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Or


Dans cet épisode de "Devenir Woke", je reçois mon amie Charlotte. J'avais envie qu'elle me raconte encore une fois comment entendre Amélie Mauresmo parler de sa compagne, lui a permis de se dire qu'elle n'était peut-être pas la seule lesbienne de l'univers. Elles étaient au moins 2. Voire peut-être même 3 puisqu'Amélie Mauresmo avait évoqué une compagne.
Charlotte et moi on s'est connues au sein du groupe d'action féministe "La Barbe" et ça a changé pleins de choses dans nos vies. Genre on a appris à compter. Et plus particulièrement on a appris à compter les absentes : sur les plateaux télé, dans l'attribution des noms de stations de métro, en fait, partout.
Et puis on a partagé nos stratégies pour faire face aux micro-agressions sexistes qu'on subit. On vous en soumet plusieurs, mais on se permet aussi de vous rappeler qu'on a le droit de rien dire et de rien faire. Parce que c'est pas nécessaire la double peine : se faire agresser puis en sus s'en vouloir de ne pas avoir pu réagir. On a aussi le droit de se préserver.
En 2017, l'association 269 libération animale a voulu réaliser un happening antispéciste à l'occasion de la Journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition. Débat dans le mouvement antispéciste : peut-on parler de convergence des luttes ou plutôt d'instrumentalisation voire d'appropriation d'une autre lutte ?
269 a échangé avec des personnes concernées par le racisme. Et a annulé son action. C'est devenu un moment fondateur : 269 a alors appris à écouter les autres luttes. A considérer les personnes concernées par une oppression comme les plus légitimes pour dénoncer un propos ou un acte offensant.
Dans une lutte, c'est important de se sentir bien. Car comment militer si au sein d'une lutte on subit des oppressions ?
269 prône désormais un antispécisme ancré à gauche qui mette au coeur même du projet politique antispéciste, l'antiracisme et le féminisme.
Parce que travailler ensemble ce n’est pas une perte de temps.
On s'enlace pour pleins de raisons : se saluer, se féliciter, se réconforter. Un geste d'apparence banal. Pourtant quand j'ai vu Nadir Legrand de la compagnie L'avantage du doute serrer un autre comédien dans ses bras sur scène, j'ai été prise d'une grande émotion. J'ai réalisé, qu'à 40 ans, je n'avais jamais vu deux hommes hétérosexuels se réconforter en se serrant fort dans les bras l'un de l'autre. Expérimenter la tendresse. S'adonner au câlin. Ne pas venir polluer ce moment avec des gestes parasites pour réaffirmer sa virilité. J'avais besoin de savoir : est-ce que pour Nadir aussi ce moment a été important ?
Lorsqu'on a enregistré cet épisode de Devenir woke avec Morgan, on avait déjà beaucoup travaillé, on était pas au mieux de notre forme et il y a beaucoup de points qu'on aurait pu aborder qui font défaut. Pour autant, j'ai souhaité publier ce premier épisode rapidement compte tenu des prises de position transphobes de plusieurs personnalités et mouvements féministes. Le respect des droits des femmes et des personnes transgenres ne devrait pas être perçu comme une opposition comme cela est parfois le cas dans certains milieux féministes. Les droits des femmes et des personnes trans ont leurs spécificités mais sont aussi intrinsèquement liés.
Ne serait-il pas plus honnête de demander "Qui veux-tu manger ?" plutôt que "Que veux-tu manger ?" tant que des animaux finissent dans nos assiettes ? C'est ce dont l'artiste féministe Typhaine D a pris conscience en se liant d'amour avec Ponto.
Il a fallu que Rémi Fraisse meure en 2014 pour que Morgan prenne conscience de l'ampleur des violences policières. Il s'interroge : est-ce la mort d'un blanc qui lui a permis de conscientiser la violence policière exercée sur les corps non blancs ?
"J'ai réalisé d'un coup que ce truc qui me semblait grave et inquiétant depuis basiquement 6 mois était en fait grave et inquiétant potentiellement dans la vie de certaines personnes depuis toujours". Les militants antifa sont pourchassés par la police pour ce qu'ils font tandis que les personnes racisées sont maltraitées pour ce qu'elles sont.
La différence, l'injustice, elles sautent aux yeux.
"J'ai mesuré la quantité de violences auxquelles les personnes racisées s'étaient habituées le jour où je me suis retrouvé à regarder le premier film d'Amandine Gay Ouvrir la voix avec une amie racisée. Des femmes dans le film commencent à raconter des trucs qui me semblaient atroces, tellement tristes. Du coup je commence à me mettre à chialer dans le cinéma. Et t'avais mon amie qui est à côté de moi, ça ne la surprenait pas ces choses-là. Elle était en train d'envoyer des SMS qui étaient du type "mon chéri, tu penseras à acheter des bananes ce soir parce que j'aimerais bien manger un banana bread" et donc ça faisait à ce point partie de son quotidien ces histoires de violences policières, de frères tués par la police, que tout ça pouvait se conjuguer avec un banana bread".
J’ai écrit à Anne Hidalgo sur un sujet vraiment important pour moi. Elle ne m’a pas répondu.
Pour autant je ne me suis pas sentie autorisée à la relancer en lui disant " merci de me répondre ".
Pourtant " merci de faire ceci " je l’ai déjà écrit à d’autres.
C’est qu’au fond de moi je sens bien que ce " merci de " on ne l’adresse pas de manière indifférenciée à tout le monde. On le balance à celles et ceux à qui on se permet de donner un ordre.
Un ordre qui commence par " Merci "….
C’est pas un peu faux-cul ça ?
Et si on se demandait : "Je vais utiliser cette phrase ou cette tournure là pour m'adresser à quelqu'un-e. Est-ce que je serais capable de l'employer pour toutes les personnes à qui je m'adresse quel que soit leur statut ou leur rang social ?" Et s'il y a quelqu'un-e pour qui ça me fait "gloups", ou je me dis que ça ne se fait pas, c'est peut-être qu'en fait il vaudrait mieux l'utiliser pour personne. On en parle ?
Je vous écris depuis une certitude : on est des enflures. Toustes. Pas juste vous, moi aussi. Pas tout le temps, heureusement.
Mais on a toustes déjà eu des réflexes de merde : sexistes, racistes, classistes ou autre…On a pensé voire dit des choses problématiques, eu des comportements offensants. Parfois on s’en est rendu compte, souvent on n’a pas vu le problème.
Les militant·es parlent d’oppressions systémiques. Ça veut dire que les oppressions ne sont pas juste des questions inter-individuelles mais des questions de société qui interrogent les hiérarchies sociales.
Comment devenir inclusif alors que même certains médias et politiques sont normatifs voire stigmatisants ?
Devenir woke est un podcast qui vous invite à déconstruire les normes excluantes, prendre conscience de nos œillères. Parfois on a un déclic, une épiphanie, parfois ce sont des apprentissages plus longs, plus laborieux. Mais un jour on constate qu’il y a eu une bascule. Qu’on a appris à voir les inégalités. Qu’on est plus tolérant·es. Plus conscient·es des injustices. En somme, un peu plus woke.
La société en général facilite les pensées réactionnaires, les réflexes jugeants et excluants. Mais on est nombreuses et nombreux à avoir évolué pour le mieux. Pour devenir plus tolérant•es et inclusif•ves. Alors on va en parler. Dire ce qu’on a pensé ou fait de pas top. Témoigner de nos évolutions, de nos remises en question. Raconter comment on a ouvert les yeux et le cœur pour voir les normes excluantes et les discriminations.
Et tendresse vaincra ❤️🔥
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