La question du genre, les stéréotypes sexuels, en particulier dans les publications pour la jeunesse, voilà un sujet que nous n’avons pas fini d’épuiser dans cette émission et sur lequel nous revenons souvent, surtout à propos des albums pour enfants ; et d’autant plus en cette période d’attaques régressives et réactionnaires. Il faut dire que les études et les initiatives sont aujourd’hui assez nombreuses qui pointent et démontent tous ces stéréotypes à l’œuvre dans les bouquins, ou même dans les jouets. En revanche, peu encore se sont penchées sur les films, et encore moins sur la façon dont les enfants perçoivent, reçoivent, voire décryptent ces stéréotypes. Comment les enfants les repèrent-il dans les dessins animés ? La princesse qui rêve d’épouser le prince charmant, celle qui rêve et chante un balai à la main, la méchante marâtre, le cavalier toujours habile et entreprenant : images de fictions ou représentations de la réalité ? Aussi c’est à ce double titre, une analyse du contenu des films et une analyse de la réception par les enfants, que le travail de recherche mené par Simon Massei, dans le cadre d’un master en sciences sociales, nous a particulièrement intéressés. Quelles sont les représentations de sexe et de rapports de sexe, ainsi que leur évolution, dans les longs métrages d’animation des studios Disney, depuis le premier en 1937, Blanche Neige et les sept nains, jusqu’à 2012, année de sortie sur les écrans de Rebelle ? Comment les enfants entre 8 et 11 ans, les regardent-ils et les reçoivent-ils ? Neuf films, anciens ou récents, sont ainsi passés au crible, tant du point de vue de la description physique, comportementale, interrelationnelle des personnages masculins ou féminins que de la façon de les mettre en scène, de les faire dialoguer, bouger ou agir. On ne s’étonnera pas alors que même dans les films plus récents, et sous couvert de personnages féminins plus dégourdis et moins passifs, les stéréotypes ont toujours la vie dure ! Pour autant, les enfants spectateurs que Simon Massei a interrogés ne sont pas dupes et savent faire la part des choses entre fiction et réalité, mais de façon différente s’ils sont un garçon ou une fille, selon leur âge ou leur milieu social, et surtout selon leur habitudes culturelles ou leurs croyances personnelles, certains s’identifiant beaucoup plus aisément que d’autres aux héros ou héroïnes. Intitulé L’esquisse du genre, les longs métrages Disney et leur réception par le jeune public au prisme des rapports sociaux de sexe, le mémoire de recherche de Simon Massei, passionnant, invite, avec beaucoup de pertinence et de précision, à poser un regard attentif sur les films Walt Disney, mais aussi à tendre une oreille attentive aux enfants qui aiment les voir et les revoir.
Pour des commentaires, plus d’infos, demandes de précisions, etc., n’hésitez pas à écrire à Simon Massei : [email protected]