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Collège de France
Cinéma (2026-2027)
Claire Denis
Année 2026-2027
Leçon inaugurale - Claire Denis : Faire mieux
Résumé
Je n'ai pas trouvé d'autres mots quand j'ai accepté l'invitation du Collège de France. Ils sont sortis de ma bouche pour tenter d'effacer ma peur d'accepter et de décevoir.
Je connais bien ces deux mots, faire mieux, puisqu'ils me servent de moteur. Je n'ai pas de programmes ni de règles, pas de méthodes. Je tente. À l'intérieur d'une sorte de chaos, je tente d'exprimer comment je fais des films.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Du « propre de l'homme » à l'éthologie philosophique
Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
William Marx
Professeur du Collège de France
Résumé
Un colloque consacré à l'animal ne saurait véritablement se conclure : loin d'épuiser son sujet, il ouvre davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. C'est précisément la vocation de la recherche et du dialogue entre les disciplines. Né dans le prolongement d'une réflexion sur l'intelligence, ce colloque a montré combien la question animale mobilise l'ensemble des savoirs, des sciences du vivant aux sciences humaines et sociales, et nous oblige à repenser non seulement la place de l'humanité parmi les autres espèces, mais aussi la définition même du vivant et ses rapports avec les machines. La richesse des échanges invite à poursuivre cette réflexion collective, sans prétendre la clore. Mais les interrogations scientifiques, philosophiques et historiques sur l'animal débouchent inévitablement sur une question plus personnelle et plus concrète : celle de notre responsabilité. Penser l'animal, ce n'est pas seulement chercher à mieux le connaître ou à comprendre nos relations avec lui ; c'est aussi interroger nos propres pratiques, nos modes de vie et les choix éthiques auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Du « propre de l'homme » à l'éthologie philosophique
Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
Dominique Lestel
Maître de conférences, ENS-Ulm
Résumé
La notion traditionnelle de « propre de l'homme » est aujourd'hui rendue largement obsolète par les progrès de l'éthologie, par ceux de la psychologie comparée et par les mouvements animalistes. Elle est de surcroît déstabilisée par l'émergence d'IA dont certaines performances intellectuelles dépassent celles des humains les plus brillants. Ce défi oblige l'humain à se réinventer en établissant des partenariats existentiels inédits avec les animaux contre ces machines, et ce mouvement le contraint à repenser l'animalité elle-même sur de nouvelles bases.
Dominique Lestel
Dominique Lestel enseigne la philosophie contemporaine et l'éthologie philosophique dans le département de Philosophie de l'ENS-Ulm, après y avoir introduit les premiers enseignements de sciences cognitives dans les années 1990. Il a été un membre fondateur du département d'études cognitives (DEC) de l'ENS, et il fait partie des Archives Husserl (UMR 8547). Il a occupé de nombreux postes d'enseignement et de recherche dans des universités étrangères. Récemment, il a été Visiting Professor à Tokyo University of Agriculture and Technology (2017-2018), un Berggruen Fellow au Center for Advanced Studies in Behavioral Sciences de Stanford (2018-2019) et Visiting Professor au Tokyo College de l'université de Tokyo (hiver-printemps 2025). Ses recherches ont été financées par la Fondation Berggruen, par la Japan Society for the Promotion of Science et par l'Australian Research Council.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
De la tragédie aux Bouphonies : variations sur le sacrifice grec comme meurtre
Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
Charles Stépanoff
Directeur d'études EHESS
Résumé
Puisant ses proies parmi quinze mille espèces de vertébrés, l'humain est aujourd'hui le principal prédateur de la planète, loin devant le lion, le loup ou le requin. La biomasse des mammifères non humains est aujourd'hui constituée à 94 % d'animaux domestiques, c'est-à-dire de proies d'élevage. Ce méga-prédateur est pourtant singulièrement démuni sur le plan physiologique : pas de grosses canines et griffes, ni de puissant odorat. L'humain a développé en revanche une empathie trans-espèces permettant de déployer ruses, imitations et manipulations de l'environnement des proies jusqu'à leur domestication. La capacité à se mettre à la place des autres animaux permet aux humains de les tromper, mais elle implique aussi des formes d'attachement uniques dans le monde vivant, telles que l'allaitement d'oursons, chiots ou pécaris apprivoisés ou l'identification rituelles aux animaux. Prédateur empathique, l'humain se nourrit paradoxalement d'êtres qu'il regarde comme des alter ego. Cette déchirure affective et morale a suscité dans les sociétés humaines des réponses très diverses selon le type d'organisation sociale : tabous alimentaires, rituels de remerciements ou d'excuses ou encore délégation et camouflage de la violence dans des abattoirs. Héroïsée, stigmatisée ou industrialisée, la violence envers les animaux s'avère une puissante source de hiérarchisation et de transformation historique des sociétés.
Charles Stépanoff
Charles Stépanoff est anthropologue, directeur d'études à l'EHESS, spécialiste des populations autochtones de Sibérie. Il a étudié les rapports des communautés sibériennes aux animaux dans les pratiques rituelles chamaniques, l'élevage pastoral, la chasse et l'apprivoisement. Après des travaux sur la chasse en France et l'histoire de la domestication, il dirige actuellement un programme de recherche sur les coévolutions entre pratiques des communautés humaines, comportement de la faune et paysages à partir d'enquêtes de terrain. Il a publié : Voyager dans l'invisible. Techniques chamaniques de l'imagination (La Découverte, 2019), L'Animal et la Mort. Chasses, modernité et crise du sauvage (La Découverte, 2021), Attachements. Enquête sur nos liens au-delà de l'humain (La Découverte, 2024) et codirigé avec l'archéozoologue Jean-Denis Vigne Hybrid communities. Biosocial Approaches to Domestication and Other Trans-species Relationships (Routledge, 2018).
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
De la tragédie aux Bouphonies : variations sur le sacrifice grec comme meurtre
Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
Vinciane Pirenne-Delforge
Professeure du Collège de France
Résumé
La culture grecque est une culture sacrifiante millénaire : la mise à mort d'un animal domestique en l'honneur des dieux est le rituel central de la vie collective dans toutes ses manifestations. Mais la culture grecque est aussi une culture réflexive, qui nous a conservé bien des lectures et des interprétations des actes qu'elle a posés. C'est à saisir quelques moments saillants de la lecture du sacrifice au cœur de la culture grecque que s'attachera cette communication, par l'analyse de certains termes du vocabulaire sacrificiel de la tragédie et de la portée du rituel civique des Bouphonia (« meurtre du bœuf »).
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Penser la pensée animale ? Quelques tentatives dans l'Inde ancienne et médiévale
Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
Isabelle Ratié
Professeure du Collège de France
Résumé
Les philosophes de l'Inde ancienne et médiévale s'accordent quant au fait que les animaux perçoivent et peuvent éprouver le plaisir et la douleur : dans la querelle indienne sur la légitimité du sacrifice animal, même les défenseurs de la violence rituelle se sont efforcés de justifier la souffrance de la victime sans pour autant la nier. Ont-ils cependant concédé l'existence d'une véritable pensée animale ? Ont-ils reconnu aux animaux la conscience de soi, la capacité à inférer, à imaginer ? Comment ont-ils cherché à distinguer ces pouvoirs de ceux de l'animal humain ? Et comment se sont-ils confrontés à la difficulté de penser une pensée non humaine ?
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Mouvements collectifs dans les groupes animaux : quand un banc de poissons est confronté à l'IA, la réalité virtuelle, des robots et des drones
Session 3 : L'intelligence animale
Clément Sire
Directeur de recherche CNRS, université de Toulouse
Résumé
Cette conférence montrera d'abord comment les travaux menés conjointement par des biologistes du comportement et des physiciens permettent de quantifier les interactions sociales (attraction, répulsion et alignement) entre poissons. Ces interactions sont ensuite intégrées dans des modèles comportementaux capables de reproduire fidèlement les différents états collectifs observés dans la nature : bancs désordonnés, bancs alignés, formations en vortex…
Seront ensuite présentées des expériences dans lesquelles des poissons réels interagissent avec un poisson-robot ou avec des poissons virtuels pilotés par ces modèles mathématiques ou d'intelligence artificielle. Ces plateformes robotiques et de réalité virtuelle permettent de mesurer comment un poisson ou un banc réagit à des perturbations contrôlées introduites par ces partenaires artificiels, affinant ainsi notre compréhension des mécanismes qui régissent le comportement collectif.
Enfin, la conférence illustrera comment les principes qui gouvernent les interactions sociales des bancs de poissons peuvent être transposés au contrôle du vol collectif d'essaims de drones autonomes.
Clément Sire
Clément Sire est physicien théoricien. Il a commencé sa carrière dans l'étude des propriétés électroniques de la matière condensée, en travaillant notamment sur les quasicristaux, le magnétisme quantique et la supraconductivité à haute température. Il s'est ensuite tourné vers la physique statistique des systèmes hors d'équilibre : processus stochastiques, séparation de phases, dynamique des mousses, systèmes retournant à l'équilibre, physique de la société et biologie comportementale.
Depuis 2013, il se consacre presque exclusivement à l'étude des phénomènes collectifs (mouvements, prise de décision, organisation, collaboration…) dans les groupes animaux et humains, en étroite collaboration avec l'éthologue Guy Théraulaz à Toulouse. Ensemble, ils conçoivent des expériences sur les poissons et les humains afin d'étudier les interactions sociales à l'origine de leurs comportements collectifs.
L'originalité de leur approche réside dans le développement de méthodes permettant de mesurer quantitativement ces interactions sociales au sein des groupes animaux. Ces interactions sont alors intégrées dans des modèles comportementaux inspirés de la physique statistique et capables de reproduire et de prédire les dynamiques collectives observées.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
La complexité cognitive d'un cerveau miniaturisé : cognition et cerveau chez les abeilles
Session 3 : L'intelligence animale
Martin Giurfa
Professeur, Sorbonne Université
Résumé
Les abeilles domestiques possèdent un cerveau d'à peine un millimètre cube, mais présentent un répertoire comportemental remarquablement sophistiqué. Outre leur rôle historique de modèles pour l'étude des formes simples d'apprentissage associatif, elles se sont imposées comme des organismes particulièrement intéressants pour l'étude de formes d'apprentissage d'ordre supérieur, tant dans les domaines visuel qu'olfactif. Au cours des deux dernières décennies, nos travaux ont montré que ces insectes possèdent des capacités cognitives insoupçonnées, qui dépassent largement la simple acquisition d'associations. Des capacités telles que la catégorisation, l'attention sélective, l'apprentissage conceptuel et la numérosité, parmi d'autres, ont notamment été mises en évidence chez les abeilles. Ces découvertes soulèvent des questions fondamentales sur les architectures neuronales qui sous-tendent ces capacités et sur ce qui distingue, le cas échéant, les abeilles des autres invertébrés. Je présenterai certaines de ces découvertes et examinerai leurs bases mécanistiques, en cherchant, lorsque cela est possible, à les relier à des circuits neuronaux spécifiques et à des processus de neuromodulation. Je mettrai également en évidence les principaux défis expérimentaux associés à l'étude de la cognition chez ces animaux et proposerai plusieurs pistes pour mieux comprendre la neurobiologie de l'apprentissage d'ordre supérieur chez les insectes.
Martin Giurfa
Martin Giurfa est un professeur franco-argentin de neurosciences de classe exceptionnelle à Sorbonne Université, Paris. Il est directeur de l'Institut de biologie Paris-Seine, institut qui réunit des laboratoires travaillant dans différents domaines de la biologie au sein de cette université. Il a obtenu un doctorat en neurosciences à l'université de Buenos Aires, en Argentine, en 1990. Après avoir passé onze ans à Berlin, en Allemagne, où il est devenu professeur à l'université libre de Berlin, il s'est installé à Toulouse, en France, en 2001 en tant que professeur titulaire de neurosciences pour créer le Centre de recherches sur la cognition animale, un institut de recherche affilié conjointement au CNRS et à l'université de Toulouse. Il a dirigé l'institut depuis sa création jusqu'en 2017. En 2023, il a déménagé à Paris pour prendre la direction de l'Institut de biologie Paris-Seine à Sorbonne Université. Ses recherches portent sur les processus perceptifs, l'apprentissage et la mémoire chez les abeilles domestiques. Il a introduit une perspective cognitive dans l'étude de l'apprentissage et de la mémoire des insectes après la découverte des capacités cognitives remarquables des abeilles.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Aux origines du langage : que nous disent nos cousins primates ?
Session 3 : L'intelligence animale
Adrien Meguerditchian
Directeur de recherche CNRS au Centre de recherche en psychologie et neurosciences (CRPN, Aix-Marseille Université), chargé de cours au CNRS, Inserm et aux universités Aix-Marseille, Toulouse, Lyon & Paris Sorbonne
Résumé
Les primates non humains étant nos plus proches cousins dans l'histoire de l'évolution, étudier leurs systèmes de communication peut nous aider à déterminer les traits partagés avec la parole chez nos ancêtres communs. Tandis que des primatologues soutiennent que la parole serait issue de l'évolution de la communication vocale, une théorie alternative commence à gagner du terrain au sein de la communauté scientifique. Cette théorie dite « gestuelle » souligne le rôle fondamental de la communication gestuelle de nos ancêtres dans les racines évolutives du langage. Dans cette conférence, je vous présenterai les résultats de nos recherches menées au cours de ces vingt dernières années auprès des singes, que ce soit en milieu naturel ou en parc, ainsi que nos travaux récents combinant à la fois une approche éthologique, une approche développementale et non invasive d'imagerie cérébrale IRM. Ces résultats pourraient révéler une origine non pas vocale mais gestuelle de certaines propriétés fondamentales du langage.
Adrien Meguerditchian
Dans la grande quête des origines du langage, Adrien Meguerditchian étudie la communication de nos cousins primates dans une approche comparative avec l'espèce humaine. Biologiste de formation, il a réalisé ses premières observations de babouins sous la direction de Jacques Vauclair, professeur de psychologie à Aix-Marseille Université. Sa thèse en poche fin 2009, une bourse Fyssen l'emmène sur la piste des chimpanzés sauvages au Sénégal, grâce à l'anthropologue américaine Jill Pruetz, et à Atlanta aux États-Unis dans le laboratoire du primatologue William Hopkins pour étudier la communication des chimpanzés et ses liens avec les structures cérébrales à partir d'images cérébrales IRM. Fin 2012, un financement de l'Agence nationale de la recherche (ANR) lui permet de rentrer en France et de monter son groupe de recherche à Marseille dans le Laboratoire de psychologie cognitive (devenu en 2024 le CRPN), au sein de l'équipe « Cognition comparée » dirigée par Joël Fagot, d'abord sous contrat puis en tant que chercheur CNRS en 2014. Il est alors lauréat d'un financement ERC en 2016, du prix Paoletti CNRS en 2017 et de la médaille de bronze CNRS en 2021.
Colloque de rentrée - L'animal
Collège de France
Année 2026-2027
Sapiens dans l'histoire du vivant : être et ne pas être un animal
Session 3 : L'intelligence animale
Alain Prochiantz
Professeur du Collège de France, Administrateur du Collège de France (2015 à 2019)
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