère pour vérifier qu’elle rend toujours bien la monnaie, j’espionne mes enfants pour m’assurer qu’il change bien de chaussettes tous les jours et surtout je contrôle que personne ne m’espionne… car l’un ne fonctionne pas sans l’autre, comme une sorte de joker, d’increvable au jeu des 1000 bornes… c’est un marché, un bizness, un juteux bizness qui fait des heureux et forcément des malheureux. L’espion est partout. Dans le rap game comme en politique, chez les industriels comme chez le vendeur de weed. L’espion est même au coin de ta rue en toute légalité. Certains pensent même qu’il est dans la caméra de ton ordi en toute illégalité ou dans les cookies, oui dans les cookies de ton ordi pour rafler les miettes du gros gâteau !
Tout le monde est donc un agent secret et on aime ça. Pas de doute là-dessus, il suffit de constater les succès d’audience des émissions de la téléréalité. Car pour être espion, il être voyeur… c’est pourquoi j’aime la radio, le média qui s’écoute librement et dont on fêtait le centenaire cette semaine, un anniversaire que je n’avais pas vu venir et que j’ai donc failli louper.
Bon anniversaire à la radio et à lundi car demain c’est vendredi et ce que je fais, ce que je dis le vendredi est top secret !
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Je me souviens qu’un jour il y a quelques années, une amie attablée dans une gargote aux embruns marins me disait entre poisson, dessert et café que le petit appartement près de la gare dans la capitale où elle vivait depuis presque toujours, était enfin à elle. Qu’elle avait fini de payer mensualités comprenant principal et intérêts et que son prix, celui du marché précisait elle, avait largement augmenté. Elle n’en tirait aucune gloire, ne pensant pas le revendre, car se trouvant suffisamment bien dans ce cœur de ville populaire, en tout cas il le fut. Elle s’étonnait que dans cette ville fortunée au prix du mètre-carré élevé, dans cette élégante capitale, des hommes, des femmes et enfants puissent vivre ainsi sans que les pouvoirs publics ne soient choqués par cet état de fait. Qu’ils ne se posent des questions et surtout ne trouvent prioritairement des réponses à ce qu’à n’en pas douter, ils devaient avoir noté comme elle. Dans sa capitale ou dans la mienne, le constat est le même, même si le prix du mètre carré est un peu moins élevé ici.
Tout près de la gare St-Charles, sous les escaliers majestueux qui dégoulinent vers la Ville et son tumulte, vivent des hommes et des enfants, dans des tentes ou des voitures dont on ne fait plus le plein depuis bien longtemps, Ici, sous cette architecture de fer et de pierres vivent des personnes originaires d’Afrique de l’Est et l’Ouest pour la plupart, des majeurs et des mineurs. Régulièrement la Police vient subtiliser ses abris d’infortune, et cela, sans décision de justice, embarquant le peu d’intimité qu’ils arrivaient à préserver et les quelques effets en leur possession ainsi que les éléments des dossiers que ces êtres humains constituaient pour s’imaginer un avenir dans les clous, plutôt que dans l’illégalité.
Il faut savoir que sans décision de justice, il ne peut avoir d’expulsion. Des lois protègent les habitants de ces abris d’infortune, des lois les protègent ainsi que leurs biens. Il serait bon que nos forces de l’ordre fassent respecter l’ordre, plutôt que le désordre. Une plainte devrait être déposée dans les jours à venir pour vol, espérons que la justice ne trainera pas trop. L’humanité n’est pas une option, mais un devoir auquel nous avons tous droits et auquel nous sommes tous astreint.
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Connaître son animal totem, c’est avoir conscience qu’au-delà, de notre personne, de notre corps et notre esprit, chacun d’entre nous est lié à un ou plusieurs esprits animaux, et que ces esprits animaux nous accompagnent tout au long de notre vie, mieux ils peuvent nous guider quand on a perdu notre route, ou quand on est juste en train de marcher à côté de nos baskets. L’animal totem est une représentation spirituelle héritée de la mystique amérindienne. C’est une des choses que ne nous ont pas ramenées Christophe Colomb et ses amis, car pour cela, encore auraient-ils fallu qu’ils s’intéressent aux peuples qu’ils rencontraient, au lieu de les exterminer et de piller leur or et autres ressources négociables ici.
Le bon sauvage n’était pas digne d’intérêt, heureusement à en croire les prêcheurs d’antan avec missels et fusils, l’évangélisation lui a donné forme humaine et esprit. Sauf, que lui n’avait rien demandé… surtout pas d’esprit dont il ne manquait pas. Car lui savait qu’il était protégé, chouchouté, dorloté par son ou ses animaux totem. Des animaux totem qui l’avait choisi et non l’inverse. Ainsi, il se savait, lui et sa tribu sous la protection la protection du cerf, du pic-vert, du saumon, de l’ours, du corbeau, du serpent, de la chouette, de l’oie, de la loutre, du loup et du raton laveur comme ajouterait Prévert à cette longue liste. Ces animaux sont les fées de nos contes de fées, celles qui se penchent sur nos berceaux, des fées, pleines de poils ou de plumes, des fées bienveillantes. Les connaître, c’est, parait-il, se donner la possibilité d’entendre leurs conseils, de bénéficier de leurs enseignements, de laisser entrer la magie dans nos vies.
Moi, ça fait des années que mon animal totem est le requin. Un gentil requin souriant, avenant avec un chouya de mordant, comme une pointe de harissa ajoutée à la dernière minute pour relever le plat. Un requin qui, avec les confinements à répétition, a peu à peu laissé place à l’escargot. Par manque de rythme. Parce qu’à ne plus rien faire, on laisse tout glisser sur un filet de bave. On prend son temps à deux mains, sa maison sur son dos et on avance tel Raymond Barre un mercredi de conseil des ministres. Les plus jeunes iront chercher la ref’. Désormais sous la protection de l’escargot, j’aimerais que dans les minutes qui viennent au moins, vous m’appeliez Baba Snaaily, Snaaily de “snail”, l’escargot en anglais, avec deux “a”, sans raison particulière, juste parce que j’aime ça.
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Chaque année, c’est là même chose, je les oublie. On les oublie comme s'ils n’avaient jamais existé, comme si le dernier croisé à la fin de l’été, avait été l’ultime, comme si la famille moustique toute entière s’était éteinte faute de descendance. Je m’étais laissé à penser que le bourdonnement de cet ultime moustique avait été son chant du cygne, comme si un créateur tout puissant, appelle-le, invoque-le comme tu voudras, tu as l’embarras du choix, comme si un créateur tout puissant ou un insecticide surpuissant, de préférence un de ceux pour les bêtes qui font bzzzz avait définitivement anéanti cet olibrius volant et piquant, ce suceur de sang, plus énervant de nuit qu’une d’insomnie, plus irritant qu’une soirée déconfinement chez ton voisin de 23, 24 ans.
A 7:40 passé, je dis mollo sur les fléaux. On a déjà assez à faire avec le coronavirus, les violences conjugales, la fermeture de discothèques pour ne pas ajouter le moustique et pire le chikungunya, la dengue, la filariose lymphatique et toutes les autres maladies ou simplement désagréments causés par le moustique. Par fidélité à ma mission quotidienne, je devrai vous dire que c’est avec bienveillance et sans haine, que j’ai accueilli son bourdonnement à mes oreilles, que je me suis dit : enfin l’été, enfin temps de remiser ma couette de ressortir mes tongs après une première tentative très vite avortée du fait du dérèglement climatique car appelons un chat un chat et un bordel climatique, un dérèglement climatique plutôt qu’un réchauffement climatique. Car le réchauffement pour nous habitants et habitantes des zones tempérées est juste synonyme d’un automne-hiver-printemps plus doux et d’un été caniculaire, mais rien de pire. Alors que l’avenir est au grand n’importe-nawak climatique autant le savoir. Un grand n’importe-nawak climatique qui conduira tôt ou tard des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sur les routes pour espérer survivre. Qui sait même toi qui n’aime les migrants qui n’aime pas les personnes déplacées devras-tu un jour, ou peut-être une nuit prendre la route.
Mais revenons à cet intrépide moustique qui m’a pourri une partie de la nuit, à ce premier moustique d’une longue liste qui va, lui ou ses frères, l’été durant, “disturber” mon sommeil, je pense que j’ai, sur le coup de 5h du mat, sans haine aucune mais avec beaucoup d’énervement, fini par le coincer, entre le drap du matelas et ma main, à moins qu’il ait profité de cet appel d’air pour voler vers d’autres chambres enquiquiner mes minots par exemple que je remercie.
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Quand j’étais minot, je rêvais, on rêvait de devenir journaliste, vétérinaire, pompier, voire footballeur. Quand j’étais minot, je voulais être Squaaly reporter comme Tintin. Je voulais vivre des aventures de dingues : Squaaly en Franche Comté, Squaaly et les Limousins, Squaaly au pays des Bayroutistes… Mais ça, c'était avant ! Et aujourd’hui, je suis éditorialiste au Nova jour se lève, la première matinale de France…
Oui la première matinale de France à avoir osé le pari du Baba Squaaly se confie sans haine, 4 jours par semaine. Mais les minots d’aujourd’hui, eux, à quoi rêvent-ils ?
On me dit, on me souffle dans l’oreillette qu’ils sont nombreux à s’imaginer youtubeurs, à se projeter influenceurs dans le monde d’après, le monde d’après leurs études pour peu qu’ils en fassent. Ils sont un moulon comme on dit à Marseille à s’inventer des vies devant un caméscope pour finir dans un écran d’ordi ou de smartphone, suivi, liké, adulé, recherché par des milliers de fans, des dizaines, des centaines de milliers de fans. Ils rêvent de donner leur avis, faut dire que si comme si comme moi ils ont élevé à coup de : « Tu parleras quand tu seras grand », je comprends que dès les premiers poils au menton ou sous la ceinture, ils aient envie de l’ouvrir !
Youtubeur, c’est un bon job. Tu n’as pas gagné le prix de l’Eurovision, pas mis un but en final de coupe du monde, pas même sauvé un gamin qui chute du 5ème étage, pas plus que tu n’as le découvert le moindre petit vaccin. Non, tu n’as rien fait de tangible et tu as un statut de demi-dieu. Tu es approché, chouchouté par des marques ou des agences de pub pour dire du bien, pour dire du mal. Ton avis compte. Et comme les bons comptes font les bons amis, tu es prêt à tout, à tout dire pour peu que ça serve ta notoriété ou ton compte en banque. Tu pourrais même déglinguer le vaccin Pfizer, si on te le demandait…
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