Babytchi Poésie

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Babytchi Poésie episodes

  • L’ange - Max Elskamp

    L’ange - Max Elskamp


    Et puis après, voici un ange,

    Un ange en blanc, un ange en bleu,

    Avec sa bouche et ses deux yeux,

    Et puis après voici un ange,


    Avec sa longue robe à manches,

    Son réseau d’or pour ses cheveux,

    Et ses ailes pliées en deux,

    Et puis ainsi voici un ange,


    Et puis aussi étant dimanche,

    Voici d’abord que doucement

    Il marche dans le ciel en long

    Et puis aussi étant dimanche,


    Voici qu’avec ses mains il prie

    Pour les enfants dans les prairies,

    Et qu’avec ses yeux il regarde

    Ceux de plus près qu’il faut qu’il garde ;


    Et tout alors étant en paix

    Chez les hommes et dans la vie,

    Au monde ainsi de son souhait,

    Voici qu’avec sa bouche il rit.

    3 min
  • Le cerisier - Achim Von Arnim

    Le cerisier - Achim Von Arnim


    Le cerisier est en fleur, je suis assis là en silence,

    Les fleurs s’abaissent presque à me remplir les lèvres,

    La lune aussi descend déjà vers le sein de la terre,

    Elle qui brillait si gaie, et si rouge, et si grande ;

    Les étoiles indécises scintillent dans le bleu

    Et ne souffrent plus de la regarder encore.

    2 min
  • Apparition - Stéphane Mallarmé

    Apparition - Stéphane Mallarmé


    La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs,

    Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs

    Vaporeuses, tiraient de mourantes violes

    De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.

    — C’était le jour béni de ton premier baiser.

    Ma songerie aimant à me martyriser

    S’enivrait savamment du parfum de tristesse

    Que même sans regret et sans déboire laisse

    La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.

    J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli,

    Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue

    Et dans le soir, tu m’es en riant apparue,

    Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

    Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté

    Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

    Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

    3 min
  • L’âme errante - Marceline Desbordes-Valmore

    L’âme errante - Marceline Desbordes-Valmore


    Je suis la prière qui passe

    Sur la terre où rien n'est à moi ;

    Je suis le ramier dans l'espace,

    Amour, où je cherche après toi.

    Effleurant la route féconde,

    Glanant la vie à chaque lieu,

    J'ai touché les deux flancs du monde,

    Suspendue au souffle de Dieu.


    Ce souffle épura la tendresse

    Qui coulait de mon chant plaintif

    Et répandit sa sainte ivresse

    Sur le pauvre et sur le captif

    Et me voici louant encore

    Mon seul avoir, le souvenir,

    M'envolant d'aurore en aurore

    Vers l'infinissable avenir.


    Je vais au désert plein d'eaux vives

    Laver les ailes de mon coeur,

    Car je sais qu'il est d'autres rives

    Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !

    J'y verrai monter les phalanges

    Des peuples tués par la faim,

    Comme s'en retournent les anges,

    Bannis, mais rappelés enfin...


    Laissez-moi passer, je suis mère ;

    Je vais redemander au sort

    Les doux fruits d'une fleur amère,

    Mes petits volés par la mort.

    Créateur de leurs jeunes charmes,

    Vous qui comptez les cris fervents,

    Je vous donnerai tant de larmes

    Que vous me rendrez mes enfants !

    3 min
  • Sensation - Arthur Rimbaud

    Sensation - Arthur Rimbaud


    Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

    Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

    Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.


    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

    Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

    Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

    Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

    2 min
  • Tuileries de mes peines - Raymond Queneau

    Tuileries de mes peines - Raymond Queneau


    Tuileries de mes peines

    Tuileries de mes soucis

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    Un

    Meussieu promène dame fort jolie

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    La

    Concorde est lointains


    et ses hiéroglyphies


    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    Plus loin le

    Pont d'Iéna ne mène

    Nulle part

    C'est fini

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    Qu'elle me retienne que je dise amie

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    Mais ce

    Sont des haines des jeux des oublis

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris


    Mon amour ma peine il leur faut mouri'

    Morte est la

    Seine

    Mort est

    Paris

    3 min
  • Le crapeau - Tristan Corbière

    Le crapeau - Tristan Corbière


    Un chant dans une nuit sans air...

    La lune plaque en métal clair

    Les découpures du vert sombre.

     

    ... Un chant; comme un écho, tout vif

    Enterré, là, sous le massif...

    — Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre...

     

    — Un crapaud! — Pourquoi cette peur,

    Près de moi, ton soldat fidèle!

    Vois-le, poète tondu, sans aile,

    Rossignol de la boue... — Horreur! —

     

    ... Il chante. — Horreur!! — Horreur pourquoi?

    Vois-tu pas son œil de lumière...

    Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.

    ...........................................................................

    Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi.


    3 min
  • Je dis douceur - Eugène Guillevic

    Je dis douceur - Eugène Guillevic


    Je dis : douceur.

    Je dis : douceur des motsQuand tu rentres le soir du travail harassantEt que des mots t’accueillentQui te donnent du temps.

    Car on tue dans le mondeEt tout massacre nous vieillit.

    Je dis : douceur,Pensant aussiÀ des feuilles en voie de sortir du bourgeon,À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,À des poignées de main.

    Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,À des moments qui disentLe temps de la douceur venant pour tout de bon,

    Cet air tout neuf,Qui pour durer s’installera.


    3 min
  • Coquelicots - Lucie Delarue-Mardrus

    Coquelicots - Lucie Delarue Mardrus


    Seule, je parcourais la colline punique

    Et féroce, où guettaient encore des échos,

    M’épouvantant de voir, le long des champs tragiques,

    Ces mares de coquelicots.


    De si vastes, profonds, écarlates espaces,

    Nul n’en a jamais vu. Par places,

    C’était, dans l’herbe haute où je me promenais,

    Comme si, largement, les ruines saignaient…


    Serait-ce que la Souvenance

    À travers cette terre où plus rien n’est vivant,

    Incita le hasard vagabond et le vent

    À ces semailles-ci qui demandent vengeance ?

    3 min

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