L'Art de tout savoir
« De la société et de la conversation », Livre V, Remarque 9. Les Caractères, Jean de La Bruyère
Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi; c'est un homme universel, et
il se donne pour tel: il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer
quelque chose. On parle à la table d'un grand d'une cour du Nord: il prend la
parole, et l'ôte à ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent; il s'oriente dans cette
région lointaine comme s'il en était originaire; il discourt des moeurs de cette
cour, des femmes du pays, des ses lois et de ses coutumes; il récite des
historiettes qui y sont arrivées; il les trouve plaisantes, et il en rit le premier
jusqu'à éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement
qu'il dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu
au contraire contre l'interrupteur: "Je n'avance, lui dit-il, je raconte rien que je ne
sache d'original: je l'ai appris de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour,
revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, que j'ai fort
interrogé, et qui ne m'a caché aucune circonstance." Il reprenait le fil de sa
narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commencée, lorsque l'un des
conviés lui dit: "C'est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive de son
ambassade."
La Bruyère, Les Caractères, 1688
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BIBLIOGRAPHIE
https://www.youtube.com/watch?v=UcqEtiaiVeU
https://www.unicusano.it/blog/universita/effetto-dunning-kruger/
https://www.youtube.com/watch?v=Bd6-7xrAbjc
https://www.etudes-litteraires.com/la-bruyere/arrias
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