Passer la nuit du Nouvel An à Naples, ou au moins une nuit, dans la chambre de Ciro Di Marzio, l’un des personnages de la série «Gomorra», tiré du roman éponyme de Roberto Saviano, c’est un rêve pour des centaines de fans de cette fiction au succès planétaire. A tel point que des touristes italiens ou étrangers sont prêts à débourser des sommes supérieures au tarif en vigueur dans le petit hôtel Mignon.
La série télévisée «Gomorra», diffusée dans 190 pays, en est à sa troisième saison qui vient de s’achever en Italie. En attendant la quatrième saison, l’hôtel où plusieurs scènes ont été tournées déborderait de réservations.
Des touristes sont prêts à tout pour ne passer, ne serait-ce qu’une nuit, dans la chambre 60 de l’hôtel Mignon. Un deux étoiles construit dans les années 80, à deux pas de la gare centrale Garibaldi. La fameuse chambre 60, située au 4e étage, est on ne peut plus simple. Mais c’est celle qui a accueilli Ciro Di Marzio, un personnage clé de Gomorra interprété par l’Italien Marco d’Amore.
Petit rappel : Ciro, c’est le boss beau, ténébreux, triste, intelligent.qui parvient toujours à se sortir des situations les plus risquées. Jusqu’au jour où « l‘immortel », comme on le surnomme, tombe dans le piège tendu par son ami Genny qui le tue. Un épilogue pour ce personnage, tant aimé du public, qui reflète la réalité dans les guerres de mafia. La dynamique du pouvoir, au sein des clans, est tellement écrasante que celui qui veut survivre peut être contraint de faire mourir même son propre frère.
Une série culte qui soulève des polémiques
Il faut préciser que «Gomorra» mélange subtilement fiction et réalité, cruauté et curiosité. Or, comme le livre de Roberto Saviano, sorti en 2004 en Italie, cette série est d’une violence extrême. Elle met en scène des personnages qui semblent émuler les baby-gangs. Des gosses du « ventre » de Naples et de sa périphérie. En fondant ses propos sur une étude du Comité provincial pour l'ordre et la sécurité, le maire de Naples, Luigi De Magistris, affirme que chaque nuit, au lendemain de la diffusion d’un épisode de «Gomorra», les actes de violence commis par des jeunes, âgés de 10 à 16 ans, se multiplient. Ils imitent des personnages qui, à leurs yeux, sont exemplaires. Il n’y a pas que l’édile de Naples qui s'en préoccupe, plusieurs magistrats anti-mafia estiment que la série cause un véritable dommage à la lutte contre la criminalité organisée.
Que répondent les auteurs de la série ?
Les auteurs, tout comme l’écrivain Roberto Saviano qui vit sous escorte depuis plus de dix ans, insistent sur le fait que cette série se veut, avant tout, « un acte de dénonciation très fort ». Le débat sur la fascination des symboles négatifs reste en tous cas largement ouvert. Mais Naples n’est pas qu’une terre de mafia. C’est ce que démontre le réalisateur turco-italien Ferzan Özpetek dans son dernier film « Napoli velata » (« Naples voilée »). Il raconte la complexité de la ville au pied du Vésuve. Entre ses ors et ses poussières. Sa modernité et ses rites très antiques. Son archaïsme et sa culture raffinée. Sa noblesse et sa sensualité, envoûtante.
⇒ Napoli Velata est sorti le 28 décembre en Italie. Pas encore de date officielle pour sa sortie en France et ailleurs en Europe
Pour ceux qui sont tentés par la chambre de Ciro
⇒ Hotel Mignon Corso Novara, 7, 80142. Naples