Direction l’Espagne avec le déroulement aujourd’hui en Catalogne des élections législatives. C’est une journée cruciale pour l’avenir de la région et même pour l’avenir de l’Espagne. Pour en parler, Juliette Gheerbrant est notre envoyée spéciale dans la région.
Le 21 décembre 2017 va marquer l’avenir de la Catalogne mais aussi, sans doute à terme, celui de la vie politique espagnole. Les deux principaux partis de chaque bloc sont au coude-à-coude et le résultat très incertain.
Selon les sondages, le parti unioniste Cuidadanos pourrait arriver en tête avec 23,3% des voix, suivi par les indépendantistes d’ERC Ezquerra Republicana avec 22,2%. Et le taux de participation sera l'une des clés du résultat. Il va être surveillé de très près.
Le bloc unioniste compte en effet beaucoup sur la mobilisation des électeurs qui d’habitude ne votent pas et qui, en très grande majorité, ne sont pas indépendantistes. Selon les sondages la participation pourrait atteindre plus de 80% de votants. Et une très forte mobilisation devrait affaiblir le résultat des séparatistes.
Des questions toujours en suspens, quel que soit le résultat
D’abord les questions de fond qui concernent la fiscalité, la marge d’autonomie, demeureront. Et même si la voie de la sécession unilatérale semble à peu près écartée dans l’immédiat, ce désir de quitter l’Espagne qu’ont exprimé de très nombreux Catalans ne va pas disparaitre. Mais pour l’heure, à l’issue du scrutin, on va d’abord avoir au parlement une situation inédite et un peu surréaliste, à l’instar de la campagne.
Par exemple, entre les dirigeants séparatistes exilés à Bruxelles, ceux qui sont en prison et ceux qui font l’objet de poursuites judiciaires, ce ne sont pas moins de 16 députés qui pourraient être élus sans que l’on sache très bien s’ils pourront conserver leur siège, participer à la vie parlementaire, voire être élus président comme l’espère Carles Puigdemont.
Une formation de gouvernement difficile en perspective
Le risque de blocage est élevé. On a vu en fin de campagne que chacun des deux blocs étaient divisé en son sein, en particulier celui des indépendantistes. Alors les partis parviendront-ils à se mettre d’accord sur le nom de la ou du futur président ? En tout cas les discussions vont être difficiles.
Par exemple, côté indépendantistes, les deux principales formations auront besoin de l’appui de la CUP, petit parti qui continue d’exiger la poursuite du processus unilatéral de sécession, alors que même ERC souhaite revenir au dialogue avec Madrid.
Côté constitutionalistes se pose la question du soutien de Catalunia en Comu Podem qui pourrait jouer le rôle d’arbitre. Et tant qu’un nouveau gouvernement ne sera pas formé, l’article 155 restera appliqué et donc la Catalogne restera sous tutelle de Madrid. Et si les partis ne parviennent pas à se mettre d’accord avant le mois de mai, les électeurs devront retourner aux urnes.
Personne ne le souhaite bien sûr, la société catalane est déchirée, l’économie en pâtit et le reste de l’Espagne s’inquiète. C'est en tout cas le ressenti à Madrid. Quelle que soient leurs opinions politiques, les gens interrogés se désolent de cette situation, qu’ils trouvent dommageable à l’ensemble du pays.