Contre toute attente, les pays de l'Opep se sont mis d'accord ce mercredi 28 septembre à Alger sur une baisse de leur production commune. Mais le flou sur la mise en oeuvre de l'accord fait craindre un simple effet d'annonce.
À Alger, la réunion de l’Opep a finalement accouché d’un accord. Non seulement pour geler, mais pour réduire la production de pétrole. Une véritable surprise. Jusqu’à présent, l’Iran avait refusé l’idée même d’un gel de sa production, or c’était la condition pour que l’Arabie saoudite accepte de geler la sienne.
Que le cartel accepte de baisser sa production d’environ 700 000 barils par jour, soit du tiers à la moitié de l’excédent mondial de pétrole, c’est une première depuis 2008, au lendemain de la crise financière qui avait fait plonger les cours. Et c’est un renversement de situation « qui indique au moins un rapprochement des points de vue au sein de l’Opep », souligne Francis Perrin de Stratégies et Politiques énergétiques. L’effet a été immédiat sur les marchés : les cours du brut ont bondi de plus de 5 % pour atteindre les 48,69 dollars à Londres et les 47,05 dollars à New York.
Des modalités d’application de l’accord encore floues
Mais ce coup de théâtre « pourrait n’être qu’un jeu d’ombres », commente Philippe Sébille Lopez, expert du cabinet Geopolia. Au-delà d’un effet d’annonce très efficace, mais à très court terme sur les prix, ce qui est toujours bon à prendre pour les économies très mal en point des pays pétroliers, il faut reconnaître que le flou est total sur les modalités d’application de cet accord. Elles ne seront pas définies avant fin novembre lors de la prochaine réunion de l’Opep à Vienne.
Qui va baisser sa production et de combien ? Va-t-on redéfinir les quotas de chacun des pays membres, en imposer à ceux qui n’en ont plus, comme l’Irak ? Il y a déjà tellement d’inconnues sur la faculté à exporter de pays en conflits, comme la Libye et le Nigeria : nul ne peut prédire quelle sera leur production dans deux mois.
Une baisse de production qui ne ferait pas de mal aux grands exportateurs de l’Opep
Ce qui est sûr, c’est que les grands exportateurs de l’Opep –Arabie Saoudite, Iran et Irak – ne peuvent guère produire plus que ce qu’ils produisent actuellement. Les vannes sont ouvertes au maximum depuis janvier, pour conserver leurs parts de marché ou en gagner, face à l’essor du pétrole de schiste américain, et face à la concurrence russe.
L’Arabie saoudite a fait fondre ses réserves additionnelles de sécurité ; l’Iran plafonne à 3,6 millions de barils jours, il n’atteindra pas si facilement les 4 millions faute d’investissements étrangers à ce niveau des prix du brut ; l’Irak a accéléré l’extraction pour atteindre 3,6 millions lui aussi. Décélérer ne leur ferait donc pas trop de mal.